
Introduction
Le
constat : l’École traverse une crise profonde
De
nombreuses rencontres avec des professeurs, des élèves, des
étudiants, des recruteurs et des chercheurs ont fourni au
Comité Cincinnatus des témoignages précieux sur l’état
de l’instruction en France.
Les
parents d’élèves semblent désemparés et manifestent très
régulièrement leur défiance à l’égard de l’école
publique : à Paris, les chiffres montrent qu’avec la démographie
en baisse dans la ville, les inscriptions dans les écoles
publiques sont en chute libre et le nombre d’inscriptions
dans le privé stagne. (L’article paru dans Le
Monde du 13 septembre dernier ne donne pas les bons
chiffres lorsqu’il prétend que chaque année « 150
enfants de plus » rentrent en 6ème dans les collèges
privés.)
Les
universitaires se plaignent amèrement du niveau extrêmement
médiocre de leurs étudiants. Ils sont en particulier
consternés du faible niveau de langue qu’ils sont amenés
à constater lors de la correction des examens. Faiblesse de
vocabulaire et d’expression qui entraîne logiquement une
mauvaise maîtrise des connaissances.
En
dehors du manque manifeste de savoir être de beaucoup de
jeunes qui recherchent un emploi, il y a aussi un manque de
savoir faire : mauvaise formation, mauvaise orientation
qui découragent les plus déterminés des recruteurs. Même
parmi les jeunes diplômés, beaucoup arrivent sur le marché
de l’emploi, incapables de travailler effectivement.
Enfin,
la recherche est totalement délaissée. Malgré les diverses
promesses tenues par le gouvernement, les budgets vont en
diminuant, tout comme les postes et tout ce qui devrait
permettre aux chercheurs de travailler correctement. En cinq
ans, le gouvernement aura supprimé 100 000 postes
d’enseignants, d’administratifs, de surveillants, etc.
Par
ailleurs, les ouvrages, de plus en plus nombreux, de maîtres
désespérés tout à la fois par le niveau de leurs élèves
et par les programmes scolaires imposés par les pédagogues
de l’Education nationale montrent que la situation ne cesse
de se dégrader. Ceux d’entre eux qui tentent d’attirer
l’attention de leur hiérarchie sur les difficultés
qu’ils rencontrent ou sur leurs interrogations légitimes
sur les programmes scolaires se font souvent reprocher leur
« esprit réactionnaire » ou sont même sanctionnés
quand ils tentent de contourner les programmes imposés (Marc
Le Bris cite, dans son livre Et vos enfants ne sauront pas lire…ni compter, le cas de cette
enseignante qui a été injustement mal notée lors d’une
inspection car elle utilisait la méthode syllabique au CP).
Tout
cela laisse à penser qu’il y a à l’heure actuelle une génération
perdue. Pourquoi perdue ? Parce qu’on a tout simplement
oublié de la former… L’Ecole ne joue plus son rôle
essentiel qui consiste en la diffusion d’un savoir qui
permette l’éveil des esprits. Et en délaissant son Ecole,
la France s’interdit de croire en l’avenir.
Nous
avons choisi de consacrer la première partie de notre texte
aux lacunes du système éducatif français et la deuxième
partie aux solutions nécessaires et possibles entre
enseignement et pédagogie.
I.
Les lacunes du système éducatif français
L’analyse
des programmes depuis cinquante ans :
L’analyse
des programmes au cours de ces cinquante dernières années
permet de comprendre l’ampleur de la catastrophe.
Il
faut commencer par ce qui se passe dans les plus jeunes
classes et pour cela nous avons retrouvé de vieux manuels
scolaires que nous avons comparés à ceux actuellement proposés
aux enseignants et aux enfants.
Maternelle :
Cf. Annexes. Le premier texte
présente le programme décousu proposé aux enfants en première
année de maternelle. Le deuxième texte
présente le livret scolaire au vocabulaire jargonnant également
distribué en petite section de maternelle et qui décompose
de façon incompréhensible des consignes simples.
