NOTE DU COMITE CINCINNATUS

 

A4-007 - Septembre  2007

Agricultures et Politiques Agricoles

Introduction

Mars 2007 - Le salon de l’agriculture à Paris vient de fermer ses portes sur un nouveau succès de fréquentation populaire[1] et de fréquentation politique, élection présidentielle oblige. Si le retour des volailles dans le salon interrompt  l’inquiétude concernant un possible retour de la grippe aviaire, l’ambiance dans les cercles avertis est morose. Nouvelle négociations de l’OMC, réforme de la PAC, pollution des eaux, sécheresse et changement climatique composent, entre autres menaces, un paysage tourmenté et inquiétant pour l’agriculture nationale et mondiale.

Avril 2007 - Un film dérangeant sort sur les écrans en Europe "We Feed the World. Le Marché de la faim" de l’autrichien Erwin Wagenhofer. Ce film met le doigt sur les conséquences écologiques et sociales désastreuses de l’exploitation intensive des terres. Il présente un chaos générateur d’injustices et de pollution. Il dénonce l’emploi dangereux des techniques génétiques et des  manipulations politiques. Ce n’est pas tant, comme on a pu le voir ailleurs, le transport des animaux, l’élevage en batterie, l’arnaque aux subventions, la vache folle ou la grippe aviaire qui sont désignés dans ce cri d’alarme sur la mal-bouffe, mais plutôt la philosophie des extrémistes de la consommation et du libre-échange. Avec cette question annexe : qu’est-ce qu’un marché libre s’il est pratiquement confisqué par les cinquante plus grands groupes mondiaux ?

Septembre 2007: la sécheresse, la spéculation et la croissance de la demande dans les pays émergents de produits alimentaires identiques à ceux qui sont consommés dans les pays de l’OCDE entraînent  une flambée du prix des matières première agricoles. Cela concerne notamment le lait et le blé  avec des conséquences partout et en Europe en particulier. Ainsi, en Italie, selon l'Institut de la statistique (Istat), le prix du pain a augmenté en septembre de 7,3% sur un an et celui des pâtes de 4,5% sur un an. La hausse du prix du poste pain/céréales est passée de 1,8% au premier trimestre sur un an à 3,3% au troisième trimestre. Autre exemple, le groupe agroalimentaire Danone procéderait en novembre à une hausse "moyenne" de ses prix  aux distributeurs de plus de 10%. Au cours des dix prochaines années, les prix de nombreux produits alimentaires vont augmenter et  pourraient se maintenir à des niveaux relativement élevés, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la FAO [2] dans un document commun publié en juillet 2007. La facture sera plus lourde à supporter pour les pays pauvres, et plus particulièrement pour ceux qui sont importateurs nets, surtout s’ils ne sont pas producteurs de pétrole, les coûts du fret augmentant également.

Depuis plusieurs années, des questions de fonds sur l’agriculture, préoccupent professionnels, économistes, agronomes, décideurs politiques et citoyens : comment nourrir les 9 milliards d’humains attendus au milieu du siècle ? Comment préserver durablement les capacités de production des produits agricoles ? Comment disposer des produits de l’élevage et de l’agriculture en quantité et en qualité sans polluer les eaux et les sols de façon définitive ni prendre le risque de mettre en danger la santé des consommateurs ? Quel avenir pour la population des agriculteurs qui, aussi bien en occident que dans les PED, diminue inexorablement ? Comment préparer les agricultures de chaque ensemble régional à faire face aux conséquences des changements climatiques annoncés ? Quel équilibre et quelles nouvelles régulations trouver entre producteurs, industrie agroalimentaire et consommateurs ?

Arrêtons nous à ces questions pour commencer, sans toutefois oublier les questions de la biodiversité, de la relation ville-campagne, des paysages, de la déforestation et des nouvelles relations des hommes à la nature. Ayons simplement présent à l’esprit que, comme dans  chaque grand secteur d’activité, demain se fabrique aujourd’hui. 

Quelles politiques agricoles définir et articuler pour répondre aux défis de la suffisance alimentaire, de la  sécurité alimentaire et de la  relation de l’agriculture avec la nature pour préserver le développement durable ?  Est-il trop tard et vain de définir des politiques publiques toujours négociables et difficiles à mettre en œuvre, fruit de concertations et de compromis, censées prendre en charge l'intérêt général contre les intérêts particuliers et court-termistes  ? Le libre échange mondial et l’engrenage du marché vont-ils  dérégler des cycles naturels vitaux, remettre en cause les espaces agricoles traditionnels, perturber pour longtemps le  biotope, enfermer à jamais 600 millions de paysans des PED dans la précarité,  faire disparaître la PAC et l’agriculture Européenne ? Ou bien des politiques adaptées vont-elles permettre de limiter les tensions, de nourrir les 9 milliards d’humains qui peupleront la Terre en 2050, et de mettre le progrès au service de tous tout en permettant les évolutions sociales et économiques qui sont liées au développement du niveau de vie de toute l’humanité en commençant par les plus pauvres ?

 

[1] Le salon international de l'Agriculture (SIA) de Paris de 2007, qui a  fermé ses portes le 11 Mars à la Porte de Versailles, a accueilli plus de 600.000 visiteurs pour sa 44ème édition contre 500.000 en 2006, soit une hausse de 20%, ont annoncé  ses organisateurs.  

[2]Le site de la FAO : http://www.fao.org/index_fr.htm 


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