NOTE DU COMITE CINCINNATUS

A3-001 - Septembre 2006

La Crise de l’instruction en France  

 

Introduction

Le constat : l’École traverse une crise profonde

De nombreuses rencontres avec des professeurs, des élèves, des étudiants, des recruteurs et des chercheurs ont fourni au Comité Cincinnatus des témoignages précieux sur l’état de l’instruction en France.

Les parents d’élèves semblent désemparés et manifestent très régulièrement leur défiance à l’égard de l’école publique : à Paris, les chiffres montrent qu’avec la démographie en baisse dans la ville, les inscriptions dans les écoles publiques sont en chute libre et le nombre d’inscriptions dans le privé stagne. (L’article paru dans Le Monde du 13 septembre dernier ne donne pas les bons chiffres lorsqu’il prétend que chaque année « 150 enfants de plus » rentrent en 6ème dans les collèges privés.[1])

Les universitaires se plaignent amèrement du niveau extrêmement médiocre de leurs étudiants. Ils sont en particulier consternés du faible niveau de langue qu’ils sont amenés à constater lors de la correction des examens. Faiblesse de vocabulaire et d’expression qui entraîne logiquement une mauvaise maîtrise des connaissances.

En dehors du manque manifeste de savoir être de beaucoup de jeunes qui recherchent un emploi, il y a aussi un manque de savoir faire : mauvaise formation, mauvaise orientation qui découragent les plus déterminés des recruteurs. Même parmi les jeunes diplômés, beaucoup arrivent sur le marché de l’emploi, incapables de travailler effectivement.

Enfin, la recherche est totalement délaissée. Malgré les diverses promesses tenues par le gouvernement, les budgets vont en diminuant, tout comme les postes et tout ce qui devrait permettre aux chercheurs de travailler correctement. En cinq ans, le gouvernement aura supprimé 100 000 postes d’enseignants, d’administratifs, de surveillants, etc.

Par ailleurs, les ouvrages, de plus en plus nombreux, de maîtres désespérés tout à la fois par le niveau de leurs élèves et par les programmes scolaires imposés par les pédagogues de l’Education nationale montrent que la situation ne cesse de se dégrader. Ceux d’entre eux qui tentent d’attirer l’attention de leur hiérarchie sur les difficultés qu’ils rencontrent ou sur leurs interrogations légitimes sur les programmes scolaires se font souvent reprocher leur « esprit réactionnaire » ou sont même sanctionnés quand ils tentent de contourner les programmes imposés (Marc Le Bris cite, dans son livre Et vos enfants ne sauront pas lire…ni compter, le cas de cette enseignante qui a été injustement mal notée lors d’une inspection car elle utilisait la méthode syllabique au CP)[2].

Tout cela laisse à penser qu’il y a à l’heure actuelle une génération perdue. Pourquoi perdue ? Parce qu’on a tout simplement oublié de la former… L’Ecole ne joue plus son rôle essentiel qui consiste en la diffusion d’un savoir qui permette l’éveil des esprits. Et en délaissant son Ecole, la France s’interdit de croire en l’avenir.

Nous avons choisi de consacrer la première partie de notre texte aux lacunes du système éducatif français et la deuxième partie aux solutions nécessaires et possibles entre enseignement et pédagogie.

I. Les lacunes du système éducatif français

L’analyse des programmes depuis cinquante ans :

L’analyse des programmes au cours de ces cinquante dernières années[3] permet de comprendre l’ampleur de la catastrophe.

Il faut commencer par ce qui se passe dans les plus jeunes classes et pour cela nous avons retrouvé de vieux manuels scolaires que nous avons comparés à ceux actuellement proposés aux enseignants et aux enfants.

Maternelle : Cf. Annexes. Le premier texte[4] présente le programme décousu proposé aux enfants en première année de maternelle. Le deuxième texte[5] présente le livret scolaire au vocabulaire jargonnant également distribué en petite section de maternelle et qui décompose de façon incompréhensible des consignes simples.

