
La
PAC : l’agriculture comme question géopolitique
A
la sortie de la deuxième Guerre mondiale, une prise de
conscience de la France, de l'Allemagne et de l'Angleterre
(qui avait connu, plus longtemps que nous, les tickets de
rationnement alors qu'elle n'avait pas été envahie) a
conduit à la mise en place de systèmes destinés à
augmenter la production. Il s'agissait d'éviter de dépendre
de l'extérieur en cas de conflits mondiaux comme l'avait
durement illustré l'action des sous-marins ennemis rendant aléatoire
le transport maritime de produits agricoles. C'est à partir
de là que l'agriculture a été abordée comme un problème géostratégique.
Ce n'est pas tout à fait un hasard si le Traité de Rome, en
1957, traitait à la fois de l'atome et de l'agriculture. Le même
jour furent signés un traité concernant le secteur
technologiquement le plus avancé et un autre pour le secteur
qui posait le plus de problèmes en termes de technologie : la
portée symbolique du geste politique est frappante.
Le
système mis en place s'est inspiré de l’exemple de systèmes
américains en constituant un meccano de protectionnisme, de
mesures de stockage et un système qui soustrayait les prix
européens à l'influence des prix mondiaux. La Guerre froide
a constitué une « chance » car elle a permis de mettre en
place, avec l'appui des US, une politique volontariste de
production agricole. Cette politique a été extrêmement
efficace : en l'espace de quelques années, l'Europe a acquis
l'autosuffisance (alors
que, même en France, deux mois et demi de consommation de blé
était importé en 1939). Aujourd'hui, avec trois fois moins
de terres que les États-Unis, nous arrivons à nourrir 150
millions de personnes de plus et à exporter autant qu'eux,
mais à quel prix ?
Les
avantages comparatifs de la France et de l'Europe conduisent
à faire des produits transformés. Les États-Unis ont trois
fois plus de terres: un hectare par habitant contre un tiers
d'hectare dans la CE. L’Europe et la France en particulier
sont très compétitifs mais nous n'avons pas le même
avantage comparatif : les États-Unis exportent des matières
premières agricoles et nous exportons de plus en plus de
produits transformés, nous jouons la valeur ajoutée et nous
devons continuer à le faire. C'est pourquoi le soutien prépondérant
par les prix de la production de matières premières semble
une erreur. Nous n'avons pas d'avantages comparatifs dans les
produits bruts mais dans les matières transformées. Ainsi la
prochaine réforme de la
PAC ne doit pas remettre en cause le développement
d'une industrie agroalimentaire de qualité et en ce sens si
la PAC actuelle n'est pas complètement mauvaise, elle manque
de cohérence. La PAC doit évoluer pour soutenir diversité,
qualité et juste rémunération de la valeur ajoutée sur des
produit issues de la transformation., sans abandonné
totalement les enjeux stratégiques que sont la production de
matières premières agricoles pour la propre suffisance du
pays et la stabilité de son industrie agroalimentaire et ceci
dans une étroite concertation avec nos partenaires Européens.
Dans
cette géopolitique, il faut favoriser les actions en
direction des autres pays de l'Europe (ce qui n'empêche pas
d'avoir 25% d'exportations vers d'autres pays), en particulier
les nouveaux entrants, et
regarder ce qui va se passer à l'est dans les dix ans qui
viennent. Cela pose la question de la protection de notre
espace européen, de notre capacité de production, de nos
territoires, mais aussi de nos savoirs et des traditions
alimentaires, qui vont être prochainement classées à l’UNESCO.
La
protection de notre espace agricole et de notre production
agroalimentaire est une question importante pour assurer
durablement notre suffisance et notre indépendance
alimentaire, mais aussi nos capacités d’exportation. Ces
questions se posent à l’évidence à tous les pays et aux
ensembles régionaux, d'autant plus que les menaces
environnementales font peser de lourdes hypothèques sur la
stabilité climatique de régions importantes du globe. Elles
deviennent avec la maîtrise des ressources en eau et l’énergie
des domaines sensibles d’équilibre ou de déséquilibre
internationaux qui conditionnent la stabilité sociale dans
bien des états et la paix.