
La baisse des impôts est un thème constant
du discours politique en France. Qui n'aimerait pas payer
moins ? Tout en conservant ce dont les impôts permettent de
disposer : routes, écoles, hôpitaux,
police, justice, ... Il est donc utile de faire de l'impôt un
sujet de réflexion et de s'interroger sur les critères
permettant de dire comment un impôt est au service de
l'intérêt général.
État des lieux
La
solidité d'un État démocratique nécessite que le
financement de ses fonctions soit correctement assuré, et que
chaque citoyen soit persuadé de participer équitablement aux actions
de la collectivité : justice, sécurité, éducation,
santé publique,… Les citoyens doivent donc pouvoir faire aisément le lien
entre leur contribution et l’action publique, entre leur participation
et les avantages qu'ils en retirent. Dans cette perspective,
l' impôt
doit se conformer à quelques exigences simples :
Pistes de réflexion
Le consentement
Le
consentement se traduit par le vote de l’impôt par les
députés. Aujourd’hui, ce vote doit tenir compte de réglementations
supranationales qui limitent la liberté de choix fiscal des États ; ce qui limite indirectement l’action des
citoyens sur les choix fiscaux du pays. Ainsi la moitié des
recettes fiscales de l’État relève de la législation européenne :
par exemple, le taux de TVA ne peut être modifié sans accord
de la Commission européenne. Dans ces conditions, le
consentement à l’impôt se limite à l’acceptation du
devoir de le payer. Et souvent, il s’agit d’un paiement
impersonnel et non d’une action volontaire pour contribuer
à une œuvre collective.
Le seul
« engagement » du citoyen concerne l’impôt sur
le revenu, qui ne représente plus que 20% du budget de l’État.
Faut-il pour autant instituer un impôt minimum pour tous ?
Cette idée n’apparaît pas bonne, car aujourd’hui, les
plus pauvres paient un impôt sur la consommation, lourd même
s’il est indolore. De plus, chacun a aujourd’hui
conscience de ses contributions, directe et indirectes.
Un impôt
accepté doit être compréhensible. Or le système fiscal
français est aujourd’hui d’une grande complexité, car
les textes s’ajoutent aux textes sans clarification ou
suppression.
Un impôt
accepté ne doit pas permettre trop de dérogations qui
apparaissent comme des injustices.
Il faut
donc imaginer un impôt équitable, réparti entre les
citoyens, avec, sans doute, une large assiette et un faible
taux.
Progressivité et
proportionnalité
L’idée
que l’impôt doit être fonction des ressources date de
1789. Ce principe de la progressivité (plus les revenus sont élevés, plus
la part payée en impôt direct est grande) n’a réellement
été mis en place qu’à partir de 1914, et renforcé sous
le Front populaire et à la Libération. Il résulte d’une
volonté de renforcer la solidarité sociale et de faire
progresser la justice fiscale.
Aujourd’hui,
le budget social est devenu plus important que le budget de
l’État ; or, les contributions sociales sont
proportionnelles et dégressives, et le budget de l’État est
financé aux trois quarts par des recettes indirectes donc
proportionnelles. Dans ces conditions, la progressivité est
devenue secondaire. De plus, elle concerne une minorité de
citoyens payant l’impôt sur le revenu, le rendant mal
accepté et objet de toutes les démagogies.
Ainsi, le système
fiscal est à la fois peu progressif (la plus grande partie
des impôts est proportionnelle, c'est la TVA) et très progressif (pour
ceux qui paient l’impôt sur le revenu).
Comment sortir de cette
situation en aménageant la progressivité ?
Il faut
d’abord rappeler que la progressivité est une marque de
solidarité plus forte que la proportionnalité : plus on
a de ressources, plus on contribue aux équipements collectifs
et aux actions de l’État.
Il
serait ainsi bienvenue d'instiller de la progressivité
dans la TVA en donnant des taux différenciés de TVA
s’appliquant selon le caractère de nécessité plus ou
moins grande des produits achetés. D’une façon plus générale,
il s’agit de donner un caractère plus progressif et plus social aux impôts
proportionnels.
Il faut
également rappeler la multiplication des exceptions, des dérogations
et des régimes particuliers qui rend difficilement compréhensible
l’impôt progressif et qui le rend en fait injuste tout en
l’éloignant de son objectif. De plus, l’atténuation de
la progressivité peut entraîner une augmentation de la
proportionnalité. Ainsi, la CSG-CRDS a été perçue comme
une avancée, mais la réforme de l’impôt sur le revenu lui
a fait perdre une partie de son caractère redistributif
(moins de tranche, et des taux plus bas).
L’élargissement
de l’assiette (augmentation du nombre de contribuables) peut
apparaître comme une solution, surtout si elle est accompagnée
d’une clarification et d’une suppression des exceptions.
Encore faut-il prendre en considération la situation réelle
des citoyens pour éviter de nouvelles injustices. L’exemple
de nombreux pays et les études du FMI démontrent que les
taux élevés de prélèvement se trouve dans les pays
développés, prouvant ainsi qu’un bon
niveau de prélèvement est source de modernité et de progrès
économique et social.
De plus, toute
réforme est maintenant indirectement soumise aux décisions
européennes : indirectement du fait qu’il n’y a pas
de politique fiscale européenne, mais soumise du fait des
critères de convergences et par la nécessité de
soumettre à l'avis de Bruxelles certaines décisions concernant la fiscalité. La logique de la commission européenne
vise explicitement à l'allégement systématique des impôts.
Quelques questions qui ne
peuvent rester sans réponse
Pour que
les citoyens aient conscience de faire œuvre utile en finançant
de façon équitable et solidaire les équipements collectifs et
les politiques publiques, il faut clarifier et rendre plus
juste la fiscalité. Sinon, l’individualisme triomphera pour
longtemps, au détriment de la mutualisation des dépenses qui
est un facteur d'efficacité économique et de progrès pour
tous.
Il faut donc répondre
à quelques questions simples et de bon sens :