CP :
Le problème majeur est celui de l’enseignement de la
lecture avec les querelles incessantes entre les partisans de
la méthode syllabique et ceux qui défendent la méthode
globale. La méthode globale vient de l’admiration de
quelques phonéticiens et linguisticiens pour la méthode
d’apprentissage de la lecture et de l’écriture aux
Etats-Unis. Nos grands experts français constatent qu’on
apprend aux petits Américains à lire et à écrire avec la méthode
globale et ils décident d’exporter en France cette
fabuleuse méthode. Voilà, seulement ils ont négligé un détail
qui a son importance : le français et l’anglais sont
deux langues… différentes. L’anglais a peu de règles
phonétiques précises et il faut plutôt faire appel à la mémoire
des enfants qu’à leur sens logique si on veut qu’ils
apprennent à lire et à écrire sans se décourager. Le français
est au contraire assez régulier phonétiquement et on a donc
tout intérêt à favoriser un apprentissage logique, c’est-à-dire
syllabique, car l’enfant peut sans trop de difficultés
associer consonnes et voyelles puis syllabes et syllabes et
ceci jusqu'à la constitution d’un mot entier. Une fois
qu’il a compris que c’est l’association des lettres
entre elles qui lui permettra de lire, il pourra lire tous les
mots, et sauf rares exceptions, il saura les prononcer tous
correctement dès la première lecture. (Les lettres représentent
environ 85% des sons de la langue.)
Pourquoi évoquer si longuement
ces deux méthodes alors que le ministre de l’Education
Gilles de Robien a préconisé, il y a quelques mois,
l’utilisation simple de la méthode syllabique ? Parce
que la méthode globale continue à être régulièrement
employée par les enseignants : on commence à apprendre
à lire de cette façon à peu près jusqu’au mois de décembre,
moment où le maître passe
alors à la méthode syllabique. Pourquoi attendre décembre,
pourquoi faire appel à l’intelligence de l’enfant si
tardivement, pourquoi le tromper en fait dans
l’apprentissage de la lecture ? Aucune réponse à
toutes ces questions posées ouvertement par de nombreux
parents d’élèves et par quelques enseignants…
On pourrait apprendre aux
enfants, par la méthode syllabique, à lire et à écrire en
même temps, mais là encore les directives pour
l’apprentissage de l’écriture vont à l’encontre du bon
sens : Ainsi, dans Les
programmes de l’école maternelle, « I. Le langage
au coeur des apprentissages », page 80 du BO de février
2002, on rappelle qu’ « Il
est déterminant de favoriser toutes les tentatives d’écriture
autonome de l’enfant, aussi imparfaites soient-elles. »
ce qui signifie en clair qu’il faut encourager le
gribouillage des enfants et surtout ne pas les corriger…
Enfin, les manuels scolaires actuellement distribués aux enfants ne
seront pas remplacés avant cinq ans, ce qui signifie que les
enfants auront pour texte de référence un manuel
d’apprentissage de la lecture avec la méthode globale…
que cela plaise au ministre ou non !
Pour
finir sur ce sujet, la lecture des manuels qui revendiquent
l’apprentissage de la lecture par la méthode syllabique -
qui trouve en fait sa plus belle illustration avec le livre de
Boscher
- laisse pensif.
Dans les nouveaux manuels, la confusion absolue règne à
toutes les pages où se mêlent mot à lire accompagné de son illustration (méthode
globale), ligne d’écriture de la voyelle seule puis
accompagnée d’une consonne (n’importe laquelle sans
logique précise) et étude phonétique compliquée. Nulle
page consacrée à l’épellation, et à la prononciation des
voyelles et des consonnes associées entre elles selon la célèbre
« règle » BA BE BI BO BU. C’est à n’y rien
comprendre ; cela est bien difficile à expliquer à un
enfant.
Par
ailleurs, voici ce qu’on peut lire, dans ce même cahier,
sur la première page destinée aux parents :
« Les futurs élèves du Cours préparatoire doivent
apprendre très tôt à classer des mots et à se repérer
dans le premier dictionnaire de la classe. » (Donc avant
de savoir lire les enfants doivent avoir appris par cœur des
mots et ça c’est la méthode globale !). « Aider
les petits à voir le lien qui existe entre la télévision et
le programme imprimé que la famille achète. » (Toute
bonne famille a télé Z chez elle et apprend à lire aux
enfants comme ça.) « Faire aimer la lecture car
lire, c’est… grandir. » (Ah…)
On
retrouve cette même confusion dans l’apprentissage des mathématiques.