CP : Le problème majeur est celui de l’enseignement de la lecture avec les querelles incessantes entre les partisans de la méthode syllabique et ceux qui défendent la méthode globale. La méthode globale vient de l’admiration de quelques phonéticiens et linguisticiens pour la méthode d’apprentissage de la lecture et de l’écriture aux Etats-Unis. Nos grands experts français constatent qu’on apprend aux petits Américains à lire et à écrire avec la méthode globale et ils décident d’exporter en France cette fabuleuse méthode. Voilà, seulement ils ont négligé un détail qui a son importance : le français et l’anglais sont deux langues… différentes. L’anglais a peu de règles phonétiques précises et il faut plutôt faire appel à la mémoire des enfants qu’à leur sens logique si on veut qu’ils apprennent à lire et à écrire sans se décourager. Le français est au contraire assez régulier phonétiquement et on a donc tout intérêt à favoriser un apprentissage logique, c’est-à-dire syllabique, car l’enfant peut sans trop de difficultés associer consonnes et voyelles puis syllabes et syllabes et ceci jusqu'à la constitution d’un mot entier. Une fois qu’il a compris que c’est l’association des lettres entre elles qui lui permettra de lire, il pourra lire tous les mots, et sauf rares exceptions, il saura les prononcer tous correctement dès la première lecture. (Les lettres représentent environ 85% des sons de la langue.)

Pourquoi évoquer si longuement ces deux méthodes alors que le ministre de l’Education Gilles de Robien a préconisé, il y a quelques mois, l’utilisation simple de la méthode syllabique ? Parce que la méthode globale continue à être régulièrement employée par les enseignants : on commence à apprendre à lire de cette façon à peu près jusqu’au mois de décembre, moment où le maître passe alors à la méthode syllabique. Pourquoi attendre décembre, pourquoi faire appel à l’intelligence de l’enfant si tardivement, pourquoi le tromper en fait dans l’apprentissage de la lecture ? Aucune réponse à toutes ces questions posées ouvertement par de nombreux parents d’élèves et par quelques enseignants…

On pourrait apprendre aux enfants, par la méthode syllabique, à lire et à écrire en même temps, mais là encore les directives pour l’apprentissage de l’écriture vont à l’encontre du bon sens : Ainsi, dans Les programmes de l’école maternelle, « I. Le langage au coeur des apprentissages », page 80 du BO de février 2002, on rappelle qu’ «  Il est déterminant de favoriser toutes les tentatives d’écriture autonome de l’enfant, aussi imparfaites soient-elles. » ce qui signifie en clair qu’il faut encourager le gribouillage des enfants et surtout ne pas les corriger…

Enfin, les manuels scolaires actuellement distribués aux enfants ne seront pas remplacés avant cinq ans, ce qui signifie que les enfants auront pour texte de référence un manuel d’apprentissage de la lecture avec la méthode globale… que cela plaise au ministre ou non !

Pour finir sur ce sujet, la lecture des manuels qui revendiquent l’apprentissage de la lecture par la méthode syllabique - qui trouve en fait sa plus belle illustration avec le livre de Boscher[6] -  laisse pensif. Dans les nouveaux manuels, la confusion absolue règne à toutes les pages où se mêlent mot à lire accompagné de son illustration (méthode globale), ligne d’écriture de la voyelle seule puis accompagnée d’une consonne (n’importe laquelle sans logique précise) et étude phonétique compliquée. Nulle page consacrée à l’épellation, et à la prononciation des voyelles et des consonnes associées entre elles selon la célèbre « règle » BA BE BI BO BU. C’est à n’y rien comprendre ; cela est bien difficile à expliquer à un enfant[7].

Par ailleurs, voici ce qu’on peut lire, dans ce même cahier, sur la première page destinée aux parents : « Les futurs élèves du Cours préparatoire doivent apprendre très tôt à classer des mots et à se repérer dans le premier dictionnaire de la classe. » (Donc avant de savoir lire les enfants doivent avoir appris par cœur des mots et ça c’est la méthode globale !). « Aider les petits à voir le lien qui existe entre la télévision et le programme imprimé que la famille achète. » (Toute bonne famille a télé Z chez elle et apprend à lire aux enfants comme ça.) « Faire aimer la lecture car lire, c’est… grandir. » (Ah…)

