
On peut aujourd’hui établir un lien direct
entre le volume d’eau disponible et la capacité de développement
économique d’un Etat. En effet ,comme l’énergie, l’eau
est une ressource première à toute activité de production
agricole ou industrielle.
Les travaux du chercheur Hollandais Argen
HOELESTRA sur la définition du concept d’empreinte écologique
appliqué à l’eau permettent de connaître la quantité
totale d’eau utilisée pour un individu ou par un pays pour
l’ensemble des biens et services produits ; c’est une
forme de corrélation entre le PIB et les besoins en eau. Le
climat et la consommation intérieure (volume et nature) sont
les deux facteurs déterminant l’importance des besoins en
eau de l’Etat. L’empreinte en eau des Etats-Unis est vingt
cinq fois supérieure à celle de l’Inde alors que sa
population est trois fois inférieure. Ces recherches
permettent d’alimenter la réflexion sur les types de
production à mettre en œuvre dans les pays soumis à une raréfaction
de la ressource en eau.
A titre d’exemple la production d’un kg de
bœuf demande la mise à disposition de près de 15 000 litres
d’eau propre à la consommation. Un kg de café torréfié
engloutit 21 000 litres …
Les Etats devraient intégrer ces éléments
dans la définition de leur production nationale et de leurs
échanges internationaux. A défaut de pouvoir importer
directement de l’eau autant acheter des denrées ou produits
dont la création a demandé beaucoup d’eau et vendre des
biens à faible empreinte en eau.
Les échanges internationaux pourraient alors
être examinés en terme de balance commerciale mais aussi de
« balance hydrique ». Un pays soumis à des
difficultés d’alimentation en eau devrait maintenir une
balance hydrique positive alors que d’autres Etats comme le
Canada, le Brésil, pourraient se permettre d’être
exportateurs net d’eau. L’utilisation de ces concepts
permettrait d’optimiser le développement économique au
regard du facteur limitatif qu’est à moyen terme la
ressource en eau disponible.
L’accès à une eau de quantité (non salée,
non polluée) est le facteur limitatif principal du développement
démographique et économique. La pénurie en eau ou la
mauvaise qualité de celle-ci provoque directement la maladie
et la mort. Lorsque la quantité est juste suffisante pour la
consommation des hommes, elle induit une activité humaine
tournée vers la subsistance où une part très importante du
temps disponible est passée à se procurer cette eau vitale.
L’eau étant néanmoins insuffisante pour le développement
de l’agriculture (par irrigation) c’est la malnutrition
qui provoque la maladie et les décès prématurés.
L’Afrique est quotidiennement soumise à ce malthusianisme.
L’accès à l’eau est bien le facteur limitatif principal
de la démographie. Si nous souhaitons apporter au monde,
comme le prévoit l’objectif du millénaire (ODM défini en
2000), l’accès à l’eau et à l’assainissement, il faut
alors prévoir dès aujourd’hui les conséquences démographiques
que cela induira inévitablement. On ne peut pas promouvoir un
programme légitime et se désintéresser de ses effets.
L’amélioration de l’accès à l’eau
potable et à l’eau de qualité agricole, si nous parvenons
à mener à bien ce projet mondial pour 2015, améliorera très
sensiblement la morbidité et la mortalité et conduira à un
accroissement démographique important des Etats les plus
pauvres. Nous devrions donc dès à présent anticiper cette
évolution démographique, mener de façon concomitante les
actions favorisant le développement économique qui
permettraient à ces Etats d’absorber cette accroissement démographique
et limiter la progression par l’éducation et la mise à
disposition de moyens de contraception.
Nous pouvons nous interroger sur la réalité
de la volonté de nos pays riches de parvenir à l’objectif
du millénaire qu’ils ont adopté en 2000 : réduire de
moitié en 15 ans la proportion de personnes privées d’accès
à l’eau et à l’assainissement. Nos Etats n’ont-ils pas
cyniquement, face au volume d’investissement nécessaire
(150 milliards de $ par an) et à l’éventuel risque
d’explosion démographique, préféré ne rien faire ?