Vous pouvez voir en Annexe 5, la présentation des quatre
opérations dans un ouvrage de 1945 et en Annexe 6,
l’explication de la division moderne qui consiste… à
multiplier au hasard jusqu'à trouver le bon résultat. Et à
cette confusion totale s’ajoute un renoncement qui se vérifie
par le fait qu’il y a trente ans encore on apprenait dès le
CP les quatre opérations :
addition, soustraction, multiplication et division,
(apprentissage approfondi et maîtrisé au CE1) et que
maintenant on aborde timidement l’addition au CP, la
soustraction au CE1 et que passent à la trappe en primaire la
multiplication et la division, remplacées par les exercices
absurdes qui viennent d’être présentés. Enfin, le rapport
Thélot préconisait même qu’à la fin de la troisième les
enfants maîtrisent les quatre opérations, c’est-à-dire
que les enfants d’aujourd’hui sachent faire à 15 ans ce
que leurs aînés savaient faire à 7-8 ans… Mais non le
niveau ne baisse pas !
Au
collège et au lycée, le constat est tout aussi navrant et il
va même naturellement en s’amplifiant les années passant.
Dans les ZEP, les professeurs de français se battent pour que
les élèves sachent écrire une phrase simple sans faire trop
de fautes d’orthographe et de grammaire et restent attentifs
en classe lorsque l’enseignant fait la lecture d’un texte.
La situation est à peine plus brillante dans les collèges et
les lycées favorisés soumis à la même médiocrité dans le
choix des programmes. Le BO du
Ministère de l’éducation nationale dit qu’en première :
« Le but est que les élèves soient aptes en fin d'année
à rédiger un texte composé répondant à des questions ou
des consignes précises, avec une syntaxe et un vocabulaire
appropriés, et à exprimer clairement leur pensée à l'oral.
» Autrefois c’est à l’entrée au collège que
l’on demandait aux élèves de savoir lire, écrire et
parler correctement ; par ailleurs, au lycée, les élèves
maîtrisaient l’histoire et les grands textes littéraires…
ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui.
On
a voulu mettre les enfants au centre du système éducatif en
gommant ce qui apparaissait à certains comme un épouvantable
rapport de force entre dominés et dominants, donc entre les
enfants et les enseignants. Et on arrive logiquement à cette
absurdité qui consiste à favoriser la découverte spontanée
de la matière par l’élève comme si l’orthographe, les
mathématiques ou l’histoire pouvaient être réinventées.
Et
justement en histoire, les enfants manifestent de vraies
difficultés à se repérer chronologiquement et là encore,
il faut voir de quelle façon on les prépare à la réflexion
sur les faits historiques : on ne les aide plus à situer
les événements de façon chronologique mais on leur demande
de « réfléchir » à partir de documents. On
trouve en effet de moins en moins de chronologies dans les
livres d’histoire et voici les recommandations faites aux
professeurs d’histoire.
Mais
quelle réflexion peut avoir un élève quand il ne sait pas
situer chronologiquement les événements du passé et les
grands personnages historiques
et surtout si l’enseignant n’est plus là pour l’aider
à apprendre ? En géographie, le constat est exactement
le même : le plus important n’est pas que l’enfant
acquière un véritable savoir mais qu’il ait l’impression
qu’il décide lui même des choses. C’est évidemment
totalement absurde et pour les enseignants comme pour les
enfants c’est une perte de temps terrible.
On
le sait l’éducation civique a été depuis fort longtemps
abandonnée. Elle refait une apparition timide mais elle aussi
souffre du manque de cohérence dans son enseignement.
L’apprentissage
des langues anciennes et étrangères – précisons que le
latin et le grec ne sont quasiment plus enseignés, et que les
langues autres que l’anglais et l’espagnol ont presque
toutes disparu, ce qui donne au mot « étrangères »
une sonorité toute particulière ! – ne permet
toujours pas aux jeunes Français de se débrouiller à l’étranger.