On retrouve cette même confusion dans l’apprentissage des mathématiques. Vous pouvez voir en Annexe 5, la présentation des quatre opérations dans un ouvrage de 1945 et en Annexe 6, l’explication de la division moderne qui consiste… à multiplier au hasard jusqu'à trouver le bon résultat. Et à cette confusion totale s’ajoute un renoncement qui se vérifie par le fait qu’il y a trente ans encore on apprenait dès le CP  les quatre opérations : addition, soustraction, multiplication et division, (apprentissage approfondi et maîtrisé au CE1) et que maintenant on aborde timidement l’addition au CP, la soustraction au CE1 et que passent à la trappe en primaire la multiplication et la division, remplacées par les exercices absurdes qui viennent d’être présentés. Enfin, le rapport Thélot préconisait même qu’à la fin de la troisième les enfants maîtrisent les quatre opérations, c’est-à-dire que les enfants d’aujourd’hui sachent faire à 15 ans ce que leurs aînés savaient faire à 7-8 ans… Mais non le niveau ne baisse pas !

Au collège et au lycée, le constat est tout aussi navrant et il va même naturellement en s’amplifiant les années passant. Dans les ZEP, les professeurs de français se battent pour que les élèves sachent écrire une phrase simple sans faire trop de fautes d’orthographe et de grammaire et restent attentifs en classe lorsque l’enseignant fait la lecture d’un texte. La situation est à peine plus brillante dans les collèges et les lycées favorisés soumis à la même médiocrité dans le choix des programmes. Le BO du Ministère de l’éducation nationale dit qu’en première : « Le but est que les élèves soient aptes en fin d'année à rédiger un texte composé répondant à des questions ou des consignes précises, avec une syntaxe et un vocabulaire appropriés, et à exprimer clairement leur pensée à l'oral. » Autrefois c’est à l’entrée au collège que l’on demandait aux élèves de savoir lire, écrire et parler correctement ; par ailleurs, au lycée, les élèves maîtrisaient l’histoire et les grands textes littéraires… ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui.

On a voulu mettre les enfants au centre du système éducatif en gommant ce qui apparaissait à certains comme un épouvantable rapport de force entre dominés et dominants, donc entre les enfants et les enseignants. Et on arrive logiquement à cette absurdité qui consiste à favoriser la découverte spontanée de la matière par l’élève comme si l’orthographe, les mathématiques ou l’histoire pouvaient être réinventées. 

Et justement en histoire, les enfants manifestent de vraies difficultés à se repérer chronologiquement et là encore, il faut voir de quelle façon on les prépare à la réflexion sur les faits historiques : on ne les aide plus à situer les événements de façon chronologique mais on leur demande de « réfléchir » à partir de documents. On trouve en effet de moins en moins de chronologies dans les livres d’histoire et voici les recommandations faites aux professeurs d’histoire[8].

Mais quelle réflexion peut avoir un élève quand il ne sait pas situer chronologiquement les événements du passé et les grands personnages historiques[9] et surtout si l’enseignant n’est plus là pour l’aider à apprendre ? En géographie, le constat est exactement le même : le plus important n’est pas que l’enfant acquière un véritable savoir mais qu’il ait l’impression qu’il décide lui même des choses. C’est évidemment totalement absurde et pour les enseignants comme pour les enfants c’est une perte de temps terrible.

On le sait l’éducation civique a été depuis fort longtemps abandonnée. Elle refait une apparition timide mais elle aussi souffre du manque de cohérence dans son enseignement.

L’apprentissage des langues anciennes et étrangères – précisons que le latin et le grec ne sont quasiment plus enseignés, et que les langues autres que l’anglais et l’espagnol ont presque toutes disparu, ce qui donne au mot « étrangères » une sonorité toute particulière ! – ne permet toujours pas aux jeunes Français de se débrouiller à l’étranger. On trouvait l’apprentissage de naguère trop rigoureux et trop littéraire, maintenant qu’il n’est plus du tout rigoureux et plus du tout littéraire (quel merveilleux progrès !), les enfants apprennent avec méthode le nom de tous les animaux du bush australien et lisent l’histoire de ces immigrants mexicains refoulés à la frontière américaine et dont on peut lire les longues tirades désespérées clamées dans un jargon américano-mexicain, dont on peut se demander ce qu’il apporte à l’élève français… mais enfin, ce sont des textes d’actualité.

