NOTE DU COMITE CINCINNATUS

 

A4-007 - Février 2008

Agricultures et Politiques Agricoles

La PAC : l’agriculture comme question géopolitique

 

A la sortie de la deuxième Guerre mondiale, une prise de conscience de la France, de l'Allemagne et de l'Angleterre (qui avait connu, plus longtemps que nous, les tickets de rationnement alors qu'elle n'avait pas été envahie) a conduit à la mise en place de systèmes destinés à augmenter la production. Il s'agissait d'éviter de dépendre de l'extérieur en cas de conflits mondiaux comme l'avait durement illustré l'action des sous-marins ennemis rendant aléatoire le transport maritime de produits agricoles. C'est à partir de là que l'agriculture a été abordée comme un problème géostratégique. Ce n'est pas tout à fait un hasard si le Traité de Rome, en 1957, traitait à la fois de l'atome et de l'agriculture. Le même jour furent signés un traité concernant le secteur technologiquement le plus avancé et un autre pour le secteur qui posait le plus de problèmes en termes de technologie : la portée symbolique du geste politique est frappante.

Le système mis en place s'est inspiré de l’exemple de systèmes américains en constituant un meccano de protectionnisme, de mesures de stockage et un système qui soustrayait les prix européens à l'influence des prix mondiaux. La Guerre froide a constitué une « chance » car elle a permis de mettre en place, avec l'appui des US, une politique volontariste de production agricole. Cette politique a été extrêmement efficace : en l'espace de quelques années, l'Europe a acquis l'autosuffisance  (alors que, même en France, deux mois et demi de consommation de blé était importé en 1939). Aujourd'hui, avec trois fois moins de terres que les États-Unis, nous arrivons à nourrir 150 millions de personnes de plus et à exporter autant qu'eux, mais à quel prix ?

Les avantages comparatifs de la France et de l'Europe conduisent à faire des produits transformés. Les États-Unis ont trois fois plus de terres: un hectare par habitant contre un tiers d'hectare dans la CE. L’Europe et la France en particulier sont très compétitifs mais nous n'avons pas le même avantage comparatif : les États-Unis exportent des matières premières agricoles et nous exportons de plus en plus de produits transformés, nous jouons la valeur ajoutée et nous devons continuer à le faire. C'est pourquoi le soutien prépondérant par les prix de la production de matières premières semble une erreur. Nous n'avons pas d'avantages comparatifs dans les produits bruts mais dans les matières transformées. Ainsi la prochaine réforme de la  PAC ne doit pas remettre en cause le développement d'une industrie agroalimentaire de qualité et en ce sens si la PAC actuelle n'est pas complètement mauvaise, elle manque de cohérence. La PAC doit évoluer pour soutenir diversité, qualité et juste rémunération de la valeur ajoutée sur des produit issues de la transformation., sans abandonné totalement les enjeux stratégiques que sont la production de matières premières agricoles pour la propre suffisance du pays et la stabilité de son industrie agroalimentaire et ceci dans une étroite concertation avec nos partenaires Européens.

Dans cette géopolitique, il faut favoriser les actions en direction des autres pays de l'Europe (ce qui n'empêche pas d'avoir 25% d'exportations vers d'autres pays), en particulier les nouveaux entrants,  et regarder ce qui va se passer à l'est dans les dix ans qui viennent. Cela pose la question de la protection de notre espace européen, de notre capacité de production, de nos territoires, mais aussi de nos savoirs et des traditions alimentaires, qui vont être prochainement classées à l’UNESCO.  

La protection de notre espace agricole et de notre production agroalimentaire est une question importante pour assurer durablement notre suffisance et notre indépendance alimentaire, mais aussi nos capacités d’exportation. Ces questions se posent à l’évidence à tous les pays et aux ensembles régionaux, d'autant plus que les menaces environnementales font peser de lourdes hypothèques sur la stabilité climatique de régions importantes du globe. Elles deviennent avec la maîtrise des ressources en eau et l’énergie des domaines sensibles d’équilibre ou de déséquilibre internationaux qui conditionnent la stabilité sociale dans bien des états et la paix.


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