
Mobiliser
les finances de migrants misérables pour économiser les
ressources de coopération de pays riches, anciens
colonisateurs, qui seraient nécessaires à leur devoir de réduction
des inégalités, il fallait oser.
Imposer
les projets de développement considérés
par les pays riches comme bons pour les pays pauvres en utilisant l’intermédiation de leurs migrants, il
fallait l’inventer.
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1.
Bref rappel historique (1980-2006)
A l’origine une
ambition importante mais limitée à quelques pays
La notion a été introduite au début
des années quatre-vingts. L’objectif était de favoriser un
développement simultané de la France et de quelques pays émergents
choisis comme partenaires privilégiés (Algérie, Inde,
Mexique), en mettant en synergie les complémentarités de la
France et de ces pays (savoir-faire et haute technologie
d’un côté, main-d’œuvre et ressources naturelles de
l’autre). Les actions entreprises devaient bénéficier au développement
de chaque pays d’où le nom de codéveloppement. La
principale traduction concrète de cette volonté a été le
contrat gazier avec l’ALGERIE, négocié par M. CHEYSSON,
alors Ministre des relations extérieures (contrat à long
terme, à prix fixe, légèrement supérieur à celui du marché).
Selon le rapport des députés Godfrain
et Cazenave (Janvier 2007),
« L’effondrement des prix de l’énergie, la montée
du libéralisme et l’étiolement de la planification ont
conduit à l’abandon de cette politique ». Cette
explication est sommaire, il y a sans doute eu d’autres
causes qui mériteraient d’être analysées.
Une ambition plus
modeste mais des applications plus étendues
La notion de codéveloppement a été redéfinie
dans la période 1997-98, à l’initiative de J.P.
CHEVENEMENT, alors Ministre de l’intérieur. Il s’agissait
de valoriser les capacités intellectuelles et financières
des migrants au service de leur pays d’origine. Des expériences
avaient été faites au début des années 1990 en proposant
des primes de « retour au pays » et un
accompagnement par une ONG à des migrants désireux d’y créer
une activité économique. Le même mot recouvrait donc des réalités
de dimensions différentes. Du développement de pays, à
l’initiative des Etats, on passait à des projets de développement
local, d’initiative individuelle ou de petites associations.
Ce changement ouvrait des perspectives plus larges en
multipliant le nombre d’acteurs potentiels et en évitant
l’intervention des Etats sur des projets locaux
Un nouvel objectif
qui inquiète nos partenaires
Avec le même objectif du développement
économique et social, le mot codéveloppement a été repris
en mélangeant deux objectifs, celui du développement et
celui de la maîtrise des flux migratoires. Le développement
est effectivement une condition indispensable pour limiter
l’exode de populations qui ne peuvent survivre dans les pays
du sud. La poursuite simultanée de ces deux objectifs est
souhaitable. Mais le second étant devenu plus prégnant, le
premier lui a été subordonné. Selon le rapport précité :
" Cette focalisation sur le retour s’est en outre
accompagnée d’une volonté implicite de conditionner
l’octroi de crédits pour des actions de codéveloppement à
l’obtention de résultats tangibles en matière de maîtrise
de l’immigration clandestine."
L’ambition des objectifs affichés pour
les retours (25 000, alors que l’on en avait dénombré une
cinquantaine par an dans la phase expérimentale précédente)
a inquiété les partenaires sollicités pour la réalisation
d’expériences pilotes (MALI, SENEGAL, MAROC, COMORES) »
Cette approche nouvelle faisait à
nouveau des Etats des acteurs des projets de codéveloppement
en les liant à des objectifs qui échappent manifestement aux
porteurs de projets locaux. Les actions de développement
devenaient de ce fait plus complexes et aléatoires. Les
partenaires de la France s’en sont donc légitimement inquiétés.
Devant leurs réticences, le Gouvernement de JP RAFFARIN a été
conduit à préciser le concept et à enrichir son contenu.
Une convention a néanmoins été signée
avec le Sénégal en 1998 (voir ci-dessous).
Définition
d’octobre 2003
Le
Comité Interministériel de la Coopération Internationale et
du Développement (CICID),
lors de sa session du 11 décembre 2002, a inscrit le codéveloppement
“ parmi les priorités de l’action gouvernementale ”. Le
même mois, un ambassadeur délégué au codéveloppement a été
nommé avec pour mission de mettre en œuvre la politique française
dans ce domaine.