Le programme en mathématiques et en physique est vivement critiqué par la majorité des scientifiques. Il a été vidé de son sens puisqu’on ne fait plus appel à la logique de l’élève mais on lui donne à apprendre par cœur des formules qui doivent lui permettre de résoudre quelques problèmes. De plus, le raisonnement et la démonstration ne sont plus du tout au centre de l’enseignement de ces matières alors même qu’ils en sont la source et le langage[10].

Les chiffres montrent qu’un élève de terminale scientifique d’aujourd’hui a perdu environ l’équivalent d’une année et demie d’apprentissage en mathématiques par rapport à un élève de terminale C (30 ans avant).

Enfin, nous terminerons sur ces derniers chiffres : en primaire, en 1950, il y avait 15 heures consacrées à l’apprentissage du français, et en 2000, 6…

La médiocrité des programmes n’est malheureusement pas la seule plaie de notre système éducatif.

L’école est un lieu sacré

Une terrible confusion règne aujourd’hui autour du rôle et de la place à accorder à l’école ; il nous semble absolument primordial de le rappeler… et c’est l’instruction. Un enfant va à l’école pour apprendre et il doit respecter ses maîtres. En aucun cas, l’Ecole ne doit avoir pour but de s’adapter à on ne sait quelle évolution de la société ou au progrès technique et technologique. L’Ecole doit transmettre des acquis, des savoirs universels qui permettront à l’enfant de s’adapter plus tard aux différentes évolutions. En cherchant absolument à s’adapter immédiatement à ce qui peut sembler des progrès, l’école prend le risque de céder à de simples phénomènes de mode qui peuvent se révéler dangereux dans l’éveil intellectuel des enfants. Nous pouvons le vérifier assez facilement avec les difficultés qui se posent pour l’apprentissage au primaire des langues étrangères : enseignants mal formés donc enseignement de mauvaise qualité et donc défavorable aux enfants. Par ailleurs, cet enseignement intervient alors même que les enfants ont le plus grand mal à acquérir de façon correcte le français et en maîtrisent de moins en moins bien la grammaire et l’orthographe. Une fois encore, l’enseignement des langues étrangères est pensé en dépit du bon sens et sans tenir compte à la fois des besoins réels des écoliers actuels et de la formation reçue par les enseignants.

Alain Finkielkraut affirme avec justesse que « l’école a ses règles, l’école a ses lois » et il faut donc la voir détachée de toutes les difficultés sociales auxquelles on veut trop souvent l’associer (le débat sur le port du voile à l’école aurait pu être évité si l’on avait respecté ce principe fondamental). Et nous partageons son avis sur le fait qu’à force de vouloir toujours adapter l’Ecole aux seuls besoins économiques, on se trompe d’enseignement : « la culture commune est à la culture générale, ce que l’auto-école est à l’école ».

Le principe d’égalité de l’Ecole

Depuis des années on défend l’idée de l’égalité des chances, idée républicaine par excellence que nous soutenons vivement. Cependant, ce principe est devenu le prétexte à un nivellement par le bas des programmes (nous en avons fait la démonstration dans la première partie de notre texte). De plus, ce principe fonctionne nettement moins bien qu’il y a quelques années et il faut donc en rechercher les causes[11].

Le débat qui agite les politiques et les médias actuellement (et depuis fort longtemps d’ailleurs !) sur les périmètres scolaires (et non pas sur la carte scolaire comme tout le monde – journalistes et politiques de tous les bords – se plait à le répéter) ne se poserait pas si on avait investi dans l’école les moyens qui lui manquent aujourd’hui cruellement. C’est parce que l’école est en ruines, qu’on a supprimé beaucoup de postes d’enseignants (26 700 postes supprimés en 5 ans), qu’on a négligé l’instruction, qu’on a en fait choisi la décentralisation (et le désengagement financier de l’Etat qu’elle implique), qu’un tel débat peut avoir lieu. Et les solutions pour résoudre les problèmes liés aux périmètres scolaires proposées par Nicolas Sarkozy, et dans une moindre mesure par Ségolène Royal, vont dans le sens d’une plus grande fracture sociale qui mènerait à la ghettoïsation des établissements situés dans les zones populaires.

