NOTE DU COMITE CINCINNATUS

 

A4-007 - Février 2008

Agricultures et Politiques Agricoles

Le marché mondial des produits agricoles

Nous sommes tous spectateurs depuis presque vingt ans de l’arrivée non plus exceptionnelle mais réguliére de produits alimentaires exotiques à l’étal de nos marchés européens et de l’importation massive de soja par exemple pour la nourriture animale. C’est que le développement des échanges commerciaux internationaux par voie maritime et aérienne a fait venir en Europe ananas, mangue, litchis, crevettes du brésil, filet de capitaine, cerises du Chili, …..et, face cachée du commerce international, a décuplé les quantités de blé, de maïs, de riz, de soja échangées dans le monde.

Rien de bien neuf, car rappelons que depuis le temps des caravanes puis des  premiers navires, soies, épices, riz, thé sont venus des confins du monde sur les tables de plus riches. Avec la colonisation et la mécanisation des transports maritimes café, bananes, arachides, agrumes … ont envahi les tables des familles aisées de l’europe. Enfin dans la deuxième moitié du XX° siècle les grands navires ont pris en charge le transport de grande quantité de céréales à travers les océans et les avions ont déposé de façon régulière les produits alimentaires des quatre coins du monde sur nos tables, pendant que d’immenses territoires entraient dans l’agriculture intensive et se spécialisaient dans la culture du riz, du coton, du mais, du soja, des tomates….. Ainsi la mondialisation des marchés agricoles semble accomplie.

Or en un demi siècle la vigueur de ce développement n’a pas réduit  la faim dont souffre un tiers de l’humanité, de graves déséquilibres alimentaires surgissent à la une de l’actualité et les perspectives à moyen terme semblent dramatiques. En effet, constatons simplement que si le développement des échanges de produits agricoles mondiaux a permis des enrichissement spectaculaires de certaines régions ( Soja en Argentine et au Brésil, primeurs en Espagne, riz en Thailande), globalement cette mondialisation des échanges ne réduit ni la faim dans le monde, ni la pauvreté des populations rurales, ni l’insécurité alimentaire de 2,5 milliards d’êtres humains et encore moins les inégalités.

Un rapport de l'International Food Policy Research Institute[1] indique que le fossé entre la production alimentaire par les pays en voie de développement et leur consommation devrait profondément s'aggraver d'ici 2020. En effet, le décalage entre la production de riz, de blé, de maïs et d'autres céréales de ces pays et leurs besoins en nourriture devrait plus que doubler. La demande sur le marché mondial pourrait ainsi passer de 94 millions de tonnes en 1993 à 228 millions de tonnes dans une vingtaine d'années.

L'IFRI ajoute que le nombre d'enfants mal nourris devrait considérablement augmenter en Afrique sub-saharienne. Dans cette partie du continent africain, ils seraient 40 millions à ne pas manger suffisamment, ce qui représenterait 45 % des enfants souffrant de malnutrition dans le monde. En Asie du sud, où le problème se pose de façon positive, on estime qu'encore deux enfants sur cinq souffriront de la faim en 2020.

Cette situation s'explique, selon l'IFRI, par des sécheresses plus fréquentes, des guerres civiles à répétition, la faiblesse des réserves de céréales, l’urbanisation des populations loin des lieux de production et, surtout, le déclin de l'aide publique au développement. La croissance de la production agricole qui était déjà très basse en 1982-1994 par rapport à la démographie, avec + 2,3 %, devrait, en outre, tomber à 1,5 % pour la période 1993-2020. Les pays en voie de développement devraient ainsi être contraints d'importer plus de céréales des pays développés.

Au milieu de l’année 2007, les prix des produits agricoles de référence comme le blé, le lait, le mais ont connu des augmentations de prix spectaculaires. La presse quotidienne en France s’en est fait l’échos en annonçant de prochaines augmentations du prix du pain et des yaourts. Tout un chacun a ainsi compris que la formation des prix des produits de l’alimentation de base comme le pain, les pâtes, les laitages dépendait du marché mondial des matières premières agricoles. Nous l’avions déjà évoqué dans l’introduction, en Italie l’augmentation du prix des pâtes alimentaires de 4,5 % en un an a constitué un scandale national.  Mais il n’y a pas que l’Italie. En Mauritanie, au Maroc et en 2006 au Mexique des protestations populaires ont eu lieu contre l’augmentation des produits alimentaires de base.  En Février 2008 , à Chicago le prix du blé a explosé. La barre symbolique des 13 dollars le boisseau a été franchie pour la première fois: 13,50 dollars, mercredi 27 février 2008. Un bond de 179% sur une année.

