FAITS EN PERSPECTIVES

F1-002 - Juin 2005

Nemo auditur propriam turpidunem allegans

Nul (pas même la gauche) ne peut se prévaloir de sa propre turpitude pour faire valoir un droit

 

Les faits

Au lendemain du résultat du référendum du 29 mai 2005, les électeurs français ont pu entendre les réactions des grands dirigeants des différents partis politiques. Force est de constater que non seulement le clivage droite gauche s'est accentué mais qu'en plus le fossé entre les électeurs et les « élites » s'est, lui aussi, nettement creusé. 

L'analyse

Ce référendum, qui a connu un taux de participation exceptionnel, montre bien que les citoyens français ont voulu exprimer avec force leur implication dans la vie politique de leur pays et de l'Europe. Les enquêtes à venir le confirmeront probablement : les discours lénifiants, hautains et méprisants des partisans du oui ont sans aucun doute crispé un bon nombre de citoyens dans leur volonté d'être entendus. 55% de Français n'ont pas apprécié ces manœuvres désespérées pour inverser la tendance en culpabilisant à outrance indécis et partisans du non. Ces diverses manœuvres se sont d'ailleurs retournées contre leurs instigateurs.

La preuve ? les jeunes sont allés voter et alors qu’on aurait pu attendre de leur part un vote favorable au traité, ils l'ont rejeté sans contestation possible.

 On peut donc interpréter cette participation comme l'expression d'un rejet manifeste de se laisser imposer un faux choix entre oui et oui : en écoutant Jacques Chirac, qui était pourtant à l'initiative de ce référendum, il n’y avait aucune alternative ; par ailleurs il a fermement expliqué que le vote en défaveur du traité serait une punition pour tout le monde ; après la leçon de morale, la tentative de culpabilisation : on pensait avoir tout vu, mais en fait le summum du déni démocratique a été atteint quand le Premier ministre en fonction, Jean-Pierre Raffarin, a conseillé à ceux qui auraient pu voter non de s’abstenir et d'aller à la pêche : une extraordinaire leçon de civisme...

 On peut aussi se demander comment les béni oui-oui ont pu en arriver à ce type d’arguments car enfin si le TCE était si bon, si social, que ne l’ont-ils démontré ? Les seules explications de texte ont été issues des rangs des opposants : mais à leurs critiques ou à leurs simples interrogations,  ils n'ont reçu qu’invectives et surtout mépris pour oser remettre en cause le dogme du oui. Car enfin, le principal argument de cette campagne a été que "oui, c'est bien, c'est positif et non c'est mal, c'est négatif".

Dans ce cadre, nombre de dirigeants de gauche, de droite et des verts ont fait un choix déplorable et les partisans du oui de gauche ont beau jeu aujourd'hui d'accuser le gouvernement, et particulièrement le Président de la République Jacques Chirac, d'avoir sous-estimé devant les Français le projet européen et d'avoir conduit ce référendum à l'échec en poursuivant une politique libérale dont les Français ont montré au printemps 2004 qu'ils ne voulaient plus. François Hollande, Dominique Voynet, etc. semblent toujours ignorer que dans leurs propres partis la majorité des militants et sympathisants ont clairement voté pour le non. Les premières analyses de vote sont éloquentes : la droite ayant fait le plein de ses voix avec presque 80 % de oui parmi ses sympathisants, la gauche n’aurait au mieux recueilli que 40 % de oui parmi ses troupes. Cette partie de la gauche prouve une fois encore par son arrogance qu'elle n’a rien compris. Si François Hollande et consorts ne se remettent pas sérieusement en cause et ne commencent pas à écouter ce qui se passe hors des murs de la rue de Solferino, c’est un boulevard qui s’ouvrira pour l’actuelle majorité regroupée autour du président de l’UMP. 

Les partisans du oui de droite, qui n'ont pas mieux compris le message des Français, sont eux déjà en ligne pour prendre la succession de Jean-Pierre Raffarin et manifestent ouvertement plus d'inquiétudes pour leur avenir personnel que pour celui de leur parti et celui de la France. 

 Il faut absolument que la gauche, pour la France et peut-être pour l’Europe, sache tirer les enseignements de ce qui est en gestation depuis maintenant de nombreux mois.

Les perspectives

Il est désormais plus que temps de renvoyer à l’école de l’élu ces mandarins et leurs courtisans. Les Français ont suffisamment souffert de ces propos démagogiques et condescendants. Ils ont plus qu'assez de cette succession de mensonges éhontés. Les partisans du non ne peuvent plus accepter d'être assimilés à des adhérents du Front National alors que toutes leurs idées s'opposent de façon radicale à l'idéologie de l'extrême droite. Et surtout, surtout, la jeunesse a montré, le 29 mai, sa capacité à se mobiliser et à s’opposer. Elle l'avait déjà fait sans être entendue au moment du vote de la loi Fillon.

 Enfin, il est inquiétant de constater qu'aucun grand dirigeant politique, à l'exception de Jean-Pierre Chevènement et de Marie-Georges Buffet, n'a véritablement abordé, dans l'agitation de l'après référendum, l'avenir de la question européenne. Impossible de savoir si une renégociation est possible ou non sur des sujets aussi fondamentaux que l'indépendance de la BCE, la politique industrielle européenne, ou la démocratisation des institutions de l’Union ; impossible de connaître les orientations de tous ceux qui ne se sont prononcés qu’en termes généraux masquant mal leur amère surprise : la Construction européenne a été la grande absente des débats médiatisés qui ont été essentiellement franco-français, internes aux partis et à la vie politique française. On aurait, par exemple, pu s'attendre à ce que quelqu'un parle du vote de l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie qui a eu lieu le 25 avril 2005 et qui avance l'entrée de ces deux pays dans l'Union Européenne de 2009 à 2007. Quand on sait quelles sont les règles sociales et économiques qui sont en vigueur dans ces pays, on peut s'interroger sur le silence total des élites sur le sujet.  

Au final, le soir du 29 mai c’est la démocratie qui a remporté une victoire. C'est une victoire contre le pouvoir en place, une victoire contre les dirigeants autistes de certains partis de gauche, une victoire enfin contre les funestes projets de tous ces politiques qui n’ont même pas pris la peine d'essayer de nier que le TCE était effectivement libéral et parfaitement insatisfaisant. L'opinion des Français n'intéressait pas réellement ces dirigeants. Le 29 mai a montré le haut degré de schizophrénie de dirigeants politiques qui, aujourd’hui, se prévalent de leurs erreurs passées non pas pour en tirer les conséquences qui s’imposent mais au contraire pour justifier leur maintien au pouvoir : en droit français cela s’appelle "abus de droit" mais dans la vie démocratique que chacun est en droit d’attendre cela s’appelle de l'incitation à l’insurrection : il vaudrait mieux pour tout le monde que ce ne soit qu’une insurrection des urnes.

 


 
   
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