NOTE DU COMITE CINCINNATUS

 

A4-008 - Février 2008

Pour une politique industrielle de la France 

Une ambition nécessaire

L’ambition est d’actualité : l’annonce pour la 4ème année consécutive d’un déficit record de la balance du commerce extérieur conduit à proposer des mesures pour que notre pays reste dans le peloton de tête de l’économie mondiale.

Autrement dit, notre pays et nos concitoyens doivent retrouver l’envie et les moyens d’innover et d’entreprendre.

 Les réussites de l’industrie française sont nombreuses : électrotechnique, nucléaire, aéronautique civile et militaire, spatial, chimie et pharmacie, produits de luxe, train à grande vitesse, modernisation de la sidérurgie, industries de défense, … et peuvent servir d’exemples. Des entreprises sous-capitalisées il y a 30 ans se sont redressées de façon spectaculaire grâce à l’action de l’Etat : Renault, Thomson, Alstom … Les exemples abondent de PME dynamiques qui sont entraînées dans le sillage des groupes industriels de taille mondiale, par exemple dans la sous-traitance automobile ou dans les matériaux nouveaux. Mais il manque à la France le tissu des entreprises moyennes (le Mittelstand allemand). Il manque au niveau le plus bas des entreprises artisanales l’envie d’embaucher par peur de l’avenir.

Ces réussites s’expliquent d’abord par une ambition politique qui a mis en place des projets et des programmes à long terme : Airbus, le programme électronucléaire, le design de la mode, … ; cette ambition a également favorisé les coopérations internationales pour relever des défis communs à plusieurs pays. Le premier traité européen, celui qui a créé la CECA, la communauté du charbon et de l’acier, quelques années avant le traité de Rome reste un exemple majeur d’expression d’une volonté politique européenne à finalité industrielle.

 La France a obtenu la réalisation du projet ITER. Il est l’enfant de programmes de recherche ambitieux lancés il a plus de 30 ans et de coopérations internationales bien conduites. Où sont aujourd’hui les programmes qui aboutiront dans 30 ans ? Où sont les grands programmes sur les matériaux, les énergies renouvelables, les nanotechnologies, … ?

Dans toutes les réussites industrielles, l’engagement de l’Etat est déterminant : aux Etats-Unis qui ont retrouvé un élan industriel à partir de 1980, au Japon qui s’organise sur la base de projets et de programmes valables plusieurs dizaines d’années, en Chine, … Il faut aux dirigeants imagination et de créativité. Et il leur faut la volonté d’entreprendre pour satisfaire les attentes des futurs clients avec des produits de qualité. La dynamique de l’innovation et du développement des compétences sont les grands principes mis en œuvre par les entreprises compétitives.

 Le Comité Cincinnatus souhaite apporter une contribution à une politique industrielle de la France, en précisant la question, et en faisant de premières propositions.

 

En quoi consiste une politique industrielle ?

 La politique industrielle est un moyen fondamental pour une nation de rester maîtresse de son destin, pour concrétiser ses choix d’avenir, pour tirer parti de sa créativité et rester à parité avec les meilleurs. Pour cela il lui faut :

Maîtriser les secteurs stratégiques : en termes d’avance technologique et en termes de création de richesses ; ce qui selon les cas se concrétise en maîtrise d’une toute petite partie de la chaîne industrielle (mais un « chaînon » indispensable : conception, tour de main, fabrication de certains éléments des produits, …), ou bien dans la fabrication complète de produits de qualité répondant au besoin de marchés à un moment donné (TGV, éoliennes, téléphonie mobile, molécules pour les médicaments, …)

Maîtriser les facteurs de compétitivité : innovation, connaissance des marchés, normes techniques

Structurer le secteur productif : orienter l’épargne, réaliser les infrastructures nécessaires, diffuser les informations nécessaires aux bons destinataires (connaissance des marchés, connaissance du droit, …).