Et puis, nous pensons que le collège unique est une des explications de l’incapacité de l’école à jouer aujourd’hui son rôle d’ascenseur social. Le collège unique est une erreur qui empêche l’éclosion des talents et qui masque les vraies difficultés d’un grand nombre d’élèves, difficultés qui, de toute façon, finissent par surgir, malheureusement quand c’est trop tard pour les effacer. On a choisi avec la création du collège unique de sacrifier les enfants sur l’autel de l’idéologie de quelques pédagogues coupés de la réalité. Il faut en finir avec le mythe de la réussite scolaire dont l’aspect le plus visible serait ce mirifique taux de réussite au bac dont la France s’enorgueillit tous les ans au mois de juillet. D’abord, ce chiffre n’est pas un indice de la valeur réelle de l’examen qui, et nous l’avons démontré dans la première partie de notre exposé, ne cesse de se dégrader. De plus, parmi ces élèves qui obtiennent le bac nombreux sont ceux qui, tout à fait dépassés par le travail que leur demande l’Université, se retrouvent à 20 ans découragés et surtout sans diplôme.

Les voies de professionnalisation, avec le système de formation en alternance ne sont pas non plus une bonne solution, car en proposant un salaire – aussi maigre soit-il – aux jeunes, on prend le risque de n’attirer que les enfants pauvres, séduits par l’idée de gagner un peu d’argent de poche et inconscients de gâcher leur avenir.

Proposer selon les qualités des enfants, intellectuelles ou manuelles, des filières adaptées et diversifiées doit être le mot d’ordre pour le collège. La fin de la scolarisation au collège doit être sanctionnée par un examen digne de ce nom. Ne doivent passer au lycée que les élèves ayant acquis un certain niveau tout comme n’étaient entrés au collège que les enfants qui savaient parfaitement lire et écrire. Et on peut également imaginer la mise en place d’un conseil qui à la fin de la 5eme évaluerait les résultats obtenus par les élèves et les orienterait vers une filière qui pourrait leur permettre de développer leurs talents et leurs qualités. Pour cela, et contrairement à ce qui se pratique actuellement, il faut multiplier les filières et les matières et non pas les réduire.

II.           Les solutions : Enseignement et pédagogie

Le temps

Le temps doit être le maître mot de la conception de l’enseignement, en tout cas à l’école primaire. Il faut favoriser par tous les moyens possibles les enfants précoces et brillants en leur permettant, par exemple, de faire en deux ans l’équivalent de trois années de scolarité. Et, il faut en revanche prendre tout son temps avec les enfants qui connaissent des difficultés ou des lenteurs d’apprentissage. Le but à atteindre ne doit donc plus être de passer en sixième coûte que coûte mais de passer à un niveau supérieur quand tous les savoirs du précédent niveau sont bien acquis. De cette façon, on s’assure non seulement que l’enfant n’est pas placé en situation d’échec (ce qui n’est profitable à personne, ni à l’enfant qui vit mal cette situation, ni au maître qui ne peut pas rattraper ce qui n’a pas été compris les années précédentes) mais surtout on évite ce que l’on retrouve malheureusement trop souvent maintenant au collège : des enfants qui connaissent de vraies difficultés de compréhension des problèmes qui leur sont posés car ils savent à peine lire. C’est pourquoi la question des classes à double ou triple niveau dans les écoles primaires mériterait d’être reposée.

Concentrons-nous sur les savoirs fondamentaux en offrant aux enfants un outil irremplaçable : une très bonne maîtrise de la langue avec laquelle ils vont apprendre à raisonner.

Pour cela donc, nous venons de le dire il faut du temps et il faut également une réelle volonté politique et économique. Cessons de parler de ces sempiternelles « remises à niveau » qui ne sont en réalité que des nivellements par le bas et qui nuisent à la fois aux enfants brillants comme aux enfants qui connaissent de vraies difficultés. Le projet Fillon multiplie ainsi les heures d’études (dont on sait qu’elles ne sont quasiment d’aucune aide pour les élèves les plus faibles… quand elles existent d’ailleurs car contrairement à ce que le ministre actuel tente de faire croire, pour la rentrée 2006 par exemple, elles ne seront mises en place que pour les classes de CE1 et de 6eme) au lieu de s’attacher à repenser les programmes. C’est toujours une vision à court terme et souvent électoraliste qui dirige ceux qui ont la charge de l’Éducation nationale.

