Il peut paraître surprenant aujourd’hui
d’affirmer la nécessité pour tous les enfants vivant
en France d’apprendre le Français. Le Français est la
langue de tous les jours, celle de la vie quotidienne,
celle des informations télévisées, celle du monde du
travail, celle des relations avec les services de la République,
…
Intégrer
Il n’est pas question ici de s’étendre sur
l’aberration de ceux qui donnent une priorité à la
langue régionale ou à la langue du pays des
grands-parents pour les jeunes issus de l’immigration.
La France est une terre d’immigration, une nation
construite par des apports successifs, que ce soient ceux
des territoires intégrés de gré ou de force, au royaume
avant la Révolution, à la République ou aux Empire après,
ou ceux des mouvements migratoires déclenchés par la misère,
la menace, les conséquences des guerres et les besoins de
l’économie. De deux choses l’une : ou bien
l’on est favorable à la juxtaposition de communautés
fondées sur des critères culturels, religieux ou
ethniques, ou bien l’on vise l’ouverture sur le monde.
Pour ce qui nous concerne, le choix est clair :
priorité à l’intégration. Et l’intégration passe
d’abord par l’apprentissage de la langue servant à véhiculer
les connaissances et les savoirs, la culture et les échanges
de toutes natures dans un espace qui s’élargit avec les
apprentissages et qui s’élargit de plus en plus vite
avec les techniques modernes de communication.
Nous avons en mémoire les multiples études réalisées
sur l’illettrisme et ses conséquences : savoir
lire, écrire et compter sont indispensables pour tout
individu dans la vie quotidienne. Et pour ce qui concerne
les habitants de la France, la qualité et
l’enrichissement des échanges passe par la connaissance
de la langue du pays, le Français. Prétendre le
contraire, c’est admettre que la société doit se
reproduire à l’identique, sans promotion sociale par
l’école, sans ouverture pour les enfants issus des
milieux les moins favorisés. Ce premier niveau
d’exigence est tout simplement pratique : accomplir
les actes de la vie quotidienne, travailler, subvenir à
ses besoins. Et il introduit immédiatement un deuxième
niveau d’exigence : ouvrir sur le monde et sur les
échanges dans un espace de plus en plus large, que ce
soit pour la culture ou pour la possibilité de relations
avec un nombre chaque jour plus grand de personnes.
Une mention historique : Le Tour de France de
deux enfants, ce fameux ouvrage de G. Bruno qui fut
largement diffusé à la fin du XIX° siècle, quand la
toute jeune école de la République vibrait d’ambition
et de dynamisme. Découverte des régions et de la
diversité de la France, découverte des atouts et des
caractéristiques de chacune des régions, découverte des
métiers comme des paysages ; mais aussi intégration
par la langue et par la contribution à la création
d’une identité culturelle face à l’obscurantisme ou
au dualisme social que certains voulaient entretenir (ce
n’est pas un hasard si le nom de l’auteur de cet
ouvrage rappelle Giodarno Bruno, brûlé pour avoir voulu
diffuser la science et le raisonnement !).
Voilà qui nous amène à un troisième niveau
d’exigence : la transmission de la culture et de
modes de raisonnement, pour aboutir à la capacité de
conceptualiser et de raisonner. Les mathématiques comme
les techniques passent par la langue, la connaissance de
l’environnement et des autres passe par la langue. Ce
qui peut paraître implicite pour certains, notamment les
enfants issus de milieux bien intégrés et favorisés qui
maîtrisent les codes sociaux et les connivences, nécessite
un apprentissage pour les autres enfants ; non pas
qu’ils ne disposent pas eux aussi de codes et de
connivences, mais parce qu’ils sont face à une division
sociale et dans une situation qui ne leur permet pas
d’aller au plus loin de leurs possibilités sans
assimiler et pratiquer ce qu’il faut bien appeler les
modes de fonctionnement des couches dominantes de la société.
Comment fonder un projet individuel d’épanouissement
sans avoir accès à cette culture ? Comment, pour
les plus défavorisés comme pour les autres, avoir accès
aux connaissances permettant selon les aspirations de
chacun la promotion sociale, la connaissance des autres et
du monde, le choix de vie qui est l’expression première
de la liberté ?
Ce qui conduit immédiatement à une nouvelle
exigence : la transmission de valeurs. Pour ce qui
nous concerne, ce sont celles de l’épanouissement
individuel dans une société limitant tensions et inégalités
grâce à des institutions démocratiques. Certains
appellent cela les droits de l’homme, d’autres la
citoyenneté, disons tout simplement la démocratie économique
et sociale.
Voilà pourquoi les individus doivent maîtriser
correctement la langue de leur pays, ici le Français :
valeurs, acquisition des connaissances, connaissances
pratiques et conceptuelles, maîtrise des outils de
relation dans la vie quotidienne. Le refus du
communautarisme conduit logiquement à l’apprentissage
de la langue, d’une langue permettant de multiples échanges,
et avec une intensité suffisante pour remettre systématiquement
en cause le dualisme figé que certains souhaitent
maintenir dans la société de notre pays au mépris de
ses valeurs républicaines et humaines.
