NOTE DU COMITE CINCINNATUS

A3-002 - Octobre 2006

Apprendre le Français, apprendre le Français, apprendre le Français 

 

Il peut paraître surprenant aujourd’hui d’affirmer la nécessité pour tous les enfants vivant en France d’apprendre le Français. Le Français est la langue de tous les jours, celle de la vie quotidienne, celle des informations télévisées, celle du monde du travail, celle des relations avec les services de la République, …

 Intégrer

Il n’est pas question ici de s’étendre sur l’aberration de ceux qui donnent une priorité à la langue régionale ou à la langue du pays des grands-parents pour les jeunes issus de l’immigration. La France est une terre d’immigration, une nation construite par des apports successifs, que ce soient ceux des territoires intégrés de gré ou de force, au royaume avant la Révolution, à la République ou aux Empire après, ou ceux des mouvements migratoires déclenchés par la misère, la menace, les conséquences des guerres et les besoins de l’économie. De deux choses l’une : ou bien l’on est favorable à la juxtaposition de communautés fondées sur des critères culturels, religieux ou ethniques, ou bien l’on vise l’ouverture sur le monde.

Pour ce qui nous concerne, le choix est clair : priorité à l’intégration. Et l’intégration passe d’abord par l’apprentissage de la langue servant à véhiculer les connaissances et les savoirs, la culture et les échanges de toutes natures dans un espace qui s’élargit avec les apprentissages et qui s’élargit de plus en plus vite avec les techniques modernes de communication.

Nous avons en mémoire les multiples études réalisées sur l’illettrisme et ses conséquences : savoir lire, écrire et compter sont indispensables pour tout individu dans la vie quotidienne. Et pour ce qui concerne les habitants de la France, la qualité et l’enrichissement des échanges passe par la connaissance de la langue du pays, le Français. Prétendre le contraire, c’est admettre que la société doit se reproduire à l’identique, sans promotion sociale par l’école, sans ouverture pour les enfants issus des milieux les moins favorisés. Ce premier niveau d’exigence est tout simplement pratique : accomplir les actes de la vie quotidienne, travailler, subvenir à ses besoins. Et il introduit immédiatement un deuxième niveau d’exigence : ouvrir sur le monde et sur les échanges dans un espace de plus en plus large, que ce soit pour la culture ou pour la possibilité de relations avec un nombre chaque jour plus grand de personnes.

Une mention historique : Le Tour de France de deux enfants, ce fameux ouvrage de G. Bruno qui fut largement diffusé à la fin du XIX° siècle, quand la toute jeune école de la République vibrait d’ambition et de dynamisme. Découverte des régions et de la diversité de la France, découverte des atouts et des caractéristiques de chacune des régions, découverte des métiers comme des paysages ; mais aussi intégration par la langue et par la contribution à la création d’une identité culturelle face à l’obscurantisme ou au dualisme social que certains voulaient entretenir (ce n’est pas un hasard si le nom de l’auteur de cet ouvrage rappelle Giodarno Bruno, brûlé pour avoir voulu diffuser la science et le raisonnement !).

Voilà qui nous amène à un troisième niveau d’exigence : la transmission de la culture et de modes de raisonnement, pour aboutir à la capacité de conceptualiser et de raisonner. Les mathématiques comme les techniques passent par la langue, la connaissance de l’environnement et des autres passe par la langue. Ce qui peut paraître implicite pour certains, notamment les enfants issus de milieux bien intégrés et favorisés qui maîtrisent les codes sociaux et les connivences, nécessite un apprentissage pour les autres enfants ; non pas qu’ils ne disposent pas eux aussi de codes et de connivences, mais parce qu’ils sont face à une division sociale et dans une situation qui ne leur permet pas d’aller au plus loin de leurs possibilités sans assimiler et pratiquer ce qu’il faut bien appeler les modes de fonctionnement des couches dominantes de la société. Comment fonder un projet individuel d’épanouissement sans avoir accès à cette culture ? Comment, pour les plus défavorisés comme pour les autres, avoir accès aux connaissances permettant selon les aspirations de chacun la promotion sociale, la connaissance des autres et du monde, le choix de vie qui est l’expression première de la liberté ?

Ce qui conduit immédiatement à une nouvelle exigence : la transmission de valeurs. Pour ce qui nous concerne, ce sont celles de l’épanouissement individuel dans une société limitant tensions et inégalités grâce à des institutions démocratiques. Certains appellent cela les droits de l’homme, d’autres la citoyenneté, disons tout simplement la démocratie économique et sociale.

Voilà pourquoi les individus doivent maîtriser correctement la langue de leur pays, ici le Français : valeurs, acquisition des connaissances, connaissances pratiques et conceptuelles, maîtrise des outils de relation dans la vie quotidienne. Le refus du communautarisme conduit logiquement à l’apprentissage de la langue, d’une langue permettant de multiples échanges, et avec une intensité suffisante pour remettre systématiquement en cause le dualisme figé que certains souhaitent maintenir dans la société de notre pays au mépris de ses valeurs républicaines et humaines.