Dans les pays plus avancés, la quantité et
la qualité d’eau disponible pourrait selon les théories
d’Argen HOELESTRA être un facteur limitatif de développement
économique. En effet, si un pays peut se caractériser par
son « empreinte en eau » alors le volume de la
ressource disponible permet de déterminer le plafond de biens
que le pays peut produire. Ce plafond pourrait cependant évoluer
soit en procédant à des importations d’eau (eau réelle ou
virtuelle) soit en modifiant « l’empreinte en eau »
par un changement des modes de consommation.
Dans cette nouvelle perspective les Etats les
plus riches en eau (comme le Brésil, le Canada, la Russie, la
RDC,…) deviendraient comme aujourd’hui en matière énergétique
avec le pétrole des zones stratégiques. Ces nouveaux pays de
l’or bleu pourront ainsi exporter à leur guise de l’eau réelle
ou des productions fortes consommatrices d’eau (c’est à
dire de l’eau virtuelle) vers les pays qui en ont le plus
besoin pour assurer leur développement économique et qui
sans cela se trouvent plafonnés.
Les pays ayant de faibles ressources en eau
devraient certes continuer de développer les moyens de leur
subsistance en eau réelle mais pourraient aussi examiner leur
balance commerciale en terme de balance hydrique. En veillant
bien sûr à ce qu’elle soit positive c’est à dire que le
pays importe plus d’eau virtuelle qu’il n’en exporte.
Ainsi il fera des économies en eau réelle. L’Inde par
exemple court des risques de pénurie alors qu’elle est
l’un des pays qui exportent le plus d’eau virtuelle.
Cependant l’application de cette théorie
globalisante et mercantile comporte un certain nombre
d’inconvénients pour les Etats les plus pauvres en eau.
Elle fait peser le risque d’une dépendance alimentaire
accrue et donc d’une incertitude liée au commerce mondial
et à l’utilisation de l’arme alimentaire. Comme en matière
énergétique, les Etats souverains doivent assurer leur sécurité
d’approvisionnement et ne pas être trop dépendants de
leurs voisins. Il existe donc en matière alimentaire un
objectif stratégique de tendre vers l’autosuffisance. Cette
conception économique de balance Hydrique doit être utilisée
dans une juste mesure et ne doit pas conduire à écarter les
investissements nécessaires à l’accroissement de la
ressource disponible localement.
Il faut donc trouver le juste équilibre entre
la recherche d’un niveau élevé d’auto suffisance
alimentaire et le bilan de la balance
Eau : Source de
tensions diplomatiques et de guerres ?
« Les Guerres du XXIè siècle auront
l’eau pour raison » cette déclaration de Ismaël
SERAGALDION (VP de la Banque Mondiale) en 1995 ne manque pas
de pertinence même si de guerres à proprement parler il
n’y en eu que très peu d’identifiées avec l’eau comme
raison principale.
Sur les 1830 discordes transfrontalières
intervenues dans le monde depuis 1950, 1228 se sont soldées
par des accords de coopération , 507 furent conflictuelles et
21 donnèrent lieu à des guerres. Parmi ces 21 conflits armés,
18 cas ont eu pour territoire le Moyen Orient.
Moyen Orient :
Dans ces 18 conflits l’eau ne fut jamais la
première raison du déclenchement des hostilités mais elle
reste l’un des éléments déterminant du contexte politique
et économique. Israël et la Jordanie sont les deux pays les
plus mal approvisionnés en eau non salée. Israël doit donc
assurer pour sa survie la sécurité de ses approvisionnements
et ne fait pas mystère de l’emploi de tous les moyens pour
étancher sa soif. Les heurts commencent en 1951 pour la maîtrise
des eaux du Jourdain qui seront massivement pompées dès 1964
pour conduire à l’assèchement de la mer morte qui a perdu
1/3 de sa surface en 50 ans. Pour contrer cette politique Israëlienne,
la Syrie et le Liban construisent des barrages en amont. Ces
barrages seront détruits par l’aviation Israëlienne en
1967 pendant la Guerre des six jours dont le déclenchement
n’était pas lié à l’eau ; les barrages ont été
des objectifs secondaires permettrant d’améliorer son accès
à l’eau.
Dans cette même région touchée par la sécheresse,
la Turquie pays en amont du Tigre et de l’Euphrate a décidé
d’intensifier l’exploitation de ces deux fleuves en y
construisant des barrages. Le débit de l’Euphrate, qui est
de 830 m3/s en Turquie chute à 500 m3/s lorsqu’il arrive en
Syrie et à 290 m3/s et à 290 m3/s lorsqu’il traverse
l’Irak. La situation très conflictuelle entre la Turquie et
la Syrie en 1998 n’a pas conduit à une Guerre ouverte car
la Turquie bénéficie de trop d’alliances militaires mais
la tension demeure.