La recherche et la formation d’une élite scientifique

La diversification des filières dès le collège est une des garanties de la formation d’une élite intellectuelle dont la France a besoin pour être concurrentielle dans le monde actuel.

Le débat récent sur la fusion entre les universités et les grandes écoles est encore un faux débat mené par ceux qui frustrés de n’être rentrés dans aucune grande école sont déterminés à en fermer les portes pour tous. Il faut tout de même un peu de rationalité dans la façon dont on aborde la question de la formation d’une élite en France. Cette élite est indispensable et elle existe dans tous les pays. En France, elle prend la forme des grandes écoles, en Angleterre elle est inscrite dans les Collèges qu’on retrouve au sein des Universités, aux Etats-Unis, elle s’appelle par exemple M.I.T. (Massachussetts Institute of Technology), etc. Tous les pays développés ont leurs « grandes écoles ». En France, ces grandes écoles travaillent en collaboration étroite avec les universités : 95% des élèves suivent à côté de la formation dispensée par leur école, des cours en université et passent les diplômes universitaires (ainsi les normaliens, par exemple, y sont-ils contraints).

On cherche à cacher la misère intellectuelle et financière qui règne aujourd’hui dans les universités en leur reversant un peu d’excellents étudiants et un peu des moyens dont les grandes écoles bénéficient… cela permettrait à l’Etat de ne pas donner ce qu’il faut pour que les universités fonctionnent décemment car bien sûr elles souffrent aussi d’un désengagement massif de l’Etat.

Nous pensons, comme le propose Yves Mény[12], que la solution pour les grandes écoles est l’ouverture sur l’international : faisons la promotion de nos grandes écoles comme les autres pays le font avec leurs universités d’excellence. Faisons des grandes écoles, de grandes universités mais sans les assimiler aux autres universités qui ne pratiquant pas de sélection à l’entrée ne sauraient être en concurrence avec elles. Enfin, redonnons aux universités françaises un peu de dignité (des locaux décents, des campus dignes de ce nom, des classes, des salles, des amphithéâtres capables d’accueillir tous les étudiants, etc.) car elles ont un grand potentiel (les universitaires français ont majoritairement reçu une formation excellente et les bibliothèques universitaires sont d’une richesse que nous envient beaucoup de pays étrangers).

Si la France veut prétendre concurrencer économiquement, technologiquement, scientifiquement les autres pays développés, elle doit absolument défendre ses grandes écoles et s’efforcer qu’une fois formés, les élèves issus de ces établissements d’excellence restent dans le pays et mettent à son service leurs savoir-faire et leur savoir-penser.

La formation des maîtres

Enfin, il est indispensable d’aborder un sujet crucial et délicat, celui de la formation intellectuelle et pédagogique des maîtres.

La principale difficulté d’une réforme de l’Ecole repose sur le manque de formation actuelle des maîtres. Il ne s’agit nullement ici de nier le dévouement et les grandes qualités des enseignants mais ils sont, par manque de formation, les outils involontaires de la dégradation de l’enseignement en France. Formés dans les IUFM, sortis de l’esprit de quelques pédagogues et sociologues pseudo-savants, les professeurs ne sont pas armés pour enseigner. La maîtrise de la matière qu’ils seront chargés de dispenser aux élèves est reléguée au second plan au profit de la pédagogie enseignée elle comme une science absolue.  Philippe Meirieu et ses émules, que l’on retrouve un peu partout, ont inventé les « sciences de l’éducation » qui s’imposent auprès des politiques depuis des décennies[13].

Il faut une refonte complète du système éducatif français et elle doit passer en premier lieu par la formation rigoureuse de ceux-là mêmes qui sont chargés d’éveiller les intelligences et les consciences. Pour cela, une suppression des IUFM est nécessaire et il faut veiller à ce qu’ils soient remplacés par une structure qui mette au centre de l’enseignement dispensé aux futurs professeurs la matière qu’ils enseigneront aux élèves. Il faut les rendre à nouveau… maîtres de leur discipline et aider notre société à redonner tout son sens à la fonction professorale. De la formation des maîtres dépend l’avenir de l’Ecole.