A l’OCDE, à la FAO et dans d’autres groupes d’analyse, les experts[2] des marchés agricoles estiment que les prix des matières premières agricoles sont durablement orientés à la hausse en raison d'une croissance de l'offre structurellement inférieure à la demande. Les dernières statistiques du département américain à l’Agriculture[3] rendues publiques le 7 novembre 2007 confirment les prévisions de la FAO .

Conséquence sur la production de viande, les éleveurs s’inquiètent de la hausse du prix des aliments pour bétail, qui affecte surtout les secteurs du porc et de la volaille, par exemple dans l’ouest de la France, mais aussi en Chine, suivant la hausse plus générale des intrants de l’élevage: fourrage, soja, maïs, blé,….

 

Le blé

Le blé est la céréales de référence, le monde en produit 570 millions de tonnes par an sur 210 millions d'hectares. La montée des prix actuelle fait la fortune des producteurs/exportateurs, Etats-Unis en tête. Leurs exportations agricoles devraient leur rapporter 80 milliards de dollars en 2007, douze milliards de plus qu’en 2006. Début septembre 2007, le blé a atteint un record historique sur le marché de Chicago: 8,4350 dollars le boisseau (environ 27 kilos), complètement dépassé en Février 2008 avec 13,50 dollars. Les cours du blé ont plus que doublé en un an sur ce marché et « flambent » en raison de mauvaises récoltes dues à la météo et d’une demande qui, à l’inverse, croît : certains importateurs préfèrent augmenter leurs achats par crainte d’une pénurie de graines dans les mois à venir.

 

Le Maïs

Le maïs est la plante la plus cultivée au monde et la première céréale produite, devant le blé. Il représente 41%  de la production mondiale de céréales (blé : 40%, orge : 9%) et couvre (moyenne 2 000 à 2003) 140 millions d'hectares à travers le monde, pour une production de 600 millions de tonnes En 30 ans, la production de maïs a doublé. Le marché des céréales en général, qu'il s'agisse de blé ou de maïs, est un marché assez concentré en terme de pays exportateurs. Les Etats-Unis représentent à eux seuls 70% voire 75% des exportations dans le monde. Les États-Unis restent  le premier pays producteur avec 32 millions d'hectares cultivés. Ajouté aux deux autres plus gros producteurs, la Chine et le Brésil, ces trois pays représentent 53% des surfaces. L'Union Européenne est le cinquième producteur après la Russie. La source de volatilité du marché provient soit de pays pour lesquels le volume importé ou exporté est négligeable vis à vis de leur propre volume de production; soit de pays dans lesquels la décision d'importation ou d'exportation est politique et ne peut pas se déduire de l'analyse d'un bilan emploi/ressources habituel.

·        Exportations :  Sur les 75 millions de tonnes de maïs qui s'échangent en moyenne chaque année sur la planète, 60% environ sont américains (46 millions de T). L'Argentine suit, avec 11 millions de Tonnes exportées, puis viennent la Chine (10 millions de T) et le Brésil (4 millions de T).

·        Importations : Le 1er pays importateur de maïs est le Japon (22% des importations mondiales, 17 millions de T), suivi de la Corée du Sud (12%, 9 millions de T) et de Taiwan (6%, 5 millions de T). Au total, l'Asie importe 35 millions de tonnes, le continent américain 18 millions et l'Afrique 11 millions : total 54 MdeT.

