NOTE DU COMITE CINCINNATUS

 

A4-004 - Juin 2005

Pour une nouvelle dynamique économique

 

CONSTATS

La croissance économique de l’Europe est globalement en retard sur celle des grands acteurs mondiaux. Le chômage y est important dans la plupart des pays, en particulier en France. L’Union Européenne doit faire face aux besoins des pays d’Europe centrale qui l’ont rejointe en 2004. L’exemple des problèmes auxquels l’Allemagne a été et est toujours confrontée avec l’intégration de l’ancienne RDA doit être pris en considération. Dans la plupart des pays l’écart se creuse entre les tranches de la population les plus riches et les plus pauvres. La faible consommation limite la croissance économique, créant une situation injuste pour tous et dramatique pour beaucoup. 

 

Des précédents

L’Europe et les pays industriels avaient connu une situation semblable pendant la crise des années 1930 : enrichissement outrancier d’un petit nombre, misère pour le plus grand nombre. La solution trouvée lors de cette crise était caractérisée par la relance de la consommation, par la relance des investissements, et par la construction d’infrastructures. Sous l’impulsion de l’Etat, les revenus de la population furent augmentés, et les entreprises eurent des conditions favorables pour investir. Ainsi, consommation et investissements s’épaulent pour devenir productifs et créer des emplois. De multiples secteurs économiques sont concernés : amélioration du logement, construction de chemins de fer, de routes et d’autoroutes, vente de voitures, amélioration de l’alimentation et du confort, développement du tourisme, … sans oublier l’amélioration de la santé et l’allongement de la durée de la vie dont bénéficient au passage l’industrie pharmaceutique et le monde médical. Un vrai cercle vertueux ! En France, le Front Populaire fut un moment majeur de cette reprise économique. Dans toute l’Europe occidentale, la mise en œuvre du plan Marshall pour reconstruire l’Europe occidentale après la 2° Guerre Mondiale en fut un autre.

 

Un « plan Marshall » pour l’Europe

L’Europe doit faire de même aujourd’hui : il faut redonner du travail à des millions de chômeurs ; il faut développer les infrastructures dans toute l’Europe ; et il faut accélérer le développement et la modernisation des pays d’Europe centrale. Pour cela, il faut un plan comparable au plan Marshall pour le continent européen. Aujourd’hui, l’objectif majeur des politiques économiques est d’aller vers le plein emploi pour assurer à chacun dignité, revenus et vie sociale au moyen d’un travail utile et reconnu. La crise a traversé plusieurs générations qui ont eu le chômage pour seul horizon. Il est urgent de revaloriser le travail et de redonner la possibilité d’en vivre.  

 Quelques conditions simples à satisfaire

 Pour qu’une telle politique soit possible, il faut préparer l’avenir. Pour cela, il faut créer des ressources nouvelles, dépenser de l’argent frais, en sachant que des richesses plus importantes que les dépenses seront créées.

 Un bon exemple est celui de l’achat à crédit :

 Rares sont ceux qui peuvent acheter un appartement sans emprunter à une banque    

Alors, la banque prête si elle est à peu près sûre d’être remboursée  Le remboursement s’étale sur plusieurs années

 La banque ne peut disposer immédiatement de l’argent prêté et elle a pris le risque de ne pas être remboursée : c’est ce qu’exprime à peu près sûre ; l’intérêt payé par celui ou celle qui a emprunté paie tout cela à la banque

 La somme empruntée permet d’acheter un appartement ou de construire une maison ; le nouveau propriétaire fait faire des travaux, achète de nouveaux meubles, … Bref, il consomme et il participe au développement de l’économie, ce qui permet à d’autres d’avoir un emploi, de consommer et de créer de nouvelles richesses

Un tel cercle vertueux est possible. A condition « d’amorcer la pompe ».

Il en est de même pour les pays. C’est juste un peu plus compliqué parce qu’il y a beaucoup d’acteurs. Et il faut penser à agir dans une zone assez homogène pour qu’il soit possible d’avoir un marché suffisamment vaste :

Niveau comparable de développement

Besoins comparables dans la société

Même niveau de formation

Une monnaie permettant la fluidité de l’économie et les échanges sur un marché suffisamment diversifié et vaste.

 Et l’effet multiplicateur de la création de richesses apparaît, remboursant et au-delà la mise de fond initiale.

Il est évident que dans la zone euro, l’Europe des 15, voire l’Europe des 25, une telle politique est possible : les besoins non satisfaits sont immenses, notamment dans les pays d’Europe centrale, l’augmentation des salaires est attendue par tout le monde du travail, l’emploi est souhaité par tous les chômeurs, et les conditions sont réunies :

Un bon niveau de formation

Des niveaux de développement assez proches pour se rapprocher rapidement  

Des besoins importants sur tout le continent

Une large autosuffisance comme le montre la proportion des échanges qui se fait par le commerce intérieur à l’UE

Une monnaie et une banque

Une capacité politique réelle pouvant se traduire en politiques industrielle et sociale favorables à l’emploi, ainsi qu’en une fiscalité adaptée à la protection du niveau de protection sociale et à l’amélioration de la formation.

 

 Il ne manque que la décision ! Et pour la décision, il manque le choix du progrès et de la dignité pour tous.

 

PROPOSITIONS

Placer croissance et emploi, recherche et formation, industrie et échanges bénéfiques pour le monde au premier rang des priorités.

Amorcer le cercle vertueux à l’échelle du continent.

En finir définitivement avec le pacte de stabilité et placer la BCE sous une autorité politique

Engager un programme de grands travaux européens en faveur des pays d’Europe de l’Est (« plan Marshall » européen financé par un emprunt international)

Développer la recherche et la formation pour améliorer la compétitivité et ouvrir de nouveaux marchés tout en développant la capacité d’adaptation.

Identifier les productions de proximité continentale porteuses d’emploi, les produits et services non délocalisables et en faciliter l’accès (santé et services à la personne, logement, cadre de vie, …)

Introduire dans les calculs économiques la notion de coût complet, tenant compte des impératifs économiques et sociaux (protocole de Kyoto, coût de la protection sociale et des pertes d’emploi dues aux délocalisations …) introduire des contributions dédiées - ce que les anglo-saxons appellent des levies - sur la commercialisation en Europe de produits ne supportant pas ces charges (cf. la proposition du Comité Cincinnatus pour une compétition équitable).

Enclencher les politiques industrielles sur les secteurs porteurs d’avenir et développer des politiques de champions européens sans imposer la concurrence entre grandes entreprises européennes des secteurs de pointe ; favoriser l’émergence de PME innovantes pour la mise en œuvre rapide des résultats de la recherche scientifique.

Poursuivre les réflexions sur l’indépendance énergétique et les substituts au pétrole et engager ou renforcer des programmes de recherche en lien avec une politique agricole ouverte sur des productions à finalité industrielle.

 Prendre en compte le vieillissement de la population et sa capacité à travailler à un age plus avancé. Pour cela,  revoir les seuils de définition de la vieillesse en fonction de l’évolution de l’espérance de vie et donc diffuser l’idée de la nécessité de travailler plus longtemps et rechercher les possibilités de la mettre en oeuvre.

 


 
   
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