NOTE DU COMITE CINCINNATUS

A5-001a - Avril 2007

DOSSIER EAU : Présent et avenir

 

Quelques données de base

L’eau c’est certainement la vie mais paradoxalement c’est aussi la mort. Chaque année la pollution des cours d'eau et l’insalubrité de l'eau bue tuent vingt cinq millions de personnes dont trois millions d’enfants (diarrhée) auxquels il faut ajouter près de vingt millions de personnes mortes de déshydratation. Ce sont au total cinquante millions d’êtres humains dont la cause de la mort est liée à l’insuffisance ou la mauvaise qualité de l’eau. L’eau tue chaque année dix fois plus que toutes les guerres ! Combien sommes-nous à nous en émouvoir ? Ne sommes-nous pas moins attentifs, n’avons-nous pas moins d’empathie pour la maladie et la mort quotidienne et banale que pour la violence extraordinaire et la guerre ?

Si notre planète est bleue c’est que l’eau s’y trouve est à profusion ; elle recouvre 70% du globe. Mais elle est salée à 97 %. Sur les 3 % d’eau douce 2/3 sont indisponibles car confinés dans les glaciers et montagnes. Il ne reste donc que 1% d’eau douce disponible.

Ces valeurs ne varient presque pas ; il y a globalement autant d’eau aujourd’hui qu’au premier jour. Ce qui change c’est la répartition sur le globe et sa qualité. A la différence de l’énergie qui s’épuise quand elle est consommée, l’eau ne s’épuise pas, elle se transforme (cycle de l’eau). Mais c’est sa qualité qui s’en trouve affectée. La consommation ne diminue pas les stocks ; l’eau est empruntée elle n’est pas détruite bien qu’elle soit fragile.

Bien que le cycle de l’eau permette une dépollution naturelle, nous avons les pluies que nous méritons et il n’y a pas d’action magique de la nature qui transformerait l’évaporation d’une eau sale en une pluie d’eau pure.

Certaines régions françaises connaissent régulièrement des pluies dont le ph est de 5 c’est à dire très acides. Ces pluies contiennent par ailleurs du sodium, des sulfates, des pesticides et nitrates. Pour toutes ces raisons, l’eau de pluie n’est plus de qualité potable au regard de la réglementation relative à l’acidité, à l’ammonium et aux pesticides. L’inaction conduirait donc à ce qu’une part grandissante de ces 1% d’eau douce disponible deviennent impropres à la consommation en raison de sa pollution.

Évolutions prévisibles

En Afrique, une personne sur deux c’est à dire près de trois cents millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. Sur l’ensemble des continents un milliard de personnes sont privées d’accès direct à l’eau. Ces chiffres vont par ailleurs exploser en raison de la croissance démographique et des flux de population vers des villes et bidon-ville très pauvres.

Démographie : · La population mondiale est actuellement aux alentours de 6.4 milliards d’individus et progresse chaque année de plus de 70 millions de personnes dont la majorité dans des pays pauvres. Les démographes estiment que nous serons 9 milliards en 2030 c’est à dire demain. La planète devra donc donner à boire et nourrir près d’ 1/3 de population supplémentaire dans 20 ans ; comment pouvons-nous y parvenir ? Quel mécanisme mettre en œuvre dès aujourd’hui pour éviter les famines, les guerres, les réfugiés environnementaux ? La pression démographique et la demande alimentaire vont être croissantes ! Anticipons-nous ces questions ou fermons-nous le couvercle jusqu’à l’explosion ? c’est à notre génération de citoyens, de politiques de tenter d’esquisser les premières réponses si nous ne voulons pas laisser à nos enfants et petits enfants un monde ingérable.

Climatique : La recherche du développement économique tant pour les pays riches que pour les plus pauvres conduira à l’augmentation des émissions à gaz à effet de serre et donc à une aggravation des changements climatiques.

Or ces changements climatiques influencent directement le cycle de l’eau et la répartition mondiale de la ressource avec d’une part la multiplication des inondations et tempêtes dévastatrices et d’autre part la désertification de zones de plus en plus étendues.

Notre pays ne devrait pas voir son stress hydrique augmenter directement mais d’autres, notamment en ’Afrique subiront directement une sécheresse accrue qui devrait déstabiliser leur économie agricole et rendre dans certaines régions, la survie des hommes de plus en plus difficile.

Ce réchauffement climatique devrait à long terme produire des flux massif de population à l’intérieur du continent et entre continents pour assurer leur survie alimentaire.

Urbanisation : · En 1900, 10% de la population mondiale vivaient en ville. En 2000, l’urbanisation concernait 50% de la population et ce phénomène continue sa progression.

Conséquences : · En conséquence la demande d’eau douce double tous les trente ans. Le nombre de litres moyen par habitant est très inégal et varie essentiellement en fonction du niveau économique du pays et de la répartition urbaine ou rurale de la population. Lorsqu’un africain dispose de 10 à 20 litres en moyenne pour survivre chaque jour, un européen en utilise 150 à 200 et un Etats-Unien entre 350 et 450 litres. Il s’agit de l’usage domestique mais les principaux consommateurs ne sont pas les particuliers. L’eau douce est absorbée à 70 % par l’agriculture, à 20 % par l’industrie et 10% par les particuliers.

Typologie des zones stressées :

Les réponses locales à apporter sont de nature différentes en fonction du type de stress hydrique subi. · Dans certains pays ou régions il ne tombe pas assez de pluies pour subvenir aux besoins de la population (Sahara, certains Etats d’Amérique du Sud, certains Etats d’Asie Centrale).

Le nombre de ces pays va augmenter en raison de la croissance démographique. Il faut également ranger dans cette catégorie les pays qui reçoivent suffisamment d’eau par tête mais de façon extrême c’est à dire mousson puis sécheresse.

· D’autres Pays ou Régions possèdent en théorie suffisamment d’eau par tête mais ne disposent pas de ressources financières pour permettre l’accès à sa population. Les infrastructures sont défaillantes dans une vingtaine de pays d’Afrique dont le potentiel de développement économique est important mais où les investissements sont très insuffisants voire inexistants.

· Et enfin certains Pays disposent de quantité suffisante mais la qualité est critiquable. C’est le cas de certains pays très industrialisés et avec une agriculture intensive très développée. La France peut en être un exemple ; un récent rapport officiel a mis en exergue la mauvaise qualité de l’eau de nos rivières. Près de 80% sont polluées par les engrais et pesticides. D’autres pays sont frappés par des pollutions de type industriel avec la présence de métaux lourds, produits chimiques et hydrocarbures. Toutes ces pollutions demandent des traitements lourds et coûteux pour rétablir un niveau acceptable.


 
   
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