
Un fait nouveau
Le prix
du pétrole est élevé depuis plusieurs mois et les
interrogations vont bon train : a-t-on dépassé le
« peak oil »
pour entrer dans une nouvelle époque, celle de la rareté
croissante du pétrole ? est-ce la demande ou la spéculation
qui tire les prix à la hausse ?
A cette
situation s’ajoutent les conséquences de l’ouragan
Katrina : raffineries hors d’usage, golfe du Mexique
considéré désormais comme une zone à risque par les
assurances et les investisseurs, importations massives de
produits pétroliers finis en provenance des pays membres de
l’AIE, tous solidaires des Etats-Unis.
Une analyse
Si la
date de l’épuisement des ressources pétrolières fait débat,
il est certain que les experts du secteur de l’énergie
s’accordent sur plusieurs points : manque
d’investissement dans la recherche et la mise en
exploitation de nouveaux gisements, concurrence croissante
entre les acheteurs de pétrole vis à vis des producteurs
(les Etats-Unis et l’Asie en développement rapide en
particulier), manque de capacités de raffinage aux Etats-Unis,
sans oublier les tensions géopolitiques dans les régions pétrolifères.
Il est
par ailleurs certain que le mode de vie des Etats-Unis ne
changera pas, pour des raisons sociales et historiques, avant
longtemps. Et il est certain que la demande croissante des
pays en développement (Chine, Inde, …) fera appel massif au
pétrole dans les prochaines décennies. La substitution
d’autres énergies au pétrole et les actions contre les émissions
de gaz à effet de serre sont pour le moment et pour plusieurs
années limitées.
Si
l’on pense savoir que les ressources pétrolières de la
Terre sont limitées à la consommation de quelques décennies,
on sait que de nouvelles technologies peuvent permettre une
meilleure exploitation des gisements. Le tout est d’investir
plus en limitant le poids de ces investissements sur l’économie.
Quelles perspectives ?
Comment
maintenir la compétitivité des économies et engager la
relance en Europe ? Comment les compagnies d’assurance
vont-elles intégrer les nouveaux risques et combien cela
va-t-il coûter aux économies ? Comment les compagnies pétrolières
vont-elles financer les investissements nécessaires ?
Les
chocs pétroliers de 1973 et 1979 avaient été suivis par des
années de forte inflation. L’inflation a permis de limiter
les effets de ces chocs en diminuant le coût réel du pétrole
pour les pays développés. Et la rente pétrolière a été
un moyen de financer et le développement de certains pays
producteurs et l’achat massif d’équipements par les pays
producteurs aux pays développés.
On peut
parfaitement imaginer une situation comparable dans les
prochaines années : l’inflation pèse sur les citoyens
mais limite l’impact des crises sur les grandes économies.
Mais rien n’est sûr : l’économie est aujourd’hui
extrêmement imbriquée et rien ne dit que les pays en développement
rapide ni les habitants des pays touchés par un chômage
durable acceptent de subir de nouvelles pressions.
On peut
également imaginer une relance sélective : de même que
le Pentagone et le DHS injectent des milliards de dollars dans
l’économie américaine, la rente pétrolière peut être
utilisée pour ajuster les rythmes de développement et les
conditions de concurrence entre les pays émergents et l’Amérique
du nord.
Peut-on envisager un rôle particulier de l’Europe où la croissance
est faible et le chômage élevé ? Comment l’euro
sera-t-il ajusté par rapport au dollar ? Quelles
initiatives seront prises pour maintenir le niveau de vie des
européens ?