En février 2008, la céréale a atteint les 500 cents le boisseau (environ 27 kilos) au Chicago Board of Trade, soit une augmentation proche de 40% en un an C'est aussi un nouveau record depuis 1996, quand le cours avait atteint 550 cents. Une telle augmentation s'explique d'abord par un marché très tendu. Les stocks américains ont été revus à la baisse en 2007. Ils ne représentent plus que 6% de la consommation du pays, un ratio qui atteignait 20% un an auparavant. La baisse de ces réserves est liée à une récolte 2006 médiocre, selon les estimations du département américain à l'agriculture. De plus, les agriculteurs américains ont planté moins de maïs que précédemment. L'offre décline donc progressivement. Mais dans le même temps, la demande explose. En cause: la production de biocarburants qui augmente rapidement. Les raffineries américaines ont produit 5 millions de gallons de l'éthanol. La fabrication de ce biocarburant requiert aujourd'hui plus de 20% de la récolte américaine de maïs. Ce nouveau débouché vient concurrencer les utilisation traditionnelle de cette céréale, c'est-à-dire l'alimentation humaine et animale.

Cette tendance à la hausse n'est probablement pas de courte durée. Économiste à l'INRA, Catherine Benjamin estime que le prix mondial du maïs devrait progresser de 50% entre 2005 et 2015. En cause, bien sûr, l'explosion de la demande en biocarburants qui devraient utiliser un tiers de la récolte américaine d'ici une dizaine d'années. Mais les biocarburants ne sont pas seuls en cause. "Le comportement alimentaire des Chinois est en train de changer", explique l'économiste. "Ils consomment de plus en plus de viande et le maïs entre dans la composition de l'alimentation animale."

 

Le soja

Le soja est essentiellement produit pour l’alimentation du bétail élevé en Europe et en Asie. Le monde en produit plus de 200 millions de tonnes. Trois pays concentrent 80% de la production mondiale : USA, Brésil et Argentine. Après les records du blé en Août 2007, les sommets du maïs de ces dernières années, le prix du soja est monté à son tour à des niveaux jamais vus début 2008. Cette flambée du soja est une des conséquences de la pénurie et des prix du maïs. De plus une compétition entre soja et maïs s’est installée pour s’imposer dans les cultures de 2008 : les agriculteurs dans les Amériques choisiront de semer la plante qui rapportera le plus, cad dont les prix sont les plus élevés sur le marché.

Coté environnement et gestion de l’espace agricole, la culture intensive du soja entraîne, particulièrement en Amérique latine, des conséquences économiques, environnementales et sociales désastreuses en chassant les petits agriculteurs et en retirant des terres pour les cultures vivrières. « Les familles indigènes sont expulsées de leurs terres ancestrales avec la complicité de la police, qui n'hésite pas à tirer sur les paysans »[4] . La campagne intitulée " le soja contre la vie ", menée par un réseau international d'ONG, dénonce ce "cas d'école", contraire aux principes de l'agriculture durable et de la souveraineté alimentaire, au Nord comme au Sud. Il faut toujours plus de terres à cultiver. Où les trouver ? En Amérique du Sud, riches d’espaces vierges au Brésil, en Argentine, au Paraguay, en Bolivie les territoires sont couverts de millions d’hectares de soja. On parle même de sojatisation des campagnes et de l’économie.

 

Le Riz

Pour ce qui concerne le riz , la menace d’une pénurie continue à planer en 2007. La Thaïlande pourrait exporter, cette année, près de 9 millions de tonnes de riz, un million et demi de tonnes de plus qu'en 2006, pour pallier les défaillance des autres pays exportateurs. Au Vietnam, l’Etat qui est soucieux de nourrir sa population, maintient son embargo sur les exportations. L’Inde a fini par lever l’interdit en vigueur, mais a introduit à la place un prix minimum rédhibitoire : 425 dollars la tonne. Le Pakistan, lui aussi, a fait monter les prix. Mais le problème, ce n’est pas que le riz manque dans les silos de la Thaïlande, mais les exportateurs ne savent plus comment le sortir du pays. Les usines pour le blanchir, les camions pour l’acheminer au port, les infrastructures pour le charger sur les bateaux tournent déjà au maximum de leurs capacités. Inutile de chercher à embarquer du riz thaïlandais avant 2008, les carnets de commande sont remplis jusqu’en janvier.

Partout, les prix explosent. En un an, la tonne de brisure parfumée, appréciée en Afrique, est passée de 200 à 330 dollars. Prix auquel il faut ajouter le coût du fret qui a triplé, en un an, pour faire la route entre la Thaïlande et l'Afrique de l'Ouest, car la question logistique (stockage, conservation et transport) complique la situation.

