NOTE DU COMITE CINCINNATUS

 
A1-006 - Juin 2006

Éducation et démocratie

 

INTRODUCTION  

Depuis, le 12 janvier 2006, beaucoup de journaux ont évoqué l’agression à l’arme blanche de la professeure d’arts plastiques, Mme Karen MONTET-TOUTAIN, survenue au lycée d’Étampes le 16 décembre 2005.

Dans un entretien accordé aux journalistes, l’enseignante raconte le déroulement de son agression et insiste sur l’ambiance générale de violence ouverte qui régnait depuis la rentrée dans l’établissement scolaire. Elle dénonce tout particulièrement le rôle passif de sa hiérarchie, pourtant mise au courant des menaces qui pesaient sur elle dès le mois de septembre.

Cette histoire est donc particulièrement choquante, non seulement parce qu’il y a eu agression mais également parce que des responsables de l’enseignement semblent avoir fermé les yeux sur des actes de violence. Comment admettre que des proviseurs, des enseignants, des inspecteurs, que l’ensemble de ceux qui sont en charge de l’enseignement dans ces établissements sensibles puissent se taire quand un des leurs est victime de violences ?  N’est-il pas révoltant de constater que des établissements fonctionnent sur le même mode que certaines cités l’omerta règne toute puissante ?

Cet incident montre une nouvelle fois, s’il était besoin, que notre système éducatif est en péril et ceci parce que depuis des dizaines d’années les cadres de l’enseignement ont choisi de faire de l’instruction un sujet secondaire au profit d’une idéologie, laxiste et soi-disant avant-gardiste, complètement coupée de la réalité. Le corps enseignant est la première victime de cette idéologie néfaste qui permet aujourd’hui à une minorité de jeunes délinquants de s’imposer dans les établissements scolaires comme elle a réussi à s’imposer dans les cités.  Ce qui autrefois s’appelait « chahuter un professeur » s’est transformé, ces dernières années, en règlement de compte extrêmement violent qui dépasse d’ailleurs le seul cadre de l’école.

Lorsque les enseignants dénoncent les violences auxquelles ils sont confrontés, ils ont le sentiment d’être abandonnés par le reste des intervenants de l’école. Ils sont de plus en butte au décalage qui va croissant entre la formation qu’ils ont reçue et les attentes - parfois tout à fait saugrenues - des élèves. Mais ce sentiment d’abandon est également ressenti à un autre niveau par les équipes de direction qui se heurtent à l’indifférence des rectorats qui appliquent à la lettre les mesures incohérentes du Ministère de l’Éducation Nationale : moins d’argent, moins de personnel encadrant, des programmes scolaires mal pensés pour des élèves de moins en moins éduqués.

Les personnes interrogées, par exemple au Ministère de l’Éducation Nationale, ne semblent pas réaliser l’ampleur des difficultés rencontrées par les équipes enseignantes dans les établissements. Nous vivons une étrange époque de déni général.

Il faut aussi rappeler qu’il est devenu très difficile de discuter simplement d’instruction, d’éducation et d’autorité dans notre pays. Les hommes politiques, et en particulier ceux de gauche, ont laissé croire que ces thèmes étaient dépassés et que notre société pouvait s’en affranchir. Or, les difficultés qu’elle rencontre actuellement sont la démonstration qu’il n’en est rien. Même ceux qui, juchés sur les barricades en 1968, affirmaient qu’ « il est interdit d’interdire  », ceux qui, à nouveau en 1973, sont descendus dans la rue au cri de « Cinq ans déjà, coucou nous revoilà », réclament maintenant avec la plus grande vigueur le retour de l’autorité. Malheureusement, le discours sécuritaire à la mode ces derniers mois et qui semble les rassurer ne tient pas compte des difficultés présentes : il y a en France une génération perdue qu’il faudra bien que la société assume. Que deviendront tous ceux qui, de plus en plus nombreux, se sentent étrangers dans leur propre pays ? Comment redonner aux jeunes Français l’envie de voter, le courage de travailler et le désir de réussir ?

Pour y arriver, il faut nécessairement permettre à l’école d’avoir les moyens d’instruire mais aussi quand cela s’impose, de sortir les enfants les plus défavorisés de la misère en comblant, par un personnel nombreux et déterminé, les manquements des parents. Adopter une vraie politique de l’éducation en France c’est donner à notre pays les chances de retrouver la paix sociale qu’il semble avoir perdue. Éducation et Démocratie sont étroitement liées.