On trouvait l’apprentissage de naguère trop rigoureux et
trop littéraire, maintenant qu’il n’est plus du tout
rigoureux et plus du tout littéraire (quel merveilleux progrès !),
les enfants apprennent avec méthode le nom de tous les
animaux du bush australien et lisent l’histoire de ces
immigrants mexicains refoulés à la frontière américaine et
dont on peut lire les longues tirades désespérées clamées
dans un jargon américano-mexicain, dont on peut se demander
ce qu’il apporte à l’élève français… mais enfin, ce
sont des textes d’actualité.
Le
programme en mathématiques et en physique est vivement
critiqué par la majorité des scientifiques. Il a été vidé
de son sens puisqu’on ne fait plus appel à la logique de
l’élève mais on lui donne à apprendre par cœur des
formules qui doivent lui permettre de résoudre quelques problèmes.
De plus, le raisonnement et la démonstration ne sont plus du
tout au centre de l’enseignement de ces matières alors même
qu’ils en sont la source et le langage.
Les
chiffres montrent qu’un élève de terminale scientifique
d’aujourd’hui a perdu environ l’équivalent d’une année
et demie d’apprentissage en mathématiques par rapport à un
élève de terminale C (30 ans avant).
Enfin,
nous terminerons sur ces derniers chiffres : en primaire,
en 1950, il y avait 15 heures consacrées à
l’apprentissage du français, et en 2000, 6…
La
médiocrité des programmes n’est malheureusement pas la
seule plaie de notre système éducatif.
L’école
est un lieu sacré
Une
terrible confusion règne aujourd’hui autour du rôle et de
la place à accorder à l’école ; il nous semble
absolument primordial de le rappeler… et c’est
l’instruction. Un enfant va à l’école pour apprendre et
il doit respecter ses maîtres. En aucun cas, l’Ecole ne
doit avoir pour but de s’adapter à on ne sait quelle évolution
de la société ou au progrès technique et technologique.
L’Ecole doit transmettre des acquis, des savoirs universels
qui permettront à l’enfant de s’adapter plus tard aux
différentes évolutions. En cherchant absolument à
s’adapter immédiatement à ce qui peut sembler des progrès,
l’école prend le risque de céder à de simples phénomènes
de mode qui peuvent se révéler dangereux dans l’éveil
intellectuel des enfants. Nous pouvons le vérifier assez
facilement avec les difficultés qui se posent pour
l’apprentissage au primaire des langues étrangères :
enseignants mal formés donc enseignement de mauvaise qualité
et donc défavorable aux enfants. Par ailleurs, cet
enseignement intervient alors même que les enfants ont le
plus grand mal à acquérir de façon correcte le français et
en maîtrisent de moins en moins bien la grammaire et
l’orthographe. Une fois encore, l’enseignement des langues
étrangères est pensé en dépit du bon sens et sans tenir
compte à la fois des besoins réels des écoliers actuels et
de la formation reçue par les enseignants.
Alain
Finkielkraut affirme avec justesse que « l’école a
ses règles, l’école a ses lois » et il faut donc la
voir détachée de toutes les difficultés sociales auxquelles
on veut trop souvent l’associer (le débat sur le port du
voile à l’école aurait pu être évité si l’on avait
respecté ce principe fondamental). Et nous partageons son
avis sur le fait qu’à force de vouloir toujours adapter
l’Ecole aux seuls besoins économiques, on se trompe
d’enseignement :
« la culture commune est à la culture générale, ce
que l’auto-école est à l’école ».
Le
principe d’égalité de l’Ecole
Depuis
des années on défend l’idée de l’égalité des chances,
idée républicaine par excellence que nous soutenons
vivement. Cependant, ce principe est devenu le prétexte à un
nivellement par le bas des programmes (nous en avons fait la démonstration
dans la première partie de notre texte). De plus, ce principe
fonctionne nettement moins bien qu’il y a quelques années
et il faut donc en rechercher les causes.
