
Vers l’application nationale du
principe de responsabilité :
Dans nos économies dites libérales
l’ensemble des coûts et risques générés par une activité
économique doivent lui être directement rattaché. Faire
supporter certains coûts par d’autres personnes (morales ou
physiques) que par l’acteur économique responsable de
l’activité doit être assimilé à une forme de subvention.
En France comme dans beaucoup de pays développés la
consommation d’eau se répartie en moyenne 70% agriculture,
20% industrie, 10% particuliers. Par ailleurs les pollutions
aux pesticides sont produites à 90% par les agriculteurs,
celles aux nitrates sont imputables à 60% aux agriculteurs,
10% aux industriels et 30% aux particuliers. Or, le mécanisme
de redevance pour la pollution est payé à 86% par les
particuliers, 13% par les industriels et 1% par les
agriculteurs. Les particuliers qui génèrent moins de 20% de
la pollution payent 86 % du prix de la dépollution alors
que ceux qui en sont responsables à près de 70% n’en
supportent le coût qu’à hauteur de 1%.
Nous devons reconnaître que ce mécanisme est
profondément injuste pour les particuliers car ils deviennent
sans qu’on le leur demande, les subventionneurs de
l’agriculture française. Les simples usagers que nous
sommes payons les pollutions produites par l’agriculture.
Au nom de quel principe rationnel le
particulier serait-il devenu financièrement responsable de la
pollution générée par d’autres ? Il n’y en a aucun !
Devons-nous alors continuer d’accepter que ce soit la
collectivité des usagers de l’eau potable (c’est à dire
les citoyens) qui supporte certains des coûts inhérents à
une activité économique ? Il faut mettre fin à ce déséquilibre
où la population paye pour les coûts d’une activité économique
sans en tirer de bénéfice direct.
Le coût de la pollution ou plutôt de la dépollution
doit être réintroduit dans l’activité économique qui la
génère. Cela se rapprocherait enfin du droit commun et de
l’application du principe de responsabilité civile :
Si vous ou moi déversons 100 litres de désherbant
dans le jardin de notre voisin alors celui-ci est en droit de
nous demander la réparation financière du préjudice subi
qui devrait permettre la remise en état de son jardin (si
cela est encore possible) plus une indemnisation couvrant
d’autres préjudices. Pourquoi n’en serait-il pas de même
lorsque un opérateur économique pollue notre jardin commun
que sont les rivières, fleuves, mers, nappes phréatiques…
Tout fait quelconque de l’homme, qui cause
à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est
arrivé, à le réparer : voilà un principe simple qui régit
notre droit de la responsabilité non contractuelle et qui
devrait enfin trouver à s’appliquer en matière économique
sans qu’il soit besoin d’individualiser la responsabilité.
Pourquoi les agriculteurs pourraient-ils multiplier les
forages et pompages anarchiques de la nappe phréatique sans
payer un sous ni en rendre compte à la collectivité. Ces
comportements économiques vont à l’encontre d’une
gestion rationnelle des sources et d’une responsabilisation
des usagers.
Certaines activités économiques causent à
la collectivité des dommages et il est légitime que les opérateurs
économiques qui tirent profit de ces activités réparent le
préjudice qu’ils causent. Plusieurs modalités de mise en
œuvre sont envisageables notamment la création d’un
nouveau lien entre le prix payé et l’eau consommée qui intègrerait
ce principe de responsabilité et tendrait à favoriser les
comportements vertueux. Il s’agirait de ne plus payer
l’eau telle qu’on la prend mais payer l’eau telle
qu’on la rend.
La formation du prix de l’eau serait déterminée
par le bilan entre la qualité moyenne de l’eau telle
qu’on la tire (potable, rivière traitée, rivière,…) et
la qualité de l’eau telle qu’on la rejète (résidu, détergent,
nitrate, plomb…). Sachant que ce qui coûte c’est de
traiter l’eau afin qu’elle soit dépolluée et acquiert
une qualité potable. Or, aujourd’hui on ne paie que pour la
qualité que l’on demande, quels que soient ses rejets et
donc le traitement que notre comportement induit pour récupérer
une eau de même qualité.
Ce nouveau mécanisme se rapprocherait des
tentatives de taxations « pollueur/payeur ». Au résultat
le prix de l’eau serait différencié en fonction de
l’usage (domestique, agriculture, industrie,…) de la
qualité demandée, et de la quantité consommée. Chaque catégorie
paierait la pollution qu’elle produit. Les agriculteurs générant
70 % de la population paieraient 70 % de la dépollution.
Cela paraît une évidence mais ce n’est toujours pas le cas
aujourd’hui . Les particuliers verraient alors le prix de
leur eau diminuer par l’abaissement de la taxe pollution.
Ce mécanisme aurait un second bénéfice, le
plus important peut être ; qui serait d’inciter les
agriculteurs à moins polluer pour moins payer et à aussi
moins consommer d’eau (comme en Israël avec une irrigation
très rationalisée). Les conséquences d’un tel mode de
fonctionnement auquel s’adjoindraient des réglementations
strictes en matière de rejet de substance chimique
contrarieraient vivement le lobby agricole. Mais n’est-il
pas temps d’imposer des solutions durables pour notre
environnement tout en proposant des financements assurant un
revenu agricole décent.