
Nourrir 9 milliards d'Humains
Dans son rapport sur le
Droit à l’alimentation publié en Février 2004, l’ONU constatait que la faim dans le monde tue un enfant toutes les
cinq secondes, 842 millions de personnes sont sous-alimentées
et 2 milliards vivent en dessous du seuil de pauvreté avec
moins d'un dollar par jour ou rien du tout, souffrant de
carences alimentaire et disposant de moins de 2 200 calories
par jour soit une quasi famine qualifiée de « faim insoupçonnée
». En 2005 notre planète comptait 6,5 milliards d’êtres
humains le défi est de préparer les agricultures du monde à
fournir des aliments aux 9 milliards de personnes en 2050.
Pour nourrir 30% de plus d’humains et résoudre la quasi
famine de 30% d’entre eux, il faudra doubler la production
mondiale dans les quarante années qui viennent. C’est un défi
immense qui ne semble pas à porter des efforts des pays en
voie de développement et des organisations internationales.
Car en même temps les ressources naturelles nécessaires pour
l’agriculture deviendront plus rares, plus dégradées ou
plus aléatoires du fait des changements climatiques. Dans de
nombreux pays pauvres, l’agriculture représente plus de 40%
de l’économie et plus de 80% des emplois. Dans le même
temps environ 70% des pauvres de la planète vivent en milieu
rural et la plupart d’entre eux dépendent de
l’agriculture pour leur survie.
Pratiquement tous ces pays sont
aujourd’hui face à des décisions capitales pour renforcer
leur agriculture et gérer les migrations colossales des
campagnes vers les villes qui sont attendues au cours des
prochaines décennies. L’écart se creuse entre les pays les
plus pauvres, où l’agriculture reste le premier secteur économique,
et des pays comme les Chine, Inde et Brésil qui connaissent
un développement rapide, et où le défi pour l’agriculture
est de tirer profit de la croissance économique générale
pour limiter les disparités qui s’accroissent entre la
ville et la campagne et notamment assurer la compétitivité
et le niveau de vie de leurs petits agriculteurs.
La croissance de la population mondiale
n'est pas vertigineuse, actuellement à 1,5%, et a tendance à
s'infléchir, pour nourrir l’humanité en réduisant la sous
alimentation, il faut une croissance de la production agricole
supérieure à celle de la population soit environ 2%. Des études
ont été menées
qui montrent que certaines zones souffriront d'un déficit
alimentaire, notamment l'Asie qui actuellement se nourrit mais
ne sera pas en capacité de doubler sa production et l'Afrique
subsaharienne, qui devrait multiplier sa production par cinq.
Les zones qui peuvent combler ces déficits
sont celles qui ont des réserves de production importantes,
essentiellement l'Amérique du sud, avec, peut-être,
l'Ukraine et la Russie qui ont la capacité d'augmenter
significativement leur production pour faire la jointure. D'autres zones peuvent augmenter leur production de manière
moins importante : l'Amérique du Nord peut augmenter son
rendement en blé en irriguant. Ce n'est pas le cas de
l'Europe. La France est très compétitive physiquement, les
rendements en blé sont exceptionnels mais si exceptionnels
qu'on ne peut pas nourrir le monde.
Il y a sûrement dans les exemples montrés
dans le film d’Erwin Wagenhofer de quoi justifier une autre
orientation pour relever ce défi autre que l’accroissement
des terres cultivés et des rendements. Le gaspillage
est à son comble dans les pays développé et la
surproduction subventionnée par les états européens et les
USA, non seulement détruit les terres, menace la santé des
consommateurs mais handicapent le développement des
agricultures des PED.
Une agriculture moins productivistes devrait voir le jour dans
les pays développés et une protection des marchés locaux
des PED devrait initier une correction du système actuel de régulation
. Un ajustement des subventions et des outils de concertations
plus opérationnel au niveau de la FAO devront être définis
pour sortir de l’engrenage néfaste et paradoxal du
gaspillage et de la pénurie.