Le texte adopté en Conseil des
Ministres en octobre 2003 apporte des précisions au concept
de codéveloppement en proposant : « de lui donner
un contenu concret, de devenir un instrument de mobilisation
des initiatives, des compétences et des moyens des migrants
installés en France souhaitant contribuer au développement
de leurs pays d’origine. L’accent ainsi mis sur
l’investissement et la valorisation des ressources humaines
rompt clairement avec la logique d’assistance »
D’actions initiées par l’État, la
politique est passée aux « initiatives des migrants
installés en France ». Comment ne pas voir là un recul
considérable des ambitions initiales ?
2.
Une évolution en 2006
Création d’un
instrument financier
Le compte épargne codéveloppement, créé
par la loi relative à l’immigration et à l’intégration
du 24 juillet 2006,
propose aux personnes ayant la nationalité d’un pays en
voie de développement, vivant en France et détenant une
carte de séjour, de pouvoir épargner en bénéficiant d’un
avantage fiscal dès lors que les sommes sont réinvesties
dans le pays d’origine. Cet investissement peut prendre différentes
formes : création d’entreprise, prise de
participation, achat d’immobilier commercial ou de fonds de
commerce, contribution à des activités de micro-finance...
Le compte peut être ouvert pour une durée allant de un à
six ans, avec un versement initial de 50 euros afin de le
rendre très accessible. Le plafond des dépôts est fixé à
50 000 euros. La rémunération est librement fixée par la
banque.
En septembre 2007, la Caisse d’Épargne
a été le premier établissement bancaire à être habilité,
par convention avec l’État, à ouvrir de tels comptes. Elle
lancera son produit début 2008.
Le Forum national
des acteurs du codéveloppement
Les 18 et 19 décembre 2006, au Centre de
Conférences internationales, avenue Kléber, ce forum a
rassemblé ONG, organisations de solidarité issues des
migrations, collectivités locales, experts et entreprises,
principaux partenaires européens et institutions de
recherche. Deux séances plénières et quatre ateliers ont été
organisés autour des thèmes suivants :
les
mobilités des compétences, savoirs et technologies,
les mobilités financières,
le développement économique,
le développement local "ici et là-bas".
A l’issue du colloque, Mme Brigitte
Girardin, ministre déléguée à la Coopération, au Développement
et à la Francophonie, a fait la déclaration suivante :
"Au total, le codéveloppement est bien l’illustration
de cette "stratégie gagnant - gagnant" qui est pour
moi au cœur de toute politique de développement :
c’est en aidant les pays du Sud à se développer en y créant
de l’activité économique et des emplois, que nous
contribuons aussi à réduire la pression migratoire qui
s’exerce sur les pays du Nord. Il ne faut donc pas se
tromper de combat : c’est bien à la pauvreté qu’il
faut d’abord s’attaquer, car c’est elle qui est la première
motivation à quitter son pays d’origine. C’est évidemment
toute la raison d’être de notre politique de coopération.
Et c’est aussi pourquoi les questions d’immigration et les
questions de développement sont autant indissociables."
Une nouvelle définition
En février 2007, le site Internet du
HCCI
reprend les termes de la loi de 2006 : « Trop
longtemps, le codéveloppement a été réduit au seul soutien
financier apporté aux opérations de retour au pays des
migrants. Son ambition est bien plus large. On peut définir
le codéveloppement comme la libre participation des
populations migrantes à des projets de développement dans
les pays du Sud. Les migrants concernés peuvent tout aussi
bien former un projet de retour dans leur pays natal ou se
mobiliser en étant durablement établis en France. «
Autrement dit, le codéveloppement se démarque
des approches sécuritaires de l'immigration. Sa vocation
première n'est pas d'endiguer les flux migratoires, mais de
valoriser les efforts des migrants décidés à mettre leurs
compétences et savoir-faire au service de leur communauté ou
de leur région d'origine ou encore d'y promouvoir des activités
productives ou des projets sociaux
Un regard
universitaire
Intervenant lors du colloque sur les Enjeux
locaux et les pratiques du codéveloppement, organisé le
22 novembre 2007 à Paris par le Centre de formation des élus
locaux en collaboration avec les associations Partenariat
eurafricain et Carrefour des acteurs sociaux, Cédric Milhat,
du Centre d’études et de recherches sur les droits
africains et le développement institutionnel des pays en voie
de développement à l’université Montesquieu Bordeaux IV,
a proposé une analyse critique de l’aide au développement
se traduisant par un assistanat inefficace. Au contraire il
voit dans le codéveloppement la possibilité de mettre en
place une autre logique en « plaçant les protagonistes
sur un pied d’égalité ».