Servir
Si l’approche par l’individu a été
volontairement mise en avant dans les lignes précédentes,
il est clair qu’il convient maintenant de réfléchir du
point de vue de la collectivité. La nation a besoin de
citoyens bien formés et capables de produire pour l’économie
comme de faire fonctionner les institutions dans un monde
fini où les cultures et les organisations sociales sont
en compétition comme les économies.
La République française a son originalité et,
depuis qu’elle existe, elle a eu vocation à proposer au
monde un mode de fonctionnement de la société.
Aujourd’hui comme hier, cela nécessite une économie
puissante fondée sur la recherche comme sur
l’industrie, une expression claire et des moyens
d’agir au plan international, des œuvres de toute
nature permettant un rayonnement culturel propice à la
diffusion de ce mode de fonctionnement de la société. Il
n’est pas question ici d’entrer dans un débat sur les
divisions de la société française et sur les inégalités,
ni de mesurer l’écart entre « l’idéal et le réel »
selon les moments de l’histoire. Il s’agit là aussi
d’être pragmatique : la France a besoin d’ingénieurs,
de médecins, de diplomates, de professeurs, de
chercheurs, d’écrivains, de chanteurs, de boulangers,
de postiers, … La France a besoin d’une économie et
d’une diplomatie, elle a besoin de créativité et de
richesses ; certains diront pour l’enrichissement
des actionnaires des entreprises, d’autres pour avoir un
revenu décent permettant de faire vivre une famille et de
limiter les tensions sociales, d’autres encore pour être
présent dans le monde. Le dénominateur commun est la nécessité
d’une solide formation et de la transmission des
connaissances permettant la poursuite de cette dynamique
de présence dans le monde.
Dans cette perspective, la connaissance de la langue
française n’est pas seulement un outil pratique ou le
maintien d’un rayonnement culturel, elle est aussi la
condition de la transmission et de l’enrichissement des
connaissances qui permet à chacun de servir une culture
et des valeurs, ou simplement de contribuer à des réalisations
décidées par les dirigeants politiques au terme des débats
démocratiques qui rythment la vie politique de notre République.
Ouverture au monde, échanges, création de richesse et
rayonnement sont au service de la nation et de l’intérêt
général. Il serait non seulement contre-productif mais
aussi stupide de ne pas créer et de ne pas mobiliser tous
les talents potentiels dont sont dotés les enfants nés
en France, quelle que soit l’origine de leurs parents ou
de leurs grands-parents.
l convient donc, dans l’intérêt de la
nation, d’instruire et d’instruire en Français. Car
il faut se comprendre pour vivre en société et pour
faire fonctionner des institutions démocratiques. Car il
faut se comprendre pour transmettre valeurs et
connaissances et pour les mettre en pratique dans l’intérêt
de tous. C’est ce qu’ont bien compris beaucoup de pays
qui exigent de ceux qui s’y installent la connaissance
de la langue avant de leur conférer la nationalité (et
ils mettent en place les conditions d’un apprentissage
rapide) ; et c’est ce qu’ont compris les
puissances économiques émergentes les plus dynamiques où
l’enseignement et le développement économique sont des
priorités à la fois convergentes et parallèles.
Ouvrir
Combien de langues parlées dans mon entreprise ?
Cette question de bon sens a traversé l’esprit d’un
dirigeant d’un laboratoire pharmaceutique il y a
quelques années, lui permettant de découvrir la
possibilité de s’implanter dans plusieurs dizaines de
pays simplement en valorisant les connaissances
linguistiques de ses employés liées à l’origine de
leur famille.
Il est évident que si le Français fonde une
appartenance culturelle et permet à des millions et des
millions d’hommes et de femmes de se comprendre, d’échanger
et de promouvoir un ensemble de valeurs, son apprentissage
met en œuvre des mécanismes qui sont utilisables pour
l’apprentissage d’autres langues. Et ces
apprentissages doivent être favorisés une fois le Français
bien maîtrisé.
Aussi bien du fait de la réalité que pour être
plus efficace dans les échanges internationaux, l’Anglais
doit être enseigné largement. Nous ne sommes pas de ceux
qui excluent les autres, bien au contraire : que ce
soit pour connaître un marché ou pour négocier dans une
institution internationale, la connaissance de l’Anglais
est primordiale – ce qui ne doit pas pour autant empêcher
l’exigence de l’emploi du Français par ses
interlocuteurs ! Tout est lié aux circonstances !
–. Soyons réalistes, une bonne connaissance de l’Anglais
vaut mieux qu’une hypocrisie !
De même que la France possède aujourd’hui un
atout majeur insuffisamment valorisé : la présence
sur son territoire d’habitants parlant un nombre
important de langues, chinois, arabe, langues européennes.
Combien stupide serait d’en faire des masses de
marginaux, des communautés refermées sur elles-mêmes,
alors que leur mémoire et leur culture, leur capacité à
passer d’une langue à l’autre, peuvent être mises au
service de leur épanouissement comme au service du
rayonnement et des échanges !
oOo
Il s’agit donc bien d’une vision
d’ensemble liée à l’épanouissement individuel comme
à l’intérêt général que nous proposons. Si la
volonté existe, les méthodes les plus efficaces ne
doivent pas être difficiles à mettre en place.