Conclusion :

   C’est maintenant que nous devons faire des propositions et ceci pour deux raisons évidentes : la première c’est que les circonstances politiques pourraient être favorables au changement et il faut saisir cette occasion qui se présente pour nous faire entendre de tous ceux qui pourraient avoir la charge du gouvernement de notre pays dans les années à venir. La deuxième raison – et la plus grave, car l’avenir de notre pays est déjà fortement compromis – c’est qu’il y aura déjà fort à faire avec ce que nous avons appelé la « génération perdue ». Que vont devenir tous ces jeunes, mal formés et qui sont même souvent devenus asociaux ? Qui va payer pour que tous ces jeunes restent tranquillement chez eux et ne représentent pas un danger ou une nuisance pour notre société ?

Et ceci nous amène à poser une dernière question toute simple : combien cela coûte-t-il réellement à une société de faire des économies sur le budget de son éducation nationale ?

 

BIBLIOGRAPHIE

Manuscrits :

Collectif (R. Balian, J.-M. Bismut, A. Connes, J.-P. Demailly, L. Lafforgue, P. Lelong, J.-P. Serre), Les Savoirs fondamentaux au service de l’avenir scientifique et technique, « Les Cahiers du débat », Fondation pour l’innovation politique, nov. 2004.

Marc Le Bris, Et vos enfants ne sauront pas lire ni compter, Stock, «Les Essais», 2004.

Rachel Boutonnet, Journal d’une institutrice clandestine, Ramsay, 2003.

Alain Finkielkraut, Entretiens sur la laïcité. Avec Benny Lévy, Verdier, 2006.

Alain Finkielkraut, Nous autres, modernes : Quatre leçons,  Ellipse, 2005.

Alain Finkielkraut, L'imparfait du présent. Pièces brèves. Gallimard, 2002.

 

Sites internet :

Michel Delord : michel.delord.free.fr/

Réseau d'écoles SLECC (Savoir, Lire, Ecrire, Compter, Calculer) :  reseauslecc.free.fr/

Le site de l'APED  www.ecoledemocratique.org/

Association Reconstruire l'école : www.r-lecole.freesurf.fr/

Sauvegarde des Enseignements Littéraires : www.sel.asso.fr

Le mammouth déchaîné

Collectif enseignant " Ecole et République" : www.geocities.com/Athens/Troy/9411

Lycées professionnels : Comité inter-etablissement lycées professionnels

IUFM en colère : www.ifrance.com/iufmencolere

Société des agrégés : www.societedesagreges.net/

Pour la défense de l'école républicaine

Philosophie et politique

Ne laissons pas se poursuivre le saccage de l'école !

Observatoire antilibéral de l'Education

Le site de Vandale

Résistons pour l'école

Manifeste pour l'instruction publique

Sauver la recherche

Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes

Observatoire de l’éducation

Pour la suppression des IUFM

[1]. Critique des chiffres du Monde rendue possible par les chiffres fournis par l’Académie dans son enquête lourde d’octobre 2006.

[2]. Bibliographie. Cette bibliographie regroupe quelques ouvrages et quelques sites internet qui traitent de la question de l’éducation et de l’instruction.

[3]. Nous nous sommes appuyés sur la très belle étude réalisée par R. Balian, J.-M. Bismut, A. Connes, J.-P. Demailly, L. Lafforgue, P. Lelong et J.-P. Serre, Les Savoirs fondamentaux au service de l’avenir scientifique et technique, (« Les Cahiers du débat », Fondation pour l’innovation politique, nov. 2004) dont l’honnêteté intellectuelle ne peut pas être contestée.

[9]. Nous renvoyons à l’ouvrage Les savoirs fondamentaux au service de l’avenir scientifique et technique dans lequel les auteurs font une analyse très juste de ce problème.

[10]. Annexe 8 : Là encore nous citons ces exemples d’exercice présentés par les auteurs de l’ouvrage Les Savoirs fondamentaux au service de l’avenir scientifique et technique.


 
   
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