Proposition du
Comité économique et social européen, décembre 2007
Envois
d’argent.
Le Comité “encourage
vivement les partenariats autour d’initiatives en faveur de
l’utilisation des transferts de fonds à des fins de développement
en diminuant les coûts et en améliorant l’accès”.
Compétences.
L’avis
propose la constitution de “registres volontaires de
migrants qualifiés issus de pays touchés par la fuite des
cerveaux, et des entreprises de migrants opérant actuellement
dans un pays d’accueil et provenant de pays en développement
de petite et moyenne taille”.
Selon le Comité européen,
“une fois identifiées, les organisations de la diaspora
devraient être mises en mesure d’établir un lien avec les
pays d’origine et de contribuer à leur développement.
L’avis souligne que “l’émigration doit être régulée
dans certains secteurs particuliers tels que l’éducation et
les soins de santé”.
Mobilité.
Faciliter la migration
“circulaire et virtuelle” doit permettre à la fois de
lutter contre la fuite des cerveaux, de maximiser les apports
des diasporas pour le développement des pays d’origine et
de renforcer les actions de coopération internationale.
Le Comité européen
souligne également qu’un “autre incitant puissant au
retour et/ou à la migration circulaire est la transférabilité
des prestations de retraite et de sécurité sociale des
migrants, du pays d’accueil vers le pays d’origine”.
3.
Des exemples
Des actions ont été menées ou sont en
cours avec le Maroc, le Mali et le Sénégal. Le détail peut
être consulté sur le site du HCCI.
Un accord passé avec Haïti en avril 2007 a été révélé
en décembre 2007.
Déclaration
commune franco-sénégalaise sur le codéveloppement
Le 15 Décembre 1998, le Président
de la République du Sénégal, M. Abdou Diouf, a reçu M.
Sami Naïr, délégué interministériel au codéveloppement
et aux migrations internationales, accompagné d’une délégation
qui a présenté les propositions françaises pour l’établissement
d’une convention de codéveloppement entre les deux pays.
La politique de codéveloppement liée à
la maîtrise des flux migratoires poursuit trois objectifs:
1. favoriser la mobilisation des
migrants installés en France pour le développement de leur
pays d’origine à travers l’utilisation de leurs compétences
et de leur épargne
2. organiser la mobilité des
personnes, étudiants et travailleurs, dans le cadre d’une
convention de codéveloppement.
3. contractualiser la gestion
conjointe des migrations entre la France et le Sénégal pour
favoriser le codéveloppement.
Les deux parties ont décidé la mise en
place d’un comité mixte franco-sénégalais sur le codéveloppement
et les migrations pour élaborer la convention de codéveloppement
entre la France et le Sénégal, dont la signature
interviendra au printemps 1999.
Actions de codéveloppement
au Mali
Un
premier projet (FSP 2001/107) « Mise en œuvre du Codéveloppement »
conduit de 2002 à 2005 a donné un contenu concret à la
politique franco-malienne de Codéveloppement.
Au-delà
du principe nouveau d’appuyer la stratégie de coopération
bilatérale sur la diaspora malienne en France, la méthodologie
de définition et de mise en œuvre des procédures a également
constitué un point novateur par la large et véritable
implication d’acteurs locaux (institutionnels, élus,
associatifs...)
Près
de 900 000 d’euros auront été mobilisés par les migrants
et la société civile malienne (associations, communes, etc.)
dans le cadre du cofinancement des projets de Codéveloppement
soit 35% du budget total du projet.
L’objectif
d’un nouveau projet (novembre 2005) a été d’étendre au
niveau national l’appui aux associations de migrants pour
leurs projets d’infrastructures dans les villages
d’origine, de renforcer le rôle joué par les jeunes issus
de l’immigration et les migrants maliens hautement qualifiés
dans le dispositif de Codéveloppement et d’accentuer la
mobilisation de l’épargne des migrants à travers des
outils de crédits adaptés. Pour plus d’information, voir
un article de la revue Projet
En
novembre 2007, Brice
Hortefeux, ministre français de l’Immigration, de l’intégration,
de l’identité nationale et du codéveloppement est en
visite au Mali et au Bénin a jeté les bases d’un nouvel
accord qui porte sur l’immigration légale, l’immigration
régulière et le codéveloppement. Le nouveau concept fait
suite aux accords déjà signés avec le Sénégal, le Gabon,
le Congo et la Tunisie sur « la gestion concertée des flux
migratoires.