Le
débat qui agite les politiques et les médias actuellement
(et depuis fort longtemps d’ailleurs !) sur les périmètres
scolaires (et non pas sur la carte scolaire comme tout le
monde – journalistes et politiques de tous les bords – se
plait à le répéter) ne se poserait pas si on avait investi
dans l’école les moyens qui lui manquent aujourd’hui
cruellement. C’est parce que l’école est en ruines,
qu’on a supprimé beaucoup de postes d’enseignants (26 700
postes supprimés en 5 ans), qu’on a négligé
l’instruction, qu’on a en fait choisi la décentralisation
(et le désengagement financier de l’Etat qu’elle
implique), qu’un tel débat peut avoir lieu. Et les
solutions pour résoudre les problèmes liés aux périmètres
scolaires proposées par Nicolas Sarkozy, et dans une moindre
mesure par Ségolène Royal, vont dans le sens d’une plus
grande fracture sociale qui mènerait à la ghettoïsation des
établissements situés dans les zones populaires.
Et
puis, nous pensons que le collège unique est une des
explications de l’incapacité de l’école à jouer
aujourd’hui son rôle d’ascenseur social. Le collège
unique est une erreur qui empêche l’éclosion des talents
et qui masque les vraies difficultés d’un grand nombre d’élèves,
difficultés qui, de toute façon, finissent par surgir,
malheureusement quand c’est trop tard pour les effacer. On a
choisi avec la création du collège unique de sacrifier les
enfants sur l’autel de l’idéologie de quelques pédagogues
coupés de la réalité. Il faut en finir avec le mythe de la
réussite scolaire dont l’aspect le plus visible serait ce
mirifique taux de réussite au bac dont la France
s’enorgueillit tous les ans au mois de juillet. D’abord,
ce chiffre n’est pas un indice de la valeur réelle de
l’examen qui, et nous l’avons démontré dans la première
partie de notre exposé, ne cesse de se dégrader. De plus,
parmi ces élèves qui obtiennent le bac nombreux sont ceux
qui, tout à fait dépassés par le travail que leur demande
l’Université, se retrouvent à 20 ans découragés et
surtout sans diplôme.
Les
voies de professionnalisation, avec le système de formation
en alternance ne sont pas non plus une bonne solution, car en
proposant un salaire – aussi maigre soit-il – aux jeunes,
on prend le risque de n’attirer que les enfants pauvres, séduits
par l’idée de gagner un peu d’argent de poche et
inconscients de gâcher leur avenir.
Proposer
selon les qualités des enfants, intellectuelles ou manuelles,
des filières adaptées et diversifiées doit être le mot
d’ordre pour le collège. La fin de la scolarisation au collège
doit être sanctionnée par un examen digne de ce nom. Ne
doivent passer au lycée que les élèves ayant acquis un
certain niveau tout comme n’étaient entrés au collège que
les enfants qui savaient parfaitement lire et écrire. Et on
peut également imaginer la mise en place d’un conseil qui
à la fin de la 5eme évaluerait les résultats obtenus par
les élèves et les orienterait vers une filière qui pourrait
leur permettre de développer leurs talents et leurs qualités.
Pour cela, et contrairement à ce qui se pratique
actuellement, il faut multiplier les filières et les matières
et non pas les réduire.
II.
Les solutions : Enseignement et pédagogie
Le
temps
Le
temps doit être le maître mot de la conception de
l’enseignement, en tout cas à l’école primaire. Il faut
favoriser par tous les moyens possibles les enfants précoces
et brillants en leur permettant, par exemple, de faire en deux
ans l’équivalent de trois années de scolarité. Et, il
faut en revanche prendre tout son temps avec les enfants qui
connaissent des difficultés ou des lenteurs
d’apprentissage. Le but à atteindre ne doit donc plus être
de passer en sixième coûte que coûte mais de passer à un
niveau supérieur quand tous les savoirs du précédent niveau
sont bien acquis. De cette façon, on s’assure non seulement
que l’enfant n’est pas placé en situation d’échec (ce
qui n’est profitable à personne, ni à l’enfant qui vit
mal cette situation, ni au maître qui ne peut pas rattraper
ce qui n’a pas été compris les années précédentes) mais
surtout on évite ce que l’on retrouve malheureusement trop
souvent maintenant au collège : des enfants qui
connaissent de vraies difficultés de compréhension des problèmes
qui leur sont posés car ils savent à peine lire. C’est
pourquoi la question des classes à double ou triple niveau
dans les écoles primaires mériterait d’être reposée.
