NOTE DU COMITE CINCINNATUS

 

A4-007 - Février 2008

Agricultures et Politiques Agricoles

Les agriculteurs

Partout dans le monde, à de rares exceptions, les femmes et les hommes qui travaillent sur la terre sont soumis à des bouleversements et des défis majeurs. En Afrique la faiblesse des cours mondiaux et les situations politique, sanitaire et économique accélèrent un exode rural qui ruinent les pays et leur agriculture de subsistance. Pauvreté des sols, techniques ancestrales, climat hostile,  inorganisation des marchés, conflits armés, pandémies, les régions majeures des pays pauvres et en voie de développement comme l’Afrique, l’Amérique du sud, le Moyen-Orient et l’Asie concentrent la majorité des peuples pauvres et sous alimentés, mais concentrent également des handicaps redoutables à leur décollage économique et à leur complète autosuffisance alimentaire.

Le paradoxe essentiel du problème de la sous-alimentation est que 600 millions de personnes, sur les 840 millions recensées, sont des paysans. Ils produisent la nourriture, élèvent des animaux et souffrent de la faim. Ils ne peuvent même pas subvenir à leurs besoins alimentaires. Car il faut vendre de plus en plus de produits alimentaires, puisque les prix baissent, pour obtenir un peu d’argent. Donc, ils privilégient ce qu’ils peuvent vendre. Le processus s’accompagne d’un désinvestissement dans l’agriculture. Plus cela va, moins le paysan a intérêt à investir, à s’assurer que son sol est toujours capable de produire. Il y a deux raisons principales : l’absence de politique agricole et les inégalités des échanges internationaux. À quoi s’ajoutent la baisse de l’aide internationale en matière agricole et le démantèlement des services à l’agriculture par les politiques d’ajustement structurel. Donc la seule façon pertinente de considérer les choses est de favoriser une agriculture paysanne, fortement employeuse, plus productive que celle d’aujourd’hui, avec deux préoccupations : la sécurité alimentaire (produire de quoi nourrir son pays) et la souveraineté alimentaire (décider d’où vient l’alimentation). Il n’y a pas d’autre solution que la protection aux frontières, par pays ou par zone. C’est-à-dire ce qu’on a fait en Europe pendant quarante ans et qu’on interdit aux autres pays aujourd’hui. 

La Banque Mondial[1] semble, bien tard, avoir compris que des politiques de développement agricoles portées par les états deviennent une condition de la progression du niveau de vie de milliards d’individus dans le monde. Elle est prête à enterrer le consensus de Washington, la doctrine néo-libérale des ajustements structurels et à promouvoir de « solides stratégies nationales et une administration publique œuvrant en faveur d’une distribution et d’une responsabilité financière efficaces ». C’est une chance et une revanche de la réalité sur les postures idéologiques ultra-libérales. Les politiques de codéveloppement à remettre en avant  en Europe et en France dans ce domaine seraient bien inspirées d’occuper le terrain  par des initiatives institutionnelles. L’obstacle majeur étant de renter en conflit avec les intérêts des multinationales de l’agroalimentaire.

En Europe et plus particulièrement en France, est-il normal de continuer à faire fonctionner un secteur économique aussi important  avec un prix du marché qui ne couvre que les coûts de production, les revenus des agriculteurs étant payés à 93% par le contribuable? En échange de ce financement public les agriculteurs « protègent » l'environnement, assurent l’autonomie alimentaire du pays, la sécurité sanitaire des aliments et veillent à l’entretien des animaux. Est-ce qu'on les paie donc uniquement pour avoir ces bonnes pratiques agricoles qui devraient aller de soi ?

En 25 ans le nombre d’exploitations agricoles a été divisé par deux : 1 300 000 en 1979, 600 000 en 2003. Parallèlement la surface moyenne des exploitations augmente et passe de 28 hectares en 1988 à 47 hectares en 2003. Les petites exploitations disparaissent et le nombre des grandes augmente : en 1988 les exploitations de plus de 100 hectares sont 44 000, en 2003 on en compte 84 000. Cette évolution caractérise une logique de paupérisation et de concentration industrielle. Le phénomène dans l’UE est comparable. Toutefois les exploitation de moins de 10 hectares restent encore majoritaires en 2005.

En France en 2003, 1 200 000 personnes ( hors saisonniers) travaillent sue des exploitations agricoles. Leur nombre a été divisé par trois depuis 1979. Les salariés permanents non familiaux sont au nombre de 151 000 en 2003 et reste stable, après avoir fortement diminué avec la mécanisation à la fin du siècle précédent.

La solution est –elle dans  le développement des exploitations agricoles à responsabilité limitée (EARL ). Les statistiques parlent d’elles mêmes, avec 130 000 unités en 2005, les exploitations en société rassemblent 40 % de l’ensemble des exploitations professionnelles.

Il semble urgent de prendre des initiatives de politiques agricoles nationales et européennes pour permettre aux moyennes et petites exploitation de continuer à vivre de leurs productions, et non pas exclusivement les grands producteurs qu ont vu ces derniers mois leurs revenus augmenté spectaculairement suivant la croissance des prix des céréales, par exemple, sur les marché mondiaux.. Le vrai problème est que le marché ne donne pas un revenu correct à tous les agriculteurs. En particulier si la grande distribution veut promouvoir l'image que leurs produits alimentaires sont issus de l'agriculture durable, elle droit donner les garanties que l'environnement est préservé, la qualité des produits assurée, mais également que les agriculteurs en retire un revenu décent. Pour cela , il semble possible:

·        d’équilibrer les rapports entre l'agriculteur et la grande distribution par la voie réglementaire, permettant d’équilibrer le rapport de force entre l'exploitation familiale et les autres acteurs du secteur agro-alimentaire.,

·        de perfectionner, réformer et clarifier, en France en tout cas, les instruments de marché de régulation favorisant l'organisation collectives des agriculteurs.

En raison de leur souplesse, les exploitations agricoles à responsabilité limitée (EARL) ont eu un essor spectaculaire et supplantent les groupements agricoles d’exploitation en commun (Gaec). Les sociétés agricoles sont de grandes unités, dont la taille moyenne, avec 180 hectares d’équivalent de blé, est double de celle des exploitations professionnelles individuelles. Élevages hors sol ou exploitations de grandes cultures, elles se concentrent dans la moitié nord de la France. Six sur dix recourent au travail de salariés non familiaux, permanents ou occasionnels, mais ce sont surtout les sociétés unipersonnelles qui emploient les salariés permanents.

L’agriculture, les métiers, les emplois, les modalité de gestion et l’avenir de l’exploitation agricole subissent de profondes mutations. Une mise à plat de la politique agricole pour un «Grenelle»[2] de l’agriculture ne serait pas une vaine initiative, car la politique actuelle ne pourra pas tenir indéfiniment et il faudra sortir rapidement du deuxième pilier inventé par la commission européenne qui est une mascarade funeste pour l’agriculture européenne tendant à transformer les petits agriculteurs non rentables en gérants de camping et de tables d’hôtes.

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[1]  BM : Rapport mondial annuel sur le développement - Septembre 2007.

[2] Sur Europe 1, Christine Lagarde se dit favorable à des Etats généraux de l’agriculture-  2007-05-19 - PARIS (AFP)

 


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