
Un constat
Le spectacle
des crises financières est habituel depuis le 19ème
siècle. Elles sont devenues plus fréquentes depuis la
globalisation, la sophistication des outils, des moyens et
l’automatisation des processus et plus dangereuses du fait
des montants engagés. Depuis les années 70, ce que nous
appelions communément les capitaux flottants ont laissé
derrière eux des souvenirs de situation monétaires et
financières catastrophiques pour l’économie de certains
pays : krach
d’octobre 1987
du marché obligataire aux États-Unis obligeant la FED, la
Banque Centrale Américaine, à intervenir pour éviter la
faillite en chaîne de maisons de titres et de banques
d’investissement, aventures des devises européennes
soumises à l’attaque des marchés entraînant l’explosion
du SME en 1992 et 1993, crise économique asiatique de 1997
suivant celle du Mexique ("crise Tequila" en
1994), Argentine, Russie, éclatement de la bulle Internet en
mars 2000. La crise qui nous occupe en ce moment est la crise
dite des « subprimes », ou prêts hypothécaires
américains dans l’immobilier, qui a débuté au printemps
2007 et a connu une explosion et une exposition médiatique
durant l’été 2007.
Une analyse
Existe-t-il
des liens ou des raisons à toutes ces crises ? C’est
un débat d’experts en finances internationales et en économie
qu’il est toujours délicat de trancher et qu’il serait prétentieux
de régler ou de présenter ici en quelques lignes. Arrêtons-nous
à des notions de bon sens, tout en restant modestes devant
les erreurs et les errements que peuvent provoquer des
simplifications.
Dans les années
90, les crises financières avaient pour foyer les pays émergents
(Mexique, Asie, Russie, … ). A partir de 2000, elles partent
des États-Unis, le cœur actif du système financier mondial.
Ce n’est plus le sous-développement des structures et des
cadres de régulation qui est en cause, mais l’hyper-sophistication
des produits financiers, des stratégies et des circuits. Dans
presque tous les cas, des acteurs de la finance internationale
(banques, sociétés de gestion d’actions, fonds de
placement gérant l’assurance vie, fonds de retraite par
capitalisation) alléchés par des taux de rendements
exceptionnels se précipitent sur des marchés d’actions,
de dettes, de devises, de crédits, pour tenter de réaliser
les opérations les plus profitables possible, gagner en réputation,
dégager des profits considérables en peu de temps et servir
des dividendes hors normes, c’est-à-dire sans aucun lien
avec la croissance de la production, à leurs préteurs. La
compétition entre institutions financières et l’appât de
gains mirifiques (une ruée vers l’or contemporaine)
provoquent des fièvres financières, c’est-à-dire très
simplement un afflux de capitaux sur des opérations à haut
rendement qui sont très souvent aussi à haut risque.
La
sophistication des produits et la multitude des acteurs
génèrent une grande complexité propice au camouflage
des risques et une opacité croissante des opérations et des
flux d’argent; de plus, la majorité des acteurs, tels que
les « hedges funds », s’installent dans les
paradis fiscaux ou se dotent de statuts comme les « fonds
privés » (private equity) qui leur permettent d’échapper
aux règles, aux lois, aux contrôles et aux impôts qui
existent dans les « vieux pays développés ».
Mais un beau matin la bulle financière éclate car la réalité
reprends ses droits. Toutes les manœuvres comptables les plus
subtiles ne peuvent alors camoufler le déséquilibre entre
les taux de rendement irréalistes de certains placements et
l’économie réelle.
Quelles perspectives ?
Ces situations
semblent rendre les autorités publiques et les institutions
de régulation complètement impuissantes et les obligent à gérer
les crises après coup pour éviter des effets systémiques risquant de
mettre en danger l’économie réelle et la stabilité générale
des systèmes sociaux-économiques.
Ainsi, les
banques centrales des États-Unis, d’Angleterre et la BCE
ont injecté depuis Août 2007 des sommes d’argent considérables
pour permettre à de grandes banques de faire face à leur
besoins de liquidités et les sauver d’un risque de
faillite. Des pistes pour endiguer ces crises à répétition
existent, à commencer par une disparition rapide des paradis
fiscaux, une nouvelle régulation financière ou bancaire, et
la création d’instruments de politique monétaire.
Mais quelle
est l’option qui l’emportera ? La volonté
d’impulser une rupture dans le laisser faire général
va-t-elle se heurter à des intérêts particuliers et
sectoriels très puissants et surtout à la position centrale
des États-Unis dans l’économie mondiale ? Les États-Unis
vont-ils continuer à se développer à crédit ? Un
consensus politique peut-il émerger pour réguler les
« hedge funds » ?
Est-il
raisonnable d’espérer un réajustement spontané des
comportements après le coup de semonce de l’été 2007
? Est-il possible de
revoir à la baisse les exigences en termes de rendement du
capital ? Est-il envisageable de mettre un terme aux
comportements irrationnels permettant des taux de 16 à
18% ? Les épargnants
sont-ils prêts à
accepter de nouvelles bulles avec les risques qui sont liés
ou à apprendre à se satisfaire de rendements
de 3 points de base au-dessus des emprunts d'État,
c’est à dire du 8 ou 9%? Comment créer les conditions
d’un tel revirement sans un nouvel effort dans la réglementation
bancaire et financière mondiale ?
Ce qui est sûr,
c’est que les institutions gérant l’épargne de Monsieur
Tout-le-monde à travers les fonds de retraite ou les
assurances vie, vont être confrontées à des réajustements
drastiques. Après les doutes croissants sur la pérennité et
l’efficacité des fonds de pensions,
cette crise constitue une menace sur l’équilibre
financier et la solidité de ces fonds qui ont largement
profité des taux de rendement que leur proposaient les opérateurs
du marché des crédits immobiliers aux États-Unis. Mais,
retirant leur argent de ces institutions, ils sont allés se
placer sur d’autres marchés spéculatifs (matières premières,
pétrole, produits agricoles) ou bien sur les places financières
asiatiques où flambent les capitalisations des nouvelles
entreprises chinoises. Faut-il s’attendre maintenant à un
krach financier de ces places ?
L’épargne de Monsieur Tout-le-monde va-t-elle rester entre des mains
qui mettent en danger les entreprises, l’économie en général,
et les revenus des retraités ? Ou bien au contraire, les
institutions internationales vont-elles reprendre la main,
mettant fin à la voracité et l’inconséquence de
quelques-uns jouant avec l’argent des autres ? Un
nouveau mode de régulation pourra-t-il voir le jour, à
l’image de ce que furent en leur temps les accords de
BrettonWoods ?
Carte des paradis fiscaux dans
le Monde cliquez sur ce lien : Adresse
de la carte à la Documentation Française