En Asie :
* Depuis 1960, l’Inde et le
Pakistan ont signé le Traité des Eaux de l’Indu qui prend
sa source au Cachemire indien, traverse le Panjab avant de se
jeter dans la mer d’Arabie Karachi. L’Inde contrôle la
source, le Pakistan s’est donc toujours inquiété de
l’irrigation de ses terres. Cet accord de 1960 a survécu à
deux guerres et permet toujours la consultation bilatérale et
la médiation avec des visites sur le terrain.
* En 1996, l’Inde et le Bangladesh Ont mis
un terme à leur querelles sur le Gange (l’Inde en amont). Désormais
les barrages indiens sont tenus de respecter un débit précis.
En Afrique de l’Est :
* L’initiative du bassin du Nil (1999) entre
les sept pays intéressés afin d’envisager de réviser
l’accord de 1959 qui octroie la part la plus importante à
l’Egypte alors que l’Ethiopie utilisateur en amont fournit
86 % des débits et n’en utilise que 0.3 %.
Les données structurelles à l’avenir sont :
l’explosion démographique, le changement climatique, la
baisse des ressources disponibles de ces régions sèches et
la hausse des besoins pour le développement économique.
Tous ces facteurs accroîtront les tensions
justifiant des tentatives croissantes d’appropriation des
ressources et malheureusement des réponses de plus en plus
militaires si nous ne trouvons pas par le droit les moyens
d’imposer des solutions régionales ou internationales
pacifiques. Nous devons donc créer les outils internationaux
permettant d’anticiper et de désamorcer les conflits
latents Ne pourrions nous pas instituer dans le cadre général
de l’ONU une organisation spécialisée sur l’eau chargée
d’une part de proposer sa médiation diplomatique en cas de
tension et d’autre part d’investir (grâce au fonds que je
vous proposerait ensuite de créer) dans les infrastructures
favorisant l’accès à l’eau ?
Les tensions et conflits ne concernant pas que
les pays pauvres ou les Etats du Moyen Orient. Les Etats
Occidentaux sont et seront eux aussi des sources importantes
de déstabilisation pour sécuriser leurs approvisionnements
en eau et asseoir leur puissance en maîtrisant cette
ressource. Sur ce continent américain n’y a t’il pas les
germes de fortes tensions entre le Canada et les Etats-Unis ?
Et il est fort à craindre que celles-ci ne fassent que croître
à l’avenir en raison des besoins criants en eau des USA.
Sauf à ce que le Canada accepte dès à présent sa théorie
libérale et l’appropriation de vos ressources en eau par
ses compagnies sur votre territoire en vue de l’exportation
de millions de m3 vers le sud et l’ouest des Etats-Unis.
Les pompages en Californie excédent de 15 %
la capacité de renouvellement des nappes phréatiques. En 50
ans la population est passée de 7 à 34 millions
d’habitants. Malgré un stress hydrique croissant de ces régions,
les agriculteurs continuent de pomper sans compter car il ne
paye l’eau que 2 centimes les 10 m3 alors que le prix de
revient est de 2 dollars. C’est une forme de subvention à
l’agriculture qu’aucun fermier n’acceptera
d’abandonner.
Dans le même temps son voisin Canada dispose
de 20% des réserves mondiales qui se trouvent en plus être
largement sous exploitées et soumises à une faible pression
démographique. Donc bien évidemment, dans un raisonnement
libéral il suffit d’acheter l’eau du Canada. Le refus
dans le début des années 90 des citoyens canadiens de se
laisser engager dans cette voie mercantile et libre échangiste
a mis un frein à l’expérience d’exportation d’eau mais
les appétits sont toujours là et iront croissant. L’ALENA
organisant le libre échange reste à cet égard assez flou et
c’est à ce titre que la société SUN BELT WATER a assigné
en 1998 la Colombie Britannique pour violation de l’ALENA
car la seconde refusait de vendre son eau.