Vu le coût du transport l’intérêt des négociants est de vendre au plus vite pour ne pas perdre trop d’argent dans le fret facturé à la journée. Or devant les protestations des populations,  les gouvernants imposent des prix plafonds pour lutter contre la flambée des prix. Si le plafond est inférieur au prix du riz coût et fret inclus, cela découragera le négoce et en conséquence va amplifier le risque de pénurie.

 
La question de l’augmentation de la production

Dans le chapitre précédent nous posions la question de comment produire plus de biens agricoles. Force est de constater que les limites des terres disponibles arables, du climat et de la géographie posent des contraintes fortes sur les espoirs d’expansion des productions agricoles pour fournir le marché international.

La production agricole mondiale doit croître de 3,3% par an pour faire face à la croissance de la demande alimentaire et au développement attendu des biocarburants. Depuis longtemps on constate globalement que la production agricole mondiale croit de façon presque constante de 2,3% par an. Un taux insuffisant  pour faire face à cette demande qui se décompose en  2,5% pour couvrir les besoins alimentaire et de 0,8% pour répondre aux objectifs de production de biocarburants.

En débat depuis quelques mois les projets de développement de la culture de plantes pour fabriquer les biocarburants se traduira par une augmentation supplémentaire de la demande de produits agricoles de 0,8% par an dans les cinq à huit prochaines années.  De plus l’ensemble des objectifs de production de biocarburants de divers pays implique que 12% des surfaces agricoles leur soient dédiés dans les dix à quinze prochaines années, ce qui risque d’entamer les capacités de production de produits pour l’alimentation dans certains pays.

Les 2,5%, dédiés à l’alimentation,  résultent d’une évaluation de la somme d’un besoin de croissance de 1,1% dû l'accroissement de la population, de 0,8% lié à l'augmentation des calories consommées et de 0,6% résultant d'une modification des habitudes alimentaires, notamment dans les pays émergents, avec une plus grande consommation de viande.

Si donc il faut retenir un faible potentiel de développement des surfaces cultivables ( 1% par an sur les 10 prochaines années), une stagnation de la hausse des rendements (dont on verra les raisons dans un chapitre suivant) et une diminution tendancielle des stocks de céréales, il est facile de comprendre que les prix agricoles et alimentaires devrait progresser et rester élevés dans les cinq à dix prochaines années.

 

La question de l’organisation du marché mondial

Nous avons vu que l’intensification des échanges et l’ouverture des marchés n’est pas un gage d’équilibre et ne permet pas de résoudre le défit de la faim dans le monde et de l’insécurité économique des agriculteurs des PED. Au contraire, il est aisé de constater que les variations rapides des prix et des conditions de production sont particulièrement néfastes aux économies agricole des PED qui ont de grandes difficultés à organiser leur système de production pour couvrir les risques climatiques et la volatilité des cours. Pour illustrer ces faits, il suffit de regarder les difficultés de certains producteurs de cotons africain quasiment ruinés en 2007 par une mauvaise récolte et la chute des prix due essentiellement aux prix cassés que proposent les producteurs US par le simple fait que le coton US reçoit  de 2 à 3  milliards de dollars par an de subventions.

Par contre l’augmentation des prix des céréales est pour les pays exportateurs une promesse d’augmentation de leurs revenues, les pays importateurs, eux, souffrent et même les plus riches. Ainsi le Japon a du puiser dans son budget de crise pour payer ses dépenses pour les deux derniers mois de l’année 2007. Comme beaucoup de produits de base ils sont considérés comme des produits indispensables qui doivent être achetés quelles que soient les variations de prix. La FAO estime que la note totale des importations a augmenté de 20 %, en 2007. Pour les pays plus vulnérables (moins riches), on sait déjà que le budget «alimentation» a doublé depuis 2000. En conséquences, certains ont commencé à restreindre leurs importations, partout les prix augmentent, ce qui provoque parfois des émeutes.