 

  

Éducation et Démocratie

  

Il y a un lien étroit entre éducation et démocratie. Il serait, en effet, absurde de réduire la démocratie à un simple consensus populaire ; ce système politique complexe réclame des femmes et des hommes voulant vivre en démocratie une participation entière : seul un citoyen éduqué peut contribuer au bien public et lier son histoire individuelle à celle d’une nation. Il s’agit non seulement d’élire des dirigeants, mais de prendre une part active et dynamique à la vie de la cité en soutenant un modèle de société et en élaborant les principes fondamentaux de la politique d’un pays. Il s’agit aussi de la reconnaissance de la dignité personnelle et de la légitimité de la liberté individuelle en contrepartie de règles de fonctionnement de la cité acceptées et partagées par tous. Plus que tout autre régime politique, la démocratie exige donc des citoyens cette culture et cette éducation solides que l’école va en premier lieu assurer.

Or depuis plusieurs années, l’école française répond mal aux besoins des citoyens. Elle ne peut avoir pour simple ambition de permettre à tous d’acquérir on ne sait quel diplôme (le baccalauréat et son objectif de 80 % de réussite). Instruire c’est à la fois favoriser l’épanouissement des facultés intellectuelles de chacun et l’aider à s’inscrire pleinement et librement dans la vie et l’histoire de son pays. Lieu de promotion de l’intelligence, lieu de l’épanouissement culturel et de l’initiation à la nation, l’école doit d’abord donner au futur citoyen les outils nécessaires au développement de sa conscience personnelle, de sa conscience de citoyen, et en particulier de sa conscience critique.

C’est pourquoi l’école ne doit pas sacrifier aux principes d’une culture générale au rabais, aux injonctions minimalistes de socles communs, mais travailler principalement et méthodiquement aux apprentissages sans lesquels aucun esprit ne peut prétendre à l’accomplissement de soi : maîtrise de la langue maternelle, etc., c’est-à-dire tout ce qui permet de comprendre et de débrouiller le monde qui l’attend. Mais l’école ne doit pas ignorer les difficultés sociales et politiques que connaît la France, et  doit veiller à recréer toutes les conditions du civisme. Dans ce domaine essentiel l’école publique, porteuse des valeurs de la République, doit remplir un rôle que les familles ne sont pas toujours en mesure d’assumer. Elle peut être le garant d’une profonde unité nationale, être la condition de la bonne insertion dans le monde d’aujourd’hui et de demain.

C’est pourquoi aussi la société doit s’attacher à sauvegarder la qualité et la dignité de la fonction d’enseignant, aujourd’hui égarée dans la crise générale de l’autorité et la remise en cause de la fonction publique. Améliorer la formation des enseignants n’est que le premier temps nécessaire à un retour de l’école à l’esprit de la République.

 

Le plan de travail que nous proposons doit permettre de traiter un certain nombre de thèmes importants dans la compréhension globale des problèmes liés à l’instruction et à l’éducation en France. Ce plan est voué à être complété et à ce titre toute nouvelle proposition de thèmes est la bienvenue.

 

PLAN

 

 I.  La Famille : éducation et savoir vivre

  1. Le rôle de la famille

  2. La fin de la famille « classique » et ses conséquences (Est-ce que la disparition de la famille nucléaire française a joué un rôle dans la crise globale de l’autorité ?)

  3. Les familles ont-elles toutes démissionné ?

 

II.  L’École : instruction et formation

  1. Le retour aux apprentissages fondamentaux et la question des nouveaux programmes

  2. La formation des enseignants

  3. Le corporatisme enseignant, les syndicats et les parents d’élèves

  4. La question du collège unique et le lycée des métiers

  5. La marchandisation de l’école par les institutions (élèves considérés comme main-d’œuvre potentielle)

  6. École : dernier service public

  7. Les enseignants ne sont plus les mercenaires de la République.

  8.  Instruction et démocratie

  9.  Le manque de moyens financiers qui permettraient l’application des nouveaux programmes

  10. Mixité sociale

  11. Évaluation en fin de cycle ?

  12. Implication des collectivités locales

III.  Le monde du travail : insertion et aliénation

  1. L'entreprise comme lieu de socialisation, d'apprentissage et pratique de solidarité, de la compétition, des injustices, de l'autorité, de l'ambition, ...

  2. Le travail comme lieu de l'épreuve pratique des lois économiques et sociales, de la liberté et de l'aliénation, de la dépendance et de la réalisation personnelle, du réel et de l'espoir, des contraintes banales et des utopies, ....

  3. Les difficultés croissantes des salariés : démotivation globale, doute chronique de l'entreprise moderne, le syndrome du salarié kleenex, .....

  4. Le rôle social de l’entreprise

  5. Les formations professionnelles


 
   
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