L’eau : une res communis
L’eau est une ressource vitale pour chaque
être humain, son prix ne doit en aucune mesure empêcher son
accès à une quelconque partie de la population. Riche ou
pauvre tout le monde à un droit à l’eau. Et pourtant son
prix varie du simple au double. Idéalement chaque particulier
devrait payer le même prix indépendamment de sa situation géographique
ou payer le prix qu’il peut en fonction de ses revenus
(assiette fiscale comme au Québec il me semble). Il faut donc
que l’eau soit peu chère afin de garantir l’accès pour
tous mais il ne faut pas que son prix soit dérisoire pour éviter
le gaspillage.
L’eau en raison de ses caractéristiques
doit rester une ressource commune c’est à dire un bien non
susceptible d’appropriation privée. Aujourd’hui cela
reste un bien public qui n’a pas de prix en lui-même. Les
opérateurs privés (dont les deux géants français) pompent,
traitent et distribuent l’eau contre un prix mais ne sont
pas censés s’approprier la ressource elle-même. Le prix
représente le service auquel s’ajoute leurs très
importantes marges mais la matière en elle-même n’est pas
facturée.
Aujourd’hui l’eau est la ressource la plus
précieuse que nous ayons même si nous ne nous en rendons pas
compte tous les matins lorsque nous ouvrons le robinet car son
prix est ridiculement faible au regard de sa valeur. Mais
demain lorsque la ressource en eau de qualité sera de plus en
plus rare et localisée, les appétits s’aiguiseront.
Certains y verront une source de profit colossal et l’eau
pourrait devenir un bien qui se négocie sur le marché
mondial avec un mécanisme de régulation pour faire bonne
figure. Ce marché ira entre les mains de quelques opérateurs
privés qui demanderont aux Etats des concessions à long
terme pour pomper et exporter l’eau comme c’est le cas
pour le pétrole. Cette politique fiction pourra voir le jour
lorsque la pénurie relative frappera les populations
solvables et sera suffisante pour rendre viable la création
d’un marché.
Privatiser la ressource, ce serait accepter de
perdre la maîtrise’ de l’exploitation d’un bien vital
pour l’homme, stratégique pour l’économie et structurant
pour l’environnement. Tous ces éléments s’accompagnent
mal d’une maîtrise privée qui ne perçoit que la
rentabilité à court et moyen terme quelles qu’en soient
les conséquences. C’est aux peuples et non aux actionnaires
de décider globalement comment on gère cette ressource, si
on la conserve ou si on la vend, si on la préserve ou si on
la pollue.
Ce sont des choix politiques et démocratiques.
Si jamais les actionnaires avaient à décider, la ressource
ne serait-elle pas protégée qu’au strict minimum légal ?
Par ailleurs comme pour les mines ou le bois en Afrique, les
pays courraient le risque de voir leurs ressources précieuses
pillées pour le seul bénéfice des actionnaires, des pays
importateurs et d’une caste d’oligarques.
Penser global, agir local
La répartition globale très inégale de
cette ressource à la surface de la terre met notre pays à
l’abri d’une pénurie massive. Nos stocks sont encore
suffisants et le cycle de l’eau ne nous est pas défavorable
avec des pluviométries acceptables. Nous pourrions alors
cyniquement nous désintéresser des enjeux globaux. Mais ce
serait oublier trois éléments fondamentaux d’une part que
la politique c’est aussi une vision de l’homme dans son
universalité, un rapport à l’autre et une morale.
D’autre part le cycle de l’eau n’a pas de frontière. Et
le comportement des hommes dans une région du monde produira
à moyen terme des conséquences à l’autre bout de la
terre. Et enfin les enjeux en matière d’eau seront à
l’avenir suffisamment importants pour déterminer ou
influencer les relations diplomatiques, économiques et les
flux migratoires. Il nous faut donc anticiper les problèmes
certains et les risques à venir afin de proposer des pistes
de réflexion et solutions préservant la ressource et l’intérêt
de nos concitoyens.
La prise de conscience du caractère partagé
de cette ressource et donc de la responsabilité également
partagée doit être mondiale. Mais il nous faut agir
localement car si à ces enjeux mondiaux nous attendons une réponse
globale immédiate et efficace alors nous nous leurrons. Car
l’expérience nous montre que la réflexion de la communauté
internationale n’a pas encore la maturité suffisante pour
anticiper les bouleversements. Aujourd’hui encore elle tente
de gérer les crises mais n’arrive pas à les prévenir.
