
Après des années difficiles du début
du 20° siècle, la politique agricole menée en France après
la 2° guerre mondiale avec la mise en place de la PAC a été
un grand succès productiviste et dés les années 1960 sont
apparus les excédents de production. La question qui se
posait dans tous les pays développés n'était plus d'assurer
la sécurité alimentaire mais comment gérer l'abondance et
la surproduction. Deux possibilités s'offraient alors :
la première en influant à la baisse sur les prix pour
diminuer la production et permettre en même temps de faire
croître l’exportation et la consommation, la deuxième en
imposant des quotas de production pour maintenir les prix.
Les pays disposant de beaucoup de terres
et d'une faible densité de population, comme les USA, la
Nouvelle-Zélande et l'Australie ont fait le choix de casser
les prix et de viser l'exportation et la compétitivité sur
les marchés mondiaux. Ce choix fut logique et très efficace
car dans ces pays développés industrialisés, la population
augmente peu mais la productivité de l'agriculture avait
fortement augmenter dés les années 30 du fait de la mécanisation,
de la sélection de meilleures variétés de plantes, de la
disponibilité de vastes étendues cultivables propices à la
monoculture intensive et de l‘usage intensif d’engrais.
L'Europe de son coté
a restreint l'offre par des restrictions quantitatives
( les fameux quotas laitiers). Héritant d’une agriculture
traditionnelle (petites et moyennes exploitations agricoles,
tradition de polyculture extensive) elle a préféré suivre
une autre logique en optant pour une agriculture
multifonctionnelle qui, en
trouvant d’autres activités que la simple production
agricole de base, protégeait les formes traditionnelles de ce
secteur, les emplois, la qualité des produits, ouvrait la
voie à la protection de l'environnement, à la gestion des
paysages,….ce qui a répondu à la demande des syndicats
agricoles et à la montée des mouvements écologistes en
Europe mettant en avant l’idée de la qualité et la
conservation des zones rurales.
Ces diverses politiques agricoles en
Europe et aux USA étaient animées d’autres considérations
géostratégiques que l’indépendance alimentaire. Les
produits agricoles constituent la base du développement de
l’exportation et du développement d’une industrie
agroalimentaire (surnommée agrobusiness). Cette industrie est
issue de l’élévation du niveau de vie dans les pays développés
et de la recherche de profits à l’exportation. Du fait que
l’industrie agroalimentaire et les marchés agricoles sont
mondialisés depuis longtemps, ces
stratégies ont eu
des conséquences sur l’organisation et l’état de
l’agriculture dans le monde entier.
Ainsi par exemple, le Brésil un des plus
puissants pays agricoles du monde, produit plus de 100
millions de tonnes de céréales par an (soja) dont la majeure
partie est destinée à la nourriture du cheptel des pays
européens. La forêt amazonienne est progressivement rasée
(l’équivalent de la surface de la France et du Portugal,
depuis 1975) afin d’étendre les champs de soja, dont ne
profitera pas une population qui souffre de malnutrition
chronique ( 8% en 2006 ). D’autres exemples montrent comment
les producteurs de tomates et de maïs des USA ayant vu leurs
productions subventionnées ont soutenu une logique de conquête
de marchés mondiaux et ont pu écraser leurs concurrents en
offrant des prix inférieurs aux producteurs d’Amérique
centrale qui ne bénéficient pas de subventions.
L’exemple du Brésil révèle que dans
un même pays dont l’ambition est de devenir la ferme du
monde, l’abondance côtoie la pénurie. Le Mouvement des
sans terre est venu le rappeler an 2007 au président Lula. Ce
dernier, a du mal à répondre à ces revendications, ayant
fait alliance avec la fazendeiros (grands propriétaires
terriens) pour gérer le pactole des 35 milliards de dollars,
montant de l’excédent de la balance commerciale dû aux
exportations de produits agricoles. A son arrivée au pouvoir
le président Lula nouvellement élu lança le programme
« faim zéro » et promis trois repas par jours à
tous les brésiliens. Or en 10 ans un millions de petites et
moyennes exploitations agricoles ont disparus renforçant
l’exode rural, la pauvreté dans les villes et mettant en
cause l’alimentation de base de la population. Cette
tendance semble se poursuivre. Comme dans d’autres pays le
Brésil, contraint par un choix de développement de grandes
fermes exportatrices, connaît
un déséquilibre intérieur dans l’organisation de son
secteur agricole, des tensions sociales fortes et un déséquilibre
dans l’alimentation de ses habitants.
En 2004, l’Organisation des Nations
unies a constaté qu’avec ce qu’elle produisait
l’agriculture mondiale pourrait nourrir 12 milliards de
personnes. C’est-à-dire le double de la population du
globe. Il y aurait donc, sur notre planète, suffisamment à
manger pour tous. Or en Europe, par exemple, grâce à une
agriculture très productive la surabondance de produits
agricoles et son corollaire le gaspillage alimentaire sont évidents
et les prix des produits agricoles sont artificiellement
contenus. D’un
autre coté du monde, les ressources alimentaires, très dépendantes
des sols et des climats, sont naturellement mal réparties et
sont marqué par des pratiques agricoles peu productives, peu
mécanisées, sans marché organisé ni régulé par les états
ou des organismes publics efficaces. Ces agricultures sont en
grande majorité la chasse gardée de grands groupes
agro-industriels qui maîtrisent par exemple le marché de la
banane, des arachides, du coton, du café, ….. de la culture
jusqu’à la distribution.
Les gaspillages d’un coté et les pénuries
de l’autres témoignent depuis longtemps d’un déséquilibre
chronique dans la répartition des ressources alimentaires qui
est aussi opéré par un marché libre faussé par les
subventions des états riches du nord et les grands monopôles
agroalimentaires. Déséquilibre entre pays et régions du
monde certes mais aussi à l’intérieur même de nombreux
pays.
S’il semble difficile de remettre en
cause rapidement ces déséquilibres à l’intérieur des
nations qui conservent leur liberté d’action sur leurs
territoires, il faut sans nul doute œuvrer pour de nouvelles
formes de régulations internationales et régionales. De
telle façon que de nouveaux modes de production et de
commercialisation favorisent suffisance, qualité et durabilité
des production agricoles nationales et régionales.
Ainsi l’abandon de fait des
impasses du Cycle de Doha de l’OMC et des politiques ultra
libérales classiquement préconisées, dont la Banque
Mondiale a fort opportunément relevé l’inefficacité en
2007, voire la nocivité, remettent à l’ordre du jour des
politique nationales d’organisation, de régulation et de
protection du secteur agricole pour les PED. L'exemple du
Cameroun reprenant en 2006 la maîtrise de ses
institutions publiques de régulation des marchés agricoles
locaux et des modes de soutien au développement de son
agriculture orientés vers l'autosuffisance constitue une référence.
Voilà comment d’autres modes de régulation et
d’organisation du marché pourraient peser sur ces déséquilibres
qui concernent surtout les PVD. Mais tant que Chine, Inde,
Japon… continueront d’acheter massivement sur les marchés
agricoles internationaux soja, maïs, blé, coton et riz,
d’autres pays en face seront pousser dans la fuite en avant
de stratégies de soutien à des monocultures intensives dévoreuses
d’espaces, contrôlées par les grands groupes
agroalimentaires, vouées à l’exportation et sources de
devises.