Convention avec
l’Association française des volontaires du progrès (2006)
Suite à la signature, le 18 décembre
2006, d'une Convention entre Brigitte Girardin, ministre de la
Coopération, et Jacques Godfrain, président de l'Association
française des volontaires du progrès (AFVP), des jeunes
issus de l'immigration pourront mettre leurs compétences au
service de pays du Sud, à l'occasion de missions plus courtes
(trois mois à un an) que les traditionnels contrats de
volontariat (deux ans). De par leur situation et leur double
culture, ces jeunes pourront utilement jouer le rôle de
« facilitateurs » des relations bilatérales.
Autre originalité – qui donne tout son sens à la
notion de codéveloppement - l'adoption d'un principe de réciprocité :
des volontaires du Sud pourront être envoyés au Nord. Déjà,
des animateurs sociaux sénégalais détachés dans les
banlieues de collectivités locales de la région
Nord/Pas-de-Calais avaient frayé la voie.
4.
De graves incompréhensions entre les acteurs
Une
incompréhension totale entre les acteurs limite l’incidence de ce
qui au départ pouvait apparaître au Nord comme une bonne idée :
le codéveloppement
Les autorités
françaises
A
trop vouloir mélanger les problèmes :
recherche
du moindre coût de la Coopération (alias APD), y compris
avec le traitement scandaleux de la remise de dettes (autre
vaste sujet, mais ici hors sujet), tout en voulant « paraître »
et « faire la leçon »,
traitement
de l’immigration (limitée, contrôlée, choisie), tant à
l’arrivée plutôt volontaire qu’au départ parfois incité,
rarement désiré,
réduire
la pauvreté, les inégalités, la délinquance,
les
autorités françaises changent de priorité en permanence et
ne favorisent ni la compréhension ni le suivi de leurs
politiques qui ne donnent pas l’impression d’une grande
efficacité.
Les autorités des
pays du sud
Les
autorités du Sud, trop contentes de cette facilité politique
et économique de l’émigration, sont soucieuses de trouver
un écho chez leurs partenaires du Nord, surtout si cela peut
leur rapporter quelques subsides (même à titre personnel) et
les débarrasser de quelques opposants. Leurs migrants sont
souvent le cadet de leurs soucis, quand elles ne les accusent
pas d’avoir abandonné leur pays, d’avoir choisi la
« belle vie », mais leurs transferts
de fonds sont toujours les bienvenus.
Les migrants
Les
migrants n’ont pas
toujours choisi de partir et n’ont pas souvent trouvé les
eldorados que parfois ils espéraient. Leurs conditions sont
difficiles et l’argent chichement et durement gagné
qu’ils envoient au pays à leur famille les maintient dans
un état de pauvreté qu’ils sont censés avoir rejeté en
partant. Financer des projets de développement chez eux,
pourquoi pas, mais à leur idée qui n’est pas forcément celle des « natives »
qui sont restés, famille, village et pire, autorités. Au fil
des ans, souvent lorsque leurs moyens financiers deviennent
plus conséquents, ils privilégient leur famille sur place à
celle au pays ; en une génération, cette dernière est
oubliée et les transferts de fonds taris.
Ceux qui sont restés
Quant
à ceux qui sont restés,
ils comptent sur ceux qui sont partis ; si ceux qui sont
partis et arrivés réussissent, ceux qui sont restés pensent
que les émigrés ont la belle vie et qu’ils leur
doivent tout :
à
commencer par la prise en charge des dépenses courantes,
parfois
aussi de certaines dépenses exceptionnelles au premier rang
desquelles les cérémonies familiales (mariages,
circoncisions, funérailles),
ensuite
les investissements de prestige comme les mosquées, la
maison, la bicyclette, la nième épouse, voire le tracteur,
en
dernier, mais c’est relativement récent, le développement
(puits, périmètres irrigués, pistes, ponts, etc.).