La question du réchauffement climatique est
à ce titre intéressante car les enjeux sont majeurs, les
experts quasiment unanimes et la Communauté internationale
divisée ; les deux plus gros pollueurs refusant de
ratifier une convention dont le caractère contraignant est
lui-même mesuré.
Nous devons préparer pour nos pays des
politiques qui favoriseront une meilleure préservation et
gestion de cette ressource. C’est à dire plutôt que de
considérer l’eau comme l’une des politiques accessoires
qui subit les conséquences des autres politiques de
production agricole, énergétique… Ce doit être
l’inverse : de la politique de l’eau doit découler
la politique agricole, la politique énergétique, l’aménagement
du territoire.
Cela ne veut pas dire que nous ne faisons plus
rien au nom de la préservation de la ressource mais que nous
mettons cette ressource au même rang que les autres
ressources stratégiques.
Besoins d’investissements internationaux :
Au titre des objectifs du millénaire, trois
sont directement centrés sur l’eau. Ces objectifs sont ceux
que la communauté internationale s’est fixée dans le cadre
de l’ONU pour les prochaines années.
L’ensemble des Etats s’est accordé pour
que d’ici 2015 la moitié de la population privée d’eau
soit raccordée. Nous sommes en 2006, il reste 9 ans donc
autant avouer de suite que cet objectif ne sera pas atteint
car les pays riches ne veulent pas faire les investissements nécessaires.
Cet objectif représente à lui seul un
investissement de 100 milliards de $ supplémentaires par an
alors que l’aide publique au développement des Etats
industrialisés n’est que de 52 milliards par an dont 2
consacrés à l’eau. La générosité des pays riches est déficiente
mais au regard des volumes d’investissements nécessaires
serait-elle un jour suffisante à elle seule. Des partenariats
avec des groupes privés doivent éventuellement être envisagés.
Mais le problème de l’eau est que les investissements sont
très lourds et ne peuvent être rentabilisé que sur le long
terme. Par ailleurs les populations dans le besoin sont le
plus souvent trop pauvres pour être solvables au regard
d’opérateurs privés. Les expériences récentes au Vénézuéla
et en Bolivie ont refroidi leurs ardeurs, elles qui voyaient
un Eldorado avec une population qu’elles allaient
ponctionner sans mesurer sa pauvreté.
Peut être faut-il comme au Maroc permettre
aux entreprises multinationales d’accéder aux marchés
rentables d’un pays sous la condition de réaliser des
investissements non rentables en faveur des populations démunies ;
ce serait une compensation entre un marché rentable et un
investissement déficitaire. Cette proposition n’est peut être
pas la solution miracle à tous les problèmes mais étant
donné les enjeux, il nous faut inventer des montages
financiers permettant de mobiliser de forts investissements
sans assurer une rentabilité directe.
Nous pourrions ainsi profiter du rééquilibrage
des prélèvements pour pollution dans les pays riches comme
je vous le proposerai dans quelques instants pour instituer
une taxe internationale (de 1 centime par m3 par exemple)
alimentant un fonds spécialisé menant dans le cadre de l’ONU
des programmes d’aide à l’investissement des pays
pauvres. Nous avons bien une taxe sur les billets d’avion
pour financer le développement. Pourquoi pas alors une taxe
sur l’eau pour financer l’accès à l’eau des plus
pauvres. C’est le minimum que nous puissions faire sachant
que nous sommes (G8 + Russie + Chine °+ Inde), les principaux
responsables des émissions de gaz à effet de serre et donc
du réchauffement climatique. Or ce réchauffement aura des
conséquences directes sur l’accès à l’eau et la pluviométrie.
Nous allons rendre les pays secs encore plus arides, les pays
pauvres encore un peu plus pauvres en les privant
indirectement de l’accès à l’eau dont ils ont besoin
pour se développer. Il est souhaitable que nous prenions
conscience de cette enchaînement de causalités et que nous
corrigions en conséquence les effets nuisibles de notre développement.
Nous devons, nous pays riches, réparer le préjudice que nous
faisons subir aux pays les plus arides et les plus pauvres en
investissant dans des infrastructures permettant l’accès à
l’eau des populations et l’irrigation des cultures. Ce
serait une juste application internationale du principe de
responsabilité.
Voilà deux pistes si nous voulons atteindre
l’objectif du millénaire.