Concentrons-nous
sur les savoirs fondamentaux en offrant aux enfants un outil
irremplaçable : une très bonne maîtrise de la langue
avec laquelle ils vont apprendre à raisonner.
Pour
cela donc, nous venons de le dire il faut du temps et il faut
également une réelle volonté politique et économique.
Cessons de parler de ces sempiternelles « remises à
niveau » qui ne sont en réalité que des nivellements
par le bas et qui nuisent à la fois aux enfants brillants
comme aux enfants qui connaissent de vraies difficultés. Le
projet Fillon multiplie ainsi les heures d’études (dont on
sait qu’elles ne sont quasiment d’aucune aide pour les élèves
les plus faibles… quand elles existent d’ailleurs car
contrairement à ce que le ministre actuel tente de faire
croire, pour la rentrée 2006 par exemple, elles ne seront
mises en place que pour les classes de CE1 et de 6eme) au lieu
de s’attacher à repenser les programmes. C’est toujours
une vision à court terme et souvent électoraliste qui dirige
ceux qui ont la charge de l’Éducation nationale.
La
recherche et la formation d’une élite scientifique
La
diversification des filières dès le collège est une des
garanties de la formation d’une élite intellectuelle dont
la France a besoin pour être concurrentielle dans le monde
actuel.
Le
débat récent sur la fusion entre les universités et les
grandes écoles est encore un faux débat mené par ceux qui
frustrés de n’être rentrés dans aucune grande école sont
déterminés à en fermer les portes pour tous. Il faut tout
de même un peu de rationalité dans la façon dont on aborde
la question de la formation d’une élite en France. Cette élite
est indispensable et elle existe dans tous les pays. En
France, elle prend la forme des grandes écoles, en Angleterre
elle est inscrite dans les Collèges qu’on retrouve au sein
des Universités, aux Etats-Unis, elle s’appelle par exemple
M.I.T. (Massachussetts Institute of Technology), etc. Tous les
pays développés ont leurs « grandes écoles ».
En France, ces grandes écoles travaillent en collaboration étroite
avec les universités : 95% des élèves suivent à côté
de la formation dispensée par leur école, des cours en
université et passent les diplômes universitaires (ainsi les
normaliens, par exemple, y sont-ils contraints).
On
cherche à cacher la misère intellectuelle et financière qui
règne aujourd’hui dans les universités en leur reversant
un peu d’excellents étudiants et un peu des moyens dont les
grandes écoles bénéficient… cela permettrait à l’Etat
de ne pas donner ce qu’il faut pour que les universités
fonctionnent décemment car bien sûr
elles souffrent aussi d’un désengagement massif de l’Etat.
Nous
pensons, comme le propose Yves Mény,
que la solution pour les grandes écoles est l’ouverture sur
l’international : faisons la promotion de nos grandes
écoles comme les autres pays le font avec leurs universités
d’excellence. Faisons des grandes écoles, de grandes
universités mais sans les assimiler aux autres universités
qui ne pratiquant pas de sélection à l’entrée ne
sauraient être en concurrence avec elles. Enfin, redonnons
aux universités françaises un peu de dignité (des locaux décents,
des campus dignes de ce nom, des classes, des salles, des
amphithéâtres capables d’accueillir tous les étudiants,
etc.) car elles ont un grand potentiel (les universitaires
français ont majoritairement reçu une formation excellente
et les bibliothèques universitaires sont d’une richesse que
nous envient beaucoup de pays étrangers).
Si
la France veut prétendre concurrencer économiquement,
technologiquement, scientifiquement les autres pays développés,
elle doit absolument défendre ses grandes écoles et
s’efforcer qu’une fois formés, les élèves issus de ces
établissements d’excellence restent dans le pays et mettent
à son service leurs savoir-faire et leur savoir-penser.
La
formation des maîtres
Enfin,
il est indispensable d’aborder un sujet crucial et délicat,
celui de la formation intellectuelle et pédagogique des maîtres.