Pour assurer leur sécurité alimentaire, le seul recours des Etats en difficulté consiste à importer plus comme la Chine, ou à imposer des taxes pour limiter les exportations comme en Russie ou en Argentine. Cela enrichit tous les intervenants de la filière, opère une redistribution très imparfaite, mais ne résout en rien ces difficultés. La population qui grossit, qui s’urbanise en Chine, en Afrique ou en Inde, consomme beaucoup plus en qualité et quantité que ce que l’agriculture locale et mondiale est capable de produire. C’est le scénario de tous les spéculateurs qui misent sur la montée des prix des matières premières agricoles et qui spéculent à la hausse amplifiant le phénomène. La FAO prévient, contrairement aux précédentes, que cette crise alimentaire aura des effets à long terme sur les populations.   Ainsi en 2008, le Lesotho, la Somalie, la Zambie, le Mozambique, au total trente-six pays n’ont plus de quoi acheter leur nourriture manquante et  ils sont menacés de famine.

D’un autre coté, le phénomène de concentration du business agroalimentaire est chaque jour plus grand. Par exemple Neumannn, Volcate, Ecom et Dreyfus contrôlent a elles seules près de 40 % du commerce mondial du café et dominent les conditions de travail de 25 millions de producteurs et de travailleurs[5]. Beaucoup de grandes sociétés «achètent directement les produits agricoles aux exploitants, en fixant directement leurs exigences et leurs prix». Une trentaine de multinationales (Carrefour, Wal-Mart, …) règnent sur 500 millions de consommateurs. Avec les mastodontes du négoce international des matières premières agricoles, elles ont capté l'essentiel de la valeur financière créée tout au long de la chaîne de production. Il ne reste que 4 % du prix de vente au producteur pour un kilo de café ou encore 2 % au travailleur d'une plantation de bananes.

Ainsi, pendant qu'on payait des subventions-revenus aux agriculteurs, pouvoirs publics et organisations internationales ne se préoccupaient pas de la concentration industrielle de la grande distribution. Tandis qu'on aidait l'agriculture familiale en faisant des promotions sur les produits de qualité, Carrefour, Wall Mart, Lidl se constituaient en grands groupes commerciaux. Aujourd'hui, cinq grands distributeurs contrôlent le marché mondial et il est inquiétant de voir comment les trois plus grands distributeurs mondiaux organisent le marché en orientant les consommateurs et en contraignant les agriculteurs.

Cette situation d’intermédiaire maître du jeux  qui influe sur la production et la consommation est à peine égratigné par la montée du commerce équitable. La maîtrise du transport, de la collecte, de la conservation et de la distribution des produits alimentaires issue de l’agriculture place la grande distribution au centre des réformes du marché à engager.

 

Ailleurs une stagnation des prix

Le fonctionnement du marché des produits agricoles ne se réduit pas à une dizaine de produits majeurs qui sont la partie visible de l’iceberg. Il y a d’autres faces de la réalité et en particulier la baisse ou a stagnation des prix de certains produits comme le coton généré par une mécanique de subvention dans les pays riches. En 2004 la FAO constatait que les exploitants et les pays qui sont tributaires des exportations de produits de base doivent lutter contre la baisse à long terme et la volatilité à court terme des prix réels des produits de base sur les marchés internationaux.

La baisse à long terme des prix réels de certains produits traduit le fait que la productivité et la production croissent plus vite que la demande. La volatilité est due à l'impact de facteurs exogènes, telles les conditions météorologiques, aggravés par les distorsions du marché causées par les droits de douane et les subventions appliquées dans les pays développés, les droits de douane en vigueur dans les pays en développement, pour défendre leur march& agricole et trouver des ressources fiscales; ainsi que le pouvoir économique de certaines chaînes de distribution des produits contrôlées par des grandes sociétés transnationales. Ces distorsions restreignent l'accès des PED aux marchés des pays développés et freinent toute tentative des producteurs et des pays exportateurs de capter une part plus grande du prix du produit final.

Les rendements moyens des principaux produits agricoles exportés ont augmenté de près d'un tiers au cours des deux dernières décennies. Parallèlement, de nouveaux producteurs importants sont entrés sur le marché pour commercialiser leurs produits, le Viet Nam en tant que producteur de café, par exemple.

