
Les faits
Une
pièce
d’un puzzle complexe
Les actions conduites avec l’objectif de
l’aide au développement sont des pièces d’un puzzle
complexe dont les contours se précisent progressivement. Du développement
des colonies, objet de l’ordonnance de 1941 du général de
Gaulle, créant la Caisse centrale de la France libre, aux
projets contemporains, les concepts, les définitions, les
responsabilités ont considérablement changé dans un monde
lui-même en évolution perpétuelle. Ainsi, parle-t-on
aujourd’hui de développement durable et harmonisé de notre
planète. La présente note est consacrée au codéveloppement,
concept apparu en France au début des années 1980.
En un peu plus d’un quart de siècle le champ
d’application de ce concept a évolué. Le mot ne recouvre
plus aujourd’hui l’ambition des débuts mais, ni dans sa définition
initiale, ni dans son approche plus réduite le concept n’a
conduit à des réalisations significatives. Plus de vingt ans
après la naissance du mot le stade expérimental est à peine
dépassé. Faut-il y voir un échec du concept ou l’inévitable
lenteur de processus dont trop de monde s’occupe ? Les
plus pessimistes y voient une fausse bonne idée. Les
optimistes y voient une piste parmi d’autres à ne pas négliger
mais en aucun cas un remède universel aux problèmes du développement.
La volonté exprimée par les autorités françaises de lier
les actions de codéveloppement et la maitrise des flux
migratoires a inévitablement rendu ces actions plus
complexes.
Des
résultats modestes au regard des besoins
A l’origine du concept est l’idée que les
actions de développement doivent être profitables « ici
et là-bas » et envisagées globalement. Mais
rapidement, la
liaison « développement et flux migratoire » a
beaucoup inquiété nos partenaires du Sud qui ont tout de
suite souligné sa perversité. Dans le même ordre d’idées,
lier pauvreté et émigration n’est pas forcément
judicieux, au moins dans certains pays, notamment l’Afrique
de l’Ouest et l’Algérie ; bien d’autres facteurs
plus déterminants incitent au départ. L’idée d’associer
les Etats et leurs migrants dans des projets de développement
ne peut être généralisée. Souvent les premiers se réjouissent
des départs (ils se débarrassent des plus contestataires et
remuants qui, en retour, vont rapporter au pays de l’argent,
via leurs familles), alors que les seconds partent pour mieux
vivre, voire être libres et pouvoir entreprendre,
certainement pas pour monter des coups avec des Pouvoirs que
parfois, ils fuient. Après plusieurs années d’expériences,
les instruments financiers et les procédures nécessaires à
la réussite de ces opérations ne sont pas vraiment en place.
Les résultats sont peu nombreux.
On ne peut qu’être surpris de l’extrême lenteur de la
mise en place de toutes ces actions, de leur modestie comparée
à l’ampleur des problèmes et du nombre d’organismes étatiques
ou consultatifs qui traitent de ces questions. A l’aune de
l’ambition initiale et de l’ampleur des problèmes, les réalisations
actuelles de codéveloppement apparaissent modestes pour une
action de l’Etat, même si leurs résultats peuvent être
parfois intéressants, aussi bien pour les personnes et
associations impliquées que pour les populations bénéficiaires.
Quelles perspectives ?
Le Comité Cincinnatus
Invite Pouvoirs Publics à dissocier définitivement
les actions de codéveloppement et plus généralement de coopération
de la politique de contrôle de l’immigration.
Face à la complexité des problèmes liés au développement,
constate la nécessité de ne pas réduire la politique à un
type d’actions que la médiatisation tend à présenter
comme solution-miracle. Constate que le codéveloppement
n’en est pas une mais qu’il convient néanmoins de
l’encourager.
Propose d’élargir le champ du codéveloppement en ne
le limitant pas aux actions entreprises par « les
populations migrantes » mais demande que soit reconnu
l’intérêt de toute action entreprise par une collectivité
(publique ou privée) nationale en faveur du développement.
Reconnaît l’importance des actions de développement
mises en place par les collectivités locales.
Demande que soient encouragées les coopérations entre
collectivités locales, associations et ONG en vue de créer
des liens permanents entre communautés « d’ici et de
là-bas ».
Reconnait l’intérêt des mesures d’accompagnement
déjà prises pour encourager l’épargne des travailleurs
immigrés et demande l’accélération de leur mise en œuvre
concrète (18 mois entre la loi créant les comptes épargne-développement
et leur lancement concret dans les seules Caisses d’épargne
apparaissent bien trop longs).
Propose que ces mesures soient étendues à
l’ensemble de l’épargne constituée en vue d’actions de
développement. Des comptes d’épargne-développement
devraient pouvoir être ouverts par des résidents de toutes
nationalités.
Demande un contrôle décentralisé de ces comptes qui
devraient pouvoir être débloqués aussi simplement que le
sont les Plans d’Epargne Logement, à l’initiative d’une
ONG, d’un organisme territorial ou d’une association de
jumelage ou de coopération.
Propose que les chaînes de télévision nationales
consacrent des émissions régulières à ces actions.
Demande que des mesures incitatives soient prises pour
aider les organes de presse qui s’engageraient
contractuellement à leur consacrer régulièrement des pages
d’information.