 

Éléments d’une politique industrielle

Développer une action politique

Faire les bons choix pour la recherche, le développement technologique, le développement des compétences

Adapter l’investissement productif à la réalité de la demande et de la production

Orienter l’épargne

 Adapter l’action des entreprises à la compétition internationale

Répartir les risques pour avoir les meilleures résultats possibles qui se traduisent par la création de richesse indispensable à la redistribution et à la protection sociale, et par des emplois

Mettre en place des conditions favorables à l’industrie

L’industrie crée des emplois (directement dans les entreprises industrielles et indirectement chez les sous-traitants et les entreprises de service qui sont nécessaires)

L’industrie ouvre sur le monde (les marchés) et sur l’avenir (la recherche et l’innovation)

L’industrie nécessite des compétences et ouvre un avenir à ceux qui ont le plus d’expérience afin qu’ils transmettent leurs compétences

L’industrie crée de la valeur et protège l’épargne des bulles purement spéculatives

En tenant compte de la réalité

La concurrence de plus en plus vive des pays à bas coût de main d’œuvre

L’évolution des marchés et l’évolution de la demande

Le contenu en technologies de pointe des produits réalisés partout dans le monde

 

Les entreprises et les « métiers » doivent exercer leurs responsabilités

Se moderniser à temps

Embaucher ingénieurs et techniciens, ainsi que les commerciaux et les juristes nécessaires

Assurer la transmission des connaissances et des compétences entre salariés expérimentés et jeunes embauchés

Développer l’innovation

 Mettre en commun ce qui doit l’être : action de R&D et innovation dans des centres techniques, sous-traitance partagée favorisant les économies d’échelle et la qualité, informations sur les marchés dès lors que le partage n’est pas un obstacle à la concurrence, …

Construire une stratégie intégrant le long terme et tenant compte de la vie des produits comme cela est indiqué dans nombre de bons ouvrages de gestion

 

Rien ne peut se faire sans un Etat conscient de ses responsabilités

Passer d’une posture indifférente ou défensive à une posture offensive en se positionnant sur les maillons de la chaîne les plus stratégiques et sur les secteurs d’avenir 

Tenir compte de l’histoire industrielle et des avantages comparatifs pour développer une action stratégique à long terme et fixer des objectifs

Favoriser la durée par la formation, la recherche et les aides sectorielles adaptées

Refuser la dictature du court terme et des marchés financiers

Mettre en place le contexte permettant aux entreprises de se développer dans la durée

Agir pour des conditions de concurrence équitable dans le monde

Mettre en place des aides sectorielles pendant la durée nécessaire (comme l’Allemagne sait le faire via les länder et en mobilisant les aides européennes pour la modernisation de l’ex-RDA)

Mettre en place les synergies nécessaires entre entreprises et entre recherche publique et entreprises

 Développer des coopérations renforcées au niveau européen

 Capter et diffuser l’information utile via les centres techniques des professions et les structures professionnelles ou inter-professionnelles

Orienter l’épargne vers l’industrie et les secteurs économiques productifs via l’Agence des Participations de l’Etat, la CDC, et la BCE une fois celle-ci réorientée dans ses missions

Mettre en place les politiques publiques permettant à des secteurs industriels de naître et commencer leur croissance

  Faire levier avec les marchés publics (sur le modèle du Buy American Act des Etats-Unis)

Faire levier avec le développement durable

Fixer des missions particulières à des entreprises sélectionnées, avec un contrat engageant toutes les parties prenantes y compris les entreprises en question en termes de résultats et de respect des engagements

    Favoriser les « clusters » de PME, là aussi avec des contrats précisant objectifs, moyens et engagements

 

Une politique industrielle est encore possible en France

 La France a les moyens d’une ambition industrielle. Le niveau d’épargne est encore très élevé : l’assurance-vie, les placements en obligations comme les placements plus risqués sont toujours d’actualité dès lors que le risque n’est pas spéculatif mais représente un vrai pari sur l’avenir à quelques années. Plusieurs actions sont possibles :

mettre en place et développer des fonds avec un risque équilibré à 5-8 ans comme en proposent parfois les banques à leurs clients pour financer les PME tout en défendant les intérêts des petits et moyens épargnants.

interdire par la loi les LBO qui achètent des entreprises pour les démanteler.

lutter contre la spéculation pour éviter les bulles spéculatives qui se succèdent sans créer de richesse réelle pour les petits et moyens épargnants, pour cela développer les mécanismes de surveillance et d’information.

engager des programmes qui structurent l’avenir à partir d’une vision prospective des besoins des marchés européen et mondial de demain.

développer des pratiques de « bonne gouvernance » : former chercheurs et ingénieurs, transmettre connaissances et compétences ; structurer recherche-innovation-fabrication;

mettre en place les coopérations et les partenariats nécessaires entre entreprises pour renforcer le tissu des PME.

Prendre ces décisions c’est parier sur un avenir meilleur. C’est donc bien une question politique .


 A4-008
   
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