
Un fait nouveau
La possibilité
offerte aux salariés de recevoir une prime de 1000 € non
imposés et sans charges sociales : c’est une des
mesures annoncées en cette fin d’année pour contribuer à
la relance du pouvoir d’achat.
Une analyse
On ne peut que
se réjouir d’un tel versement : les temps sont
difficiles pour beaucoup de salariés. De son coté, le
gouvernement voit dans cette mesure un bon moyen de faire
baisser la pression politique sur l’augmentation des
salaires.
On pourrait
s’en réjouir, le conditionnel est de mise car rappelons que :
Ø
Les impôts financent les dépenses publiques :
sécurité, éducation nationale, routes, justice, …
Ø
Les charges sociales financent les retraites,
les dépenses de santé, les indemnités chômage, …..
Les charges
sociales sont payés d’une part par les employeurs et
d’autre part par les salariés : elles se répartissent,
en gros, 1/3 pour les salariés et 2/3 pour les employeurs.
Ainsi, pour les salariés, le salaire net versé est
d’environ 82% du salaire brut qui est indiqué sur la fiche
de paie et sur le contrat de travail.
Les salariés
et les employeurs d’aujourd’hui paient donc des
cotisations qui financent les retraites des retraités
d’aujourd’hui, les soins pour les malades
d’aujourd’hui, et les indemnités pour les chômeurs
d’aujourd’hui. C’est la solidarité par répartition.
Bien entendu,
les salariés peuvent en plus adhérer à une mutuelle et épargner dans un fonds de
retraite.
1000 € sans charge, cela veut donc dire moins de cotisation, moins de
solidarité. A moins de cotiser à des mutuelles et d’épargner
dans un fonds de retraite. Si tel est le cas, il ne s’agit
plus de 1000 €, mais de 1000 € diminués des cotisations ;
pour ceux qui le veulent.
Quelles perspectives ?
« Juste
une fois » : une prime en forme de cadeau de Noël
au moment des fêtes pour faire oublier que les temps sont
difficiles pour la France d’en bas et que ça va durer.
Toutefois, la solidarité se poursuit entièrement sur une
base de répartition avec des compléments possibles pour ceux
qui le souhaitent.
« Tant
pis pour eux » : une richesse momentanée en
trompe l’œil qui obère le niveau de vie de tous et qui
annonce une fin progressive des cotisations; un cadeau
empoisonné car mieux vaut être jeune, en bonne santé et
avec un emploi que retraité, ou de santé fragile, ou sans
emploi.
« Virage discret » : évolution progressive de
l’obligation vers le volontariat pour le versement des
charges. Il faut en imaginer les conséquences possibles en
matière de retraites pour demain et de santé publique pour
aujourd’hui. Ainsi seuls ceux qui pourront cotiser à des systèmes
privés de couverture santé et qui y auront pensé assez tôt
pourront avoir une vie décente.