Car de son coté, la FAO,
habituellement discrète dans les négociations du cycle de
Doha à l’OMC, a montré dans le rapport sur « La situation
des marchés des produits agricoles en 2006 » qu’elle a
officialisé pendant les négociations de New Delhi une
position de promotion des inquiétudes des pays africains. La
FAO y confirmait certes l’intérêt des trois types
d’intervention agricole des États que sont l’appui intérieur,
la concurrence à l’exportation et l’accès au marché, en
raison des distorsions aux bons fonctionnements des marchés
qu’elles entraînent. Mais elle rappelle les remises en
cause récentes des résultats des modèles habituels de l’OMC
sur les avantages attendus des réformes en jeu. Une vision
plus nuancée et plus réaliste de «l’agriculture des pays
en développement» est selon elle nécessaire. La FAO s’est
inquiété des modalités par lesquelles les pays les plus
pauvres pourront effectivement tirer parti des négociations :
faire fonctionner les échanges agricoles tout en préservant
les pays pauvres dont l’agriculture n’est pas compétitive
par l’identification des produits spéciaux et des mécanismes
de sauvegarde est stratégique. Mais la réduction de la faim
dans ces pays nécessiterait aussi des interventions des États
par des politiques de développement de leur agriculture.
Enfin, elle avait appelé au renforcement de leurs capacités
à mieux analyser leurs intérêts et les trajectoires qui
leurs sont bénéfiques, et à les défendre à l’OMC.
Un lueur d’espoir semble être apparu
en Octobre 2007. En effet la FAO et son directeur général
semblent avoir été entendus, par la Banque Mondiale. Cette
dernière a pratiqué un mea culpa en consacrant à
l’agriculture son Rapport sur le développement mondial,
publié vendredi 19 octobre 2007 à Washington.
"L’agriculture, y déclare Robert Zoellick, le nouveau
président de la Banque, est un outil fondamental pour la réalisation
de l’Objectif du millénaire qui consiste à réduire de
moitié d’ici à 2015 la proportion de la population
mondiale vivant dans l’extrême pauvreté et souffrant de la
faim."
Voilà vingt-cinq ans que les experts de
la Banque avaient oublié que la vie de 2,5 milliards de
personnes dépend des activités agricoles. Le rapport expose
clairement les "négligences" ( selon les termes du
rapport) de la puissante institution sur ce sujet. Le
"sous-investissement agricole" qui en a résulté a
provoqué une chute spectaculaire de l’aide publique au développement
consacrée à l’agriculture.
"Depuis quinze ans, elle a été
divisée par deux !", s’indigne Jacques Diouf, le
directeur général de la FAO, l’Agence des Nations unies
pour l’alimentation et l’agriculture, qui a longtemps prêché
dans le désert. Environ 900 millions de personnes, soit 75 %
des pauvres qui vivent avec moins d’un dollar par jour,
habitent les zones rurales, mais celles-ci n’attirent que 4 %
de l’aide publique totale.
Pourrait-il y a avoir une saine négociation
sur une agriculture
raisonnée et régulée au niveau mondial en dehors de
l’OMC ? Pourquoi , après cinq ans d’échecs, ne pas
sortir du cycle de DOHA et remettre dans les mains de la FAO,
de l’ONU et de la banque mondiale ces questions
agricoles pour allez vers un conseil de sécurité alimentaire doté
de moyens pour soutenir et financer les nouvelles politique
publiques d’aide au développement de l’agriculture dans
les pays pauvres et les pays en développement? Faut-il mettre
en opposition frontale une nouvelle perspective exposée par
la Banque mondiale et les discussions obscures et stériles
qu’abritent l’OMC ?
Le plan d’action "dynamique"
que proposent la Banque et son nouveau président devra
consacrer infiniment plus d’argent qu’au cours des vingt
dernières années à la productivité de l’agriculture
vivrière (engrais, amélioration des variétés, techniques
d’assolement), mais aussi à la diversification des
productions (horticulture, aviculture, aquaculture, produits
laitiers) et à l’organisation des marchés.
Le rapport rappelle que les efforts
devront porter en priorité sur les trois secteurs qui
conditionnent tout progrès : l’accès à la terre,
l’accès à l’eau et l’éducation (en moyenne, les
ruraux ne sont scolarisés que quatre ans).
C’est à une
oeuvre de longue haleine que le rapport convie la communauté
internationale, car l’agriculture qu’il s’agit de
promouvoir et d’installer devra se faire
"durable", ce qui voudra dire tenir compte des
erreurs passées et se soucier notamment de la préservation
des terres, de la biodiversité, de la gestion de l'eau, des dégâts de
l’usage anormaux des pesticides ou de la déforestation.