 Servir

Si l’approche par l’individu a été volontairement mise en avant dans les lignes précédentes, il est clair qu’il convient maintenant de réfléchir du point de vue de la collectivité. La nation a besoin de citoyens bien formés et capables de produire pour l’économie comme de faire fonctionner les institutions dans un monde fini où les cultures et les organisations sociales sont en compétition comme les économies.

La République française a son originalité et, depuis qu’elle existe, elle a eu vocation à proposer au monde un mode de fonctionnement de la société. Aujourd’hui comme hier, cela nécessite une économie puissante fondée sur la recherche comme sur l’industrie, une expression claire et des moyens d’agir au plan international, des œuvres de toute nature permettant un rayonnement culturel propice à la diffusion de ce mode de fonctionnement de la société. Il n’est pas question ici d’entrer dans un débat sur les divisions de la société française et sur les inégalités, ni de mesurer l’écart entre « l’idéal et le réel » selon les moments de l’histoire. Il s’agit là aussi d’être pragmatique : la France a besoin d’ingénieurs, de médecins, de diplomates, de professeurs, de chercheurs, d’écrivains, de chanteurs, de boulangers, de postiers, … La France a besoin d’une économie et d’une diplomatie, elle a besoin de créativité et de richesses ; certains diront pour l’enrichissement des actionnaires des entreprises, d’autres pour avoir un revenu décent permettant de faire vivre une famille et de limiter les tensions sociales, d’autres encore pour être présent dans le monde. Le dénominateur commun est la nécessité d’une solide formation et de la transmission des connaissances permettant la poursuite de cette dynamique de présence dans le monde.

Dans cette perspective, la connaissance de la langue française n’est pas seulement un outil pratique ou le maintien d’un rayonnement culturel, elle est aussi la condition de la transmission et de l’enrichissement des connaissances qui permet à chacun de servir une culture et des valeurs, ou simplement de contribuer à des réalisations décidées par les dirigeants politiques au terme des débats démocratiques qui rythment la vie politique de notre République. Ouverture au monde, échanges, création de richesse et rayonnement sont au service de la nation et de l’intérêt général. Il serait non seulement contre-productif mais aussi stupide de ne pas créer et de ne pas mobiliser tous les talents potentiels dont sont dotés les enfants nés en France, quelle que soit l’origine de leurs parents ou de leurs grands-parents.

 l convient donc, dans l’intérêt de la nation, d’instruire et d’instruire en Français. Car il faut se comprendre pour vivre en société et pour faire fonctionner des institutions démocratiques. Car il faut se comprendre pour transmettre valeurs et connaissances et pour les mettre en pratique dans l’intérêt de tous. C’est ce qu’ont bien compris beaucoup de pays qui exigent de ceux qui s’y installent la connaissance de la langue avant de leur conférer la nationalité (et ils mettent en place les conditions d’un apprentissage rapide) ; et c’est ce qu’ont compris les puissances économiques émergentes les plus dynamiques où l’enseignement et le développement économique sont des priorités à la fois  convergentes et parallèles.

Ouvrir

Combien de langues parlées dans mon entreprise ? Cette question de bon sens a traversé l’esprit d’un dirigeant d’un laboratoire pharmaceutique il y a quelques années, lui permettant de découvrir la possibilité de s’implanter dans plusieurs dizaines de pays simplement en valorisant les connaissances linguistiques de ses employés liées à l’origine de leur famille.

Il est évident que si le Français fonde une appartenance culturelle et permet à des millions et des millions d’hommes et de femmes de se comprendre, d’échanger et de promouvoir un ensemble de valeurs, son apprentissage met en œuvre des mécanismes qui sont utilisables pour l’apprentissage d’autres langues. Et ces apprentissages doivent être favorisés une fois le Français bien maîtrisé. 

Aussi bien du fait de la réalité que pour être plus efficace dans les échanges internationaux, l’Anglais doit être enseigné largement. Nous ne sommes pas de ceux qui excluent les autres, bien au contraire : que ce soit pour connaître un marché ou pour négocier dans une institution internationale, la connaissance de l’Anglais est primordiale – ce qui ne doit pas pour autant empêcher l’exigence de l’emploi du Français par ses interlocuteurs ! Tout est lié aux circonstances ! –. Soyons réalistes, une bonne connaissance de l’Anglais vaut mieux qu’une hypocrisie !

De même que la France possède aujourd’hui un atout majeur insuffisamment valorisé : la présence sur son territoire d’habitants parlant un nombre important de langues, chinois, arabe, langues européennes. Combien stupide serait d’en faire des masses de marginaux, des communautés refermées sur elles-mêmes, alors que leur mémoire et leur culture, leur capacité à passer d’une langue à l’autre, peuvent être mises au service de leur épanouissement comme au service du rayonnement et des échanges !

 oOo

 Il s’agit donc bien d’une vision d’ensemble liée à l’épanouissement individuel comme à l’intérêt général que nous proposons. Si la volonté existe, les méthodes les plus efficaces ne doivent pas être difficiles à mettre en place.


 
   
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