La
principale difficulté d’une réforme de l’Ecole repose
sur le manque de formation actuelle des maîtres. Il ne
s’agit nullement ici de nier le dévouement et les grandes
qualités des enseignants mais ils sont, par manque de
formation, les outils involontaires de la dégradation de
l’enseignement en France. Formés dans les IUFM, sortis de
l’esprit de quelques pédagogues et sociologues
pseudo-savants, les professeurs ne sont pas armés pour
enseigner. La maîtrise de la matière qu’ils seront chargés
de dispenser aux élèves est reléguée au second plan au
profit de la pédagogie enseignée elle comme une science
absolue. Philippe
Meirieu et ses émules, que l’on retrouve un peu partout,
ont inventé les « sciences de l’éducation »
qui s’imposent auprès des politiques depuis des décennies.
Il
faut une refonte complète du système éducatif français et
elle doit passer en premier lieu par la formation rigoureuse
de ceux-là mêmes qui sont chargés d’éveiller les
intelligences et les consciences. Pour cela, une suppression
des IUFM est nécessaire et il faut veiller à ce qu’ils
soient remplacés par une structure qui mette au centre de
l’enseignement dispensé aux futurs professeurs la matière
qu’ils enseigneront aux élèves. Il faut les rendre à
nouveau… maîtres de leur discipline et aider notre société
à redonner tout son sens à la fonction professorale. De la
formation des maîtres dépend l’avenir de l’Ecole.
Conclusion :
C’est maintenant que nous devons faire des
propositions et ceci pour deux raisons évidentes : la
première c’est que les circonstances politiques pourraient
être favorables au changement et il faut saisir cette
occasion qui se présente pour nous faire entendre de tous
ceux qui pourraient avoir la charge du gouvernement de notre
pays dans les années à venir. La deuxième raison – et la
plus grave, car l’avenir de notre pays est déjà fortement
compromis – c’est qu’il y aura déjà fort à faire avec
ce que nous avons appelé la « génération perdue ».
Que vont devenir tous ces jeunes, mal formés et qui sont même
souvent devenus asociaux ? Qui va payer pour que tous ces
jeunes restent tranquillement chez eux et ne représentent pas
un danger ou une nuisance pour notre société ?
Et
ceci nous amène à poser une dernière question toute simple
: combien cela coûte-t-il réellement à une société de
faire des économies sur le budget de son éducation nationale ?

BIBLIOGRAPHIE
Manuscrits :
Collectif
(R. Balian, J.-M. Bismut, A. Connes, J.-P. Demailly, L.
Lafforgue, P. Lelong, J.-P. Serre), Les
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Fondation pour l’innovation politique, nov. 2004.
Marc
Le Bris, Et vos enfants
ne sauront pas lire ni compter, Stock, «Les Essais»,
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Rachel
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Finkielkraut, Entretiens sur la laïcité. Avec
Benny Lévy, Verdier, 2006.
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Finkielkraut, Nous autres, modernes :
Quatre leçons, Ellipse,
2005.
Alain
Finkielkraut, L'imparfait du présent. Pièces brèves.
Gallimard, 2002.
Sites
internet :
Michel
Delord : michel.delord.free.fr/
Réseau
d'écoles SLECC (Savoir,
Lire, Ecrire, Compter, Calculer) : reseauslecc.free.fr/
Le
site de l'APED www.ecoledemocratique.org/
Association
Reconstruire l'école : www.r-lecole.freesurf.fr/
Sauvegarde
des Enseignements Littéraires : www.sel.asso.fr
Le
mammouth déchaîné
Collectif
enseignant " Ecole et République" : www.geocities.com/Athens/Troy/9411
Lycées
professionnels : Comité
inter-etablissement lycées professionnels
IUFM
en colère : www.ifrance.com/iufmencolere
Société
des agrégés : www.societedesagreges.net/
Pour
la défense de l'école républicaine
Philosophie
et politique
Ne
laissons pas se poursuivre le saccage de l'école !
Observatoire
antilibéral de l'Education
Le
site de Vandale
Résistons
pour l'école
Manifeste
pour l'instruction publique
Sauver
la recherche
Groupe
de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes
Observatoire
de l’éducation
Pour la suppression des IUFM