Les
investissements collectifs arrivent toujours en dernier alors
que les migrants les accepteraient en priorité. Chacun les
voudrait à son idée, sans le moindre interventionnisme de
l’autre dans le choix ; les migrants voudraient
consacrer aux investissements économiques quand sur place les
soucis du fonctionnement deviennent vite prioritaires.
5.
Pistes de réflexions
Les esprits n’étaient probablement pas mûrs pour
donner corps à l’intuition sous-jacente au projet de Claude
Cheysson : les actions de développement doivent être
profitables « ici et là-bas » et envisagées
globalement.
Dès
le début, la liaison « développement et flux migratoire » a beaucoup inquiété nos
partenaires du Sud qui ont tout de suite souligné sa
perversité. Dans le même ordre d’idées, lier pauvreté
et émigration n’est pas forcément judicieux, au
moins dans certains pays, notamment l’Afrique de l’Ouest
et l’Algérie ; bien d’autres facteurs plus déterminants
incitent au départ (démocratie, liberté, genre, promotion
intellectuelle ou culturelle, etc.).
L’idée
d’associer les Etats et leurs migrants dans des projets de développement
ne peut être généralisée. Souvent les premiers se réjouissent
des départs (se débarrassent des plus contestataires et
remuants qui, en retour, vont rapporter au pays de l’argent,
via leurs familles), alors que les seconds partent pour mieux
vivre, voire être libres et pouvoir entreprendre,
certainement pas pour monter des coups avec des Pouvoirs que
parfois, ils ont fuis.
Faciliter
la migration « circulaire et virtuelle »,
qu’est-ce que cela signifie lorsque le discours actuel est l’immigration
choisie ?
Orienter les économies des travailleurs immigrés vers
l’investissement plus que vers la consommation de leurs
familles restées au pays est intellectuellement compréhensible
et humainement « dérangeant ». Attend-on autant
des citoyens français vis-à-vis du développement de la
France ? Le
compte épargne-développement pour des populations qui ont déjà
du mal à survivre et faire vivre leurs familles restées au
pays, des avantages fiscaux pour des gens qui seraient bien
aise de payer des impôts, ce n’est pas forcément l’idée
du siècle. Ce compte est d’ailleurs lent à être mis en
place. Parmi les transferts financiers, les prestations de
retraite et de la Sécurité sociale, ne sont jamais que la régularisation
d’un scandale qui s’ajoute à bien d’autres, tel celui
des inégalités des pensions d’anciens combattants.
La découverte, relativement récente, de l’intérêt
des coopérations décentralisées devrait inciter les
administrations centrales à faire plus confiance aux
initiatives « d’en-bas ». Cette remarque vaut
avant tout pour les services étatiques, elle s’applique
sans doute aussi à certaines ONG. Nouvelle
mésaventure, « la libre participation des populations
migrantes à des projets de développement dans les pays du
Sud », tellement libre qu’elles ne participent qu’à
ce qu’elles ont décidé et à la condition absolue
d’absence totale de l’Etat qu’elles rejettent
unanimement.
Pourquoi limiter la définition du codéveloppement à
la « libre participation des populations migrantes » ?
Depuis des dizaines d’années, des associations, des
municipalités, et d’autres collectivités territoriales
conduisent ou financent des projets de développement.
Pourquoi les exclure du champ de la définition du codéveloppement alors
qu’elles en sont des acteurs majeurs ?
Même s’il la place dans le contexte plus vaste de la
lutte contre la pauvreté, le forum de décembre 2006 remet
bien en avant la préoccupation de réduire la pression
migratoire malgré
beaucoup de bonne volonté des organisations du Nord ! Et
le « gagnant-gagnant » est une mascarade : il
y aura toujours des perdants et pour le moment nous savons où
ils sont (et risquent fort de rester encore longtemps).
On ne peut qu’être surpris de l’extrême lenteur
de la mise en place de toutes ces actions, de leur modestie
comparée à l’ampleur des problèmes et du nombre
d’organismes étatiques ou consultatifs qui traitent de ces
questions.
A l’aune de l’ambition initiale et de l’ampleur
des problèmes, les réalisations actuelles de codéveloppement
apparaissent modestes pour une action de l’Etat, même si
leurs résultats peuvent être parfois intéressants, aussi
bien pour les personnes et associations impliquées que pour
les populations bénéficiaires.