FAITS EN PERSPECTIVES

F4-004 - Novembre 2007

Crises financières : une spirale sans fin ?

Un constat

Le spectacle des crises financières est habituel depuis le 19ème siècle. Elles sont devenues plus fréquentes depuis  la globalisation, la sophistication des outils, des moyens et l’automatisation des processus et plus dangereuses du fait des montants engagés. Depuis les années 70, ce que nous appelions communément les capitaux flottants ont laissé derrière eux des souvenirs de situation monétaires et financières catastrophiques pour l’économie de certains pays :  krach d’octobre  1987 du marché obligataire aux États-Unis obligeant la FED, la Banque Centrale Américaine, à intervenir pour éviter la faillite en chaîne de maisons de titres et de banques d’investissement, aventures des devises européennes soumises à l’attaque des marchés entraînant l’explosion du SME en 1992 et 1993, crise économique asiatique de 1997 suivant celle du Mexique ("crise Tequila" en 1994), Argentine, Russie, éclatement de la bulle Internet en mars 2000. La crise qui nous occupe en ce moment est la crise dite des « subprimes », ou prêts hypothécaires américains dans l’immobilier, qui a débuté au printemps 2007 et a connu une explosion et une exposition médiatique durant l’été 2007.

 

Une analyse

Existe-t-il des liens ou des raisons à toutes ces crises ? C’est un débat d’experts en finances internationales et en économie qu’il est toujours délicat de trancher et qu’il serait prétentieux de régler ou de présenter ici en quelques lignes. Arrêtons-nous à des notions de bon sens, tout en restant modestes devant les erreurs et les errements que peuvent provoquer des simplifications.

Dans les années 90, les crises financières avaient pour foyer les pays émergents (Mexique, Asie, Russie, … ). A partir de 2000, elles partent des États-Unis, le cœur actif du système financier mondial. Ce n’est plus le sous-développement des structures et des cadres de régulation qui est en cause, mais l’hyper-sophistication des produits financiers, des stratégies et des circuits. Dans presque tous les cas, des acteurs de la finance internationale (banques, sociétés de gestion d’actions, fonds de placement gérant l’assurance vie, fonds de retraite par capitalisation) alléchés par des taux de rendements exceptionnels se précipitent sur des marchés d’actions, de dettes, de devises, de crédits, pour tenter de réaliser les opérations les plus profitables possible, gagner en réputation, dégager des profits considérables en peu de temps et servir des dividendes hors normes, c’est-à-dire sans aucun lien avec la croissance de la production, à leurs préteurs. La compétition entre institutions financières et l’appât de gains mirifiques (une ruée vers l’or contemporaine) provoquent des fièvres financières, c’est-à-dire très simplement un afflux de capitaux sur des opérations à haut rendement qui sont très souvent aussi à haut risque.

La sophistication des produits et la multitude des acteurs  génèrent une grande complexité propice au camouflage des risques et une opacité croissante des opérations et des flux d’argent; de plus, la majorité des acteurs, tels que les « hedges funds », s’installent dans les paradis fiscaux ou se dotent de statuts comme les « fonds privés » (private equity) qui leur permettent d’échapper aux règles, aux lois, aux contrôles et aux impôts qui existent dans les « vieux pays développés ». Mais un beau matin la bulle financière éclate car la réalité reprends ses droits. Toutes les manœuvres comptables les plus subtiles ne peuvent alors camoufler le déséquilibre entre les taux de rendement irréalistes de certains placements et l’économie réelle.

 

Quelles perspectives ?

Ces situations semblent rendre les autorités publiques et les institutions de régulation complètement impuissantes et les obligent à gérer les crises  après coup pour éviter des effets systémiques risquant de mettre en danger l’économie réelle et la stabilité générale des systèmes sociaux-économiques.

Ainsi, les banques centrales des États-Unis, d’Angleterre et la BCE ont injecté depuis Août 2007 des sommes d’argent considérables pour permettre à de grandes banques de faire face à leur besoins de liquidités et les sauver d’un risque de faillite. Des pistes pour endiguer ces crises à répétition existent, à commencer par une disparition rapide des paradis fiscaux, une nouvelle régulation financière ou bancaire, et la création d’instruments de politique monétaire.

Mais quelle est l’option qui l’emportera ? La volonté d’impulser une rupture dans le laisser faire général va-t-elle se heurter à des intérêts particuliers et sectoriels très puissants et surtout à la position centrale des États-Unis dans l’économie mondiale ? Les États-Unis vont-ils continuer à se développer à crédit ? Un consensus politique peut-il émerger pour réguler les « hedge funds » ?

Est-il raisonnable d’espérer un réajustement spontané des comportements après le coup de semonce de l’été 2007 ? Est-il possible  de revoir à la baisse les exigences en termes de rendement du capital ? Est-il envisageable de mettre un terme aux comportements irrationnels permettant des  taux de 16 à 18% ?  Les épargnants sont-ils prêts  à accepter de nouvelles bulles avec les risques qui sont liés ou à apprendre à se satisfaire de rendements  de 3 points de base au-dessus des emprunts d'État, c’est à dire du 8 ou 9%? Comment créer les conditions d’un tel revirement sans un nouvel effort dans la réglementation bancaire et financière mondiale ?

Ce qui est sûr, c’est que les institutions gérant l’épargne de Monsieur Tout-le-monde à travers les fonds de retraite ou les assurances vie, vont être confrontées à des réajustements drastiques. Après les doutes croissants sur la pérennité et l’efficacité des fonds de pensions,  cette crise constitue une menace sur l’équilibre financier et la solidité de ces fonds qui ont largement profité des taux de rendement que leur proposaient les opérateurs du marché des crédits immobiliers aux États-Unis. Mais, retirant leur argent de ces institutions, ils sont allés se placer sur d’autres marchés spéculatifs (matières premières, pétrole, produits agricoles) ou bien sur les places financières asiatiques où flambent les capitalisations des nouvelles entreprises chinoises. Faut-il s’attendre maintenant à un krach financier de ces places ?

L’épargne de Monsieur Tout-le-monde va-t-elle rester entre des mains qui mettent en danger les entreprises, l’économie en général, et les revenus des retraités ? Ou bien au contraire, les institutions internationales vont-elles reprendre la main, mettant fin à la voracité et l’inconséquence de quelques-uns jouant avec l’argent des autres ? Un nouveau mode de régulation pourra-t-il voir le jour, à l’image de ce que furent en leur temps les accords de BrettonWoods ?

Carte des paradis fiscaux dans le Monde cliquez sur ce lien : Adresse de la carte à la Documentation Française 


 
  
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