Ainsi pour certains produits il faudra affronter le problème crucial de l’offre excédentaire. A long terme, la meilleure façon de l'éliminer est de réduire la production dans des marchés très protégés, aux coûts élevés, et d'améliorer parallèlement la demande en atténuant la pauvreté et augmentant les revenus dans les pays les plus pauvres. Dans les pays développés, le défi consiste à soustraire de la main-d'œuvre et des superficies cultivées à la production de produits de base excessivement subventionnés et de permettre aux producteurs de s'orienter vers d'autres sources d'emploi et de revenu. Les premiers producteurs à sortir des marchés débarrassés des droits de douane, des subventions et d'autres distorsions devraient être ceux dont les coûts de production sont les plus élevés. Dans certains cas, tels le coton, le sucre, les produits laitiers et le riz, il pourrait s'agir des producteurs de l'Union européenne ou des Etats-Unis qui ont bénéficié de subventions généreuses, et non des producteurs des pays les moins avancés (PMA) qui luttent pour produire des produits de qualité élevée à moindre coût. Cependant, dans les pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l'élimination du soutien à la production n'entraînera pas automatiquement une augmentation des exportations des PMA. Les principaux bénéficiaires immédiats pourraient être les exportateurs des pays développés non subventionnés et quelques-uns des pays en développement les plus avancés.

La diversification peut être un moyen pour les producteurs des PED de ne plus être tributaires des produits de base pour lesquels l'offre excède la demande. Toutefois, elle n'est pertinente que si les exploitants ont de nombreuses autres possibilités, notamment :

une meilleure valorisation des cultures par l’organisation de marché nationaux ou régionaux, 
une protection de leur marché local contre les exportations sauvages à prix cassés des excédents de production de pays développés,
la transformation de produits de base en produits à valeur ajoutée,
des activités non agricoles.

En outre, la diversification exige l'accès au crédit, à la formation et à d'autres ressources dont ils auraient besoin pour tirer parti de ces possibilités. Ce sont les efforts et les programmes que tentent d’organiser la FAO dans son programme Spécial pour la sécurité alimentaire  ( PSSA http://www.fao.org/spfs/index_fr.asp ) qui devrait améliorer la situation des producteur de produits agricoles et atteindre l'objectif de réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde entier, d'ici 2015.

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Pour fermer ce chapitre consacré au fonctionnement des marché agricoles internationaux retenons ces points de références qui pourraient  guider les prochaines évolutions :

Un marché international fortement distordu par les capacités de surproduction subventionnées des pays développés comme les US et la CE alimente un débat sans issue dans les négociation du Cycle de DOHA à l’OMC. La fin calamiteuse de ce cycle ouvre la voie aux accords bilatéraux et la mort d’une forme multilatérale de régulation du commerce mondial.

Les distorsions des prix des matières premières agricoles par les subventions, les droits de douanes, la spéculation et les taux de changes entre grandes monnaies donnent des bases hiératiques et confuses au fonctionnent d'un marché mondial. 
L’organisation actuelle du marché international agricole ne laisse aucune place à la raison ni à l’efficacité, sauf celle du plus fort et du plus riche. Il y a donc quelque part un besoin d’une gouvernance mondiale de l’alimentation, une instance de régulation des marchés agricoles afin de sortir des logiques d’enrichissement spectaculaires face à la dépendance alimentaire et la ruine de régions agricoles de certains PED
La FAO joue le rôle d’observateur, de vigie et son Directeur a donné ces dernières années des messages forts sur la situation catastrophique de l’alimentation des pays les plus pauvres. Doit-t-on renforcer dans cette institution un conseil de sécurité alimentaire mondial en relation et avec des conseils de sécurité régionaux, doté d’une capacité juridique et financière d‘intervention pour la régulation des marchés?
Mais les deux géants économiques planétaires vont-ils accepter de sortir de leur bras de fer sur les matières premières, l’énergie et l’alimentation pour donner plus de consistance à de  nouvelles instances de régulation et dans ce face à face quelles actions peut-on attendre de l’Europe et de la France.

[2] Note de recherche du Crédit Suisse et Selon Rodolphe Roche, le gérant du fonds britannique Schröders composé pour un tiers de produits agricoles, cette inflation pourrait durer une dizaine d’années
[4] ONG Mocase en Argentine - 2006
[5] « Un marché agricole qui nourrit la pauvreté » - citoyen.